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Muses du XXème siècle vol.2 : Sylvette, la muse la plus mystérieuse de Picasso

Marie-Charlotte Burat 17 août 2015

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Les muses d’artistes. Entre mythe et réalité, ces entités cachées derrière les plus grands artistes sont parfois à l’origine de chefs-d’œuvre mémorables. Qui sont-elles exactement, elles qui ont marqué l’histoire de l’art sans que nous le sachions vraiment ? Découvrons leur vrai visage à travers leurs histoires et plus seulement par le pinceau de leurs artistes. Aujourd’hui, Sylvette, la muse la plus mystérieuse de Picasso.

Sylvette T 3Sylvette posant pour Picasso, 1954, © Paris Match

Picasso, grand artiste du XXème siècle, mais aussi grand séducteur. Dans sa vie, ce sont les femmes qui dictent ses périodes artistiques. Avec Fernande Olivier, son premier amour, il peint la vie en rose et se passionne pour les arlequins. Le cubisme l’envahit aux cotés d’Eva Gouel et il se fait dépasser par le surréalisme auprès de Dora Maar. Neuf compagnes au total, telles les neuf muses de la mythologie. Mais Sylvette David, la muse du jour, n’appartient pas à ces femmes qui ont succombé aux charmes de l’artiste. C’est peut-être même cette résistance qui a irrémédiablement attiré Picasso. La muse Sylvette se distingue des neuf autres. Elle ne lui inspire pas simplement une période, elle est une période artistique. La période Sylvette à elle seule, ou « Périod Ponytail » comme la nomme le magazine Life à l’époque.

Syvette T 4Picasso, portrait de Sylvette David, ® DR

Une idylle platonique

Née à Boulogne Billancourt en 1934, Sylvette David, c’est une jeune fille de 19 ans, qui décide après ses études en Angleterre, de rejoindre sa mère à Vallauris, dans le Sud de la France. Nous sommes en 1954. Elle est accompagnée de son fiancé Toby, qui sculpte des meubles en fer forgé. Picasso est aussi dans la région et découvre le travail de Toby grâce à une connaissance en commun. Le peintre achète deux chaises et Sylvette le rencontre pour la première fois à cette occasion. Picasso et Sylvette ne se revirent qu’une seule fois après cet événement, mais deux rencontres auront suffi pour Picasso. Un jour où Sylvette discute en terrasse avec ses amis, Picasso les entend. Il commence à leur faire signe et les appelle.  Au moment où le groupe d’amis se retourne, une toile se déploie le long du mur qui les sépare du peintre, révélant le portrait d’une femme. C’est Sylvette. Picasso l’avait représentée de mémoire.

A partir de ce moment, Sylvette accepte de poser pour Picasso. Jamais elle ne voudra être payée, trop craintive de devoir poser nue en échange. Chose que Picasso ne lui demandera jamais, ayant, sans avoir besoin de plus de précision, compris très clairement sa réticence. Leur idylle platonique et artistique dura 3 mois, d’avril à juin 1954. Durant ce laps de temps, Picasso réalisa une cinquantaine de tableaux, dessins et sculptures de la jeune femme. Sylvette devient une vedette.

Sylvette T 5Picasso, portrait de Sylvette David, ® DR

La muse aux mille visages

Pour Picasso, cette période représente une phase d’expérimentation très prolifique, où il use de toute sa palette graphique. Passant du réalisme au cubisme, il alterne d’un style à l’autre, mais toutes les œuvres de Sylvette sont très caractéristiques. Majoritairement peintes en noir et blanc ou en gris, ces peintures se concentrent sur les formes. Dessinée de profil, la queue de cheval de Sylvette devient iconique, d’où la période « Ponytail » mentionnée par le magazine Life. Sensible aux changements de coiffure des femmes à travers la mode, Picasso se passionne pour cette queue de cheval qui apparaît dans les années 1950 et que Sylvette arbore. Avec sa frange ébouriffée et ses boucles légères qui sillonnent le tour de son visage, Sylvette est le modèle idéale. On peut reconnaître à plusieurs reprises, le manteau gris qu’elle portait pendant certaines poses, remonté jusqu’au col tant elle était timide avec les boutons en fer forgés réalisés par Toby.

Syvette T 1Picasso, portrait de Sylvette David, ® DR

Cette période artistique divise les experts. Pour certains elle est une phase de creux dans la vie de Picasso, où l’artiste s’est égaré, ne pouvant peindre la passion ici comme il le faisait avec ses femmes muses. Pour d’autres l’émotion est toute autre, l’engagement amoureux est absent mais non pas la passion. Picasso sort d’une récente rupture avec sa compagne Françoise Gilot, et mère de deux de ses enfants, Claude (en 1947) et Paloma (en 1949), et Sylvette a été une échappatoire à ses yeux. Une manière de tout reprendre du début pour mieux faire table rase du passé.

1202Picasso, portrait de Sylvette David, ® DR

Les histoires d’amour finissent mal en général

De son côté Sylvette a peu d’argent et vit avec son compagnon. Pour subvenir à ses besoins, sans directement lui donner de l’argent, Picasso achète des meubles à Toby. A la fin de l’été, quand Picasso a terminé de peindre Sylvette, il lui propose de choisir un tableau qu’elle gardera. Malheureusement, en 1958, elle dû le vendre pour soigner Toby  touché par la tuberculose. Un américain lui acheta pour dix millions de francs, et cet argent permit de guérir Toby. Ils achetèrent également un bel appartement à Paris et se marient. Et ils eurent beaucoup d’enfants ? Absolument pas. Toby finit par quitter Sylvette pour sa meilleure amie.

Mais peu importe. Avec du recul, Sylvette confit à Paris Match que Picasso fut une des plus grande rencontre de sa vie. Non pas pour le peintre qu’il a été, mais bien l’homme et l’ami qu’il est devenu. Grâce à lui Sylvette a vaincu sa timidité et aujourd’hui elle est peintre également, sous le nom de Lydia Corbett.

Sylvette T 2Picasso, portrait de Sylvette David, ® DR

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