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Le Picasso retrouvé en Corse considéré comme un « trésor national espagnol » serait finalement britannique

Jéremy Billault 10 août 2015

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Le 30 juillet, l’oeuvre de Picasso intitulée Tête de jeune fille a été retrouvée sur un bateau en Corse, malgré son interdiction de voyager hors d’Espagne. Accusé d’avoir voulu exporter le tableau illégalement, le propriétaire se défend et prétend qu’il appartient… au Royaume-Uni. 

L’histoire ne pouvait pas s’arrêter là. Quand un Picasso estimé à près de 25 millions d’euros est retrouvé sur un bateau britannique, en Corse, alors qu’il se dirigeait vers la Suisse, l’affaire est trop complexe pour être résolue instantanément. Accusé d’avoir voulu exporter illégalement un trésor national, le propriétaire du tableau se défend et insiste sur l’origine britannique d’une oeuvre qui n’appartiendrait donc pas à l’Espagne.

Un-Picasso-de-25-millions-d-euros-saisi-sur-un-bateau-en-CorseTête de jeune fille, le tableau estimé à plus de 25 millions d’euros. Photo : AFP

Peint et acheté à l’étranger

Dans un communiqué envoyé à l’AFP, les avocats de Jaime Botin, le banquier espagnol qui possède le tableau, déclarent : « Le tableau a été peint, acheté à l’étranger et y a toujours demeuré. Par conséquent, il n’a pas pu être exporté ni légalement, ni illégalement ». Peint et acheté à l’étranger pourquoi pas, y être resté, c’est différent. Jaime Botin a acheté le tableau en 1977 à Londres et le conserve depuis en Espagne sur un bateau. L’Espagne a donc considéré le tableau comme son trésor national, oeuvre de l’un de ses artistes emblématiques, un statut qui exige un accord du ministère de la culture pour quitter le territoire. En 2012, le propriétaire demande cet accord pour exporter son tableau en Suisse, l’Espagne refuse. A travers cette démarche, l’homme reconnait implicitement l’autorité de l’Etat espagnol vis-à-vis de l’oeuvre. En 2015, les choses ont changé.

Grâce à un argument subtil, Jaime Bodin se permet d’envoyer son tableau en Suisse, toujours à bord de son bateau. Le 30 juillet le tableau est saisi par la douane, le gouvernement espagnol s’insurge. Seulement voilà, le bateau en question bat pavillon britannique, le Picasso n’aurait donc jamais quitté le « sol » britannique même au large de l’Espagne.

« S’ils disent que le tableau a été acheté à l’étranger et qu’il y a toujours demeuré, pourquoi ont-ils demandé un permis d’exportation? C’est une énorme contradiction », a répliqué Javier Garcia Fernandez, enseignant en droit constitutionnel à l’Université Complutense de Madrid, « A partir du moment où l’on sollicite une autorisation pour exporter un bien, qu’on se la voit refuser et que l’on mène l’affaire devant un tribunal espagnol, on reconnaît qu’il appartient à l’Espagne ». On attend donc, pourquoi pas, l’arrivée du Royaume-Uni dans l’histoire car, s’il venait à considérer ce tableau comme son trésor national, il sera difficile de s’y opposer.

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