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Exposition Beauté Congo: au coeur de Kinshasa

Marie-Charlotte Burat 10 août 2015

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Beauté Congo, une explosion de couleurs et de vitalité qui rayonne entre les grands murs de verre de La Fondation Cartier. Une exposition solaire qui porte en elle la chaleur de l’Afrique et où le mot d’ordre est l’ambiance. A voir et à ressentir jusqu’au 15 novembre.

BG T 1Façade de Fondation Cartier © Fondation Cartier pour l’art contemporain

La Fondation Cartier n’en est pas à sa première exposition consacrée à l’art contemporain africain. Elle a, depuis sa création en 1984, accueilli une petite dizaine d’événements autour de cette thématique. Son but, accompagner et faire découvrir des artistes africains peu connus. Un intérêt franc pour cet art, que la Fondation lui témoigne à partir de 1994 avec la présentation du travail de Saydou Keita. Première exposition hors d’Afrique pour l’artiste et début d’une longue histoire entre la Fondation et l’art contemporain africain.

Sape pas l’ambiance

En entrant dans la Fondation Cartier, on perçoit du bruit à droite, à gauche. Des tableaux attirent déjà le regard des deux côtés, avant de poursuivre l’exposition au sous-sol. Comment choisir ?  Direction à gauche, les couleurs attisent la curiosité comme le serait un papillon vers la lumière. Dès les premiers pas, une ambiance de joie résonne dans la salle. Les personnages peints par Jp Mika sont éclatants (l’affiche de l’exposition, c’est de lui), on pourrait presque entendre leurs rires. Hommes et femmes se présentent devant des fonds aux riches motifs. Comme sur une estrade, ils sont en représentation, et pour cause, on parle ici de la Sape. La Sape, c’est cette tendance vestimentaire populaire où l’on ose le mélange de couleurs criardes avec une recherche d’harmonie. Entre lunettes, bijoux à paillettes, chapeaux, chaussures… les accessoires ne manquent pas. La quête d’un style type Dandy, mais en beaucoup plus funky. On est bien loin de Dorian Gray.

Mika TJP Mika, Kiese na Kiese, 2014, © JP Mika

Sape, plus précisément, c’est l’acronyme de Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes. Voilà comment, un ambianceur classique (si l’on peut dire) peut se voir accoutré d’une cravate en guise de ceinture, il fallait y penser. Le plus important, aux vues de ces partisans de la Sape (car on peut bien parler de communauté), ce ne sont pas tant les vêtements au final, mais plus la manière de les porter. La Sape, c’est un état d’esprit, une gestuelle, une marque d’assurance que l’on dégage. On sent l’ambiance de la Sape, on la palpe. Une impression de matérialité qui est renforcée par le tissu collé sur la toile. Artifice difficilement perceptible au début, que l’on comprend en regardant les contours du tableau. Le fond, sur lequel posent certains protagonistes est en fait un vrai tissu sur lequel la peinture a été apposée.

BG T 3JP Mika, La Sape, 2014, © JP Mika

Le Sud n’est pas en bas

Un peu plus loin, l’ambiance est à la politique, mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter de rire. On croise Obama aux cotés de Mandela avec le sourire. Que ce soit chez JP Mika ou Chéri Samba, ces deux icônes pour la lutte contre la discrimination des noirs sont primordiales, comme un leitmotiv qui motive leur art. Parler politique prend tout son sens dans les œuvres engagées de Chéri Samba. Cet artiste n’hésite pas à introduire une grande part de texte dans ces tableaux. Toujours avec humour, il intègre des dialogues qui donnent vie à ses personnages. Un moyen, comme il l’a remarqué, qui garde plus longtemps les spectateurs devant ses œuvres. C’est malin.

Entre affiches publicitaires (qui ont marqué le début de sa carrière) et bandes dessinées, dont l’artiste s’inspire, les tableaux vous alpaguent et laissent à réfléchir. Une réflexion parfois forcée, bien qu’intéressante, par l’écriture qui a tendance à expliciter trop clairement le propos d’un tableau. Le mystère et l’interprétation personnelle font aussi partie de la prise de conscience. Néanmoins, les mots que l’artiste utilise visent juste. « Lorsque le Sud finira de se voir en bas, ce sera la fin des idées reçues. Tout n’est qu’une question d’habitude » peut-on lire en légende de La Vrai Carte du Monde qu’il nous présente. Une carte renversante où les proportions des pays sont redimensionnées.

BG T 2Chéri Samba, La Vrai Carte du Monde, 2011 © Fondation Cartier pour l’art contemporain

« Les Kinois vivent dans l’ambiance »

En poursuivant l’exposition, on se retrouve nez-à-nez devant une vidéo. Elle présente différentes interviews des artistes et une session documentaire du Kinshasa, capitale du Congo. Kinshasa. Rien que le nom de cette ville est déjà une chanson à lui seul. Kinshasa. On voit dans la vidéo le marché et ses passants. On  s’empreigne de l’atmosphère. Quoi de mieux qu’un marché, pour saisir l’essence d’une ville. Un jeune pousse-pousseur sur place est interviewé. « Les Kinois vivent dans l’ambiance ». C’était donc ça. Ce que l’on pouvait percevoir depuis le début se cristallise dans ce mot. L’ambiance. Elle est inhérente à l’exposition. Tout au long de la déambulation, on est «ambiancé» par un parcours musical. Réalisé par Vincent Kenis et Césarine Simatu Bolya, ce panorama sonore soutient les liens entre musiques et arts plastiques et nous immerge en douceur dans les rues congolaises. Une ambiance de joie, d’espoir et de respect.

BG T 6Chéri Samba, Amour & Pastèque, 1984, © Chéri Samba

Sans tomber dans un discours fleur bleue (ou plutôt rose, jaune et verte ici), c’est un modèle de tolérance que donne à voir les artistes Congolais. En abordant des thématiques propre à tous, ils créent une dynamique d’unité. Vie quotidienne, mémoire collective, espace urbain, combats ordinaires… tant de sujets abordés, et dont la portée sociale fait échos à chacun des habitants. La preuve, immuable de cette considération mutuelle, se retrouve dans l’œuvre de Kiripi Katembo, artiste dont on venait d’apprendre la mort.

Jeune photographe, il ne peut capturer l’image des passants qui considèrent qu’un morceau de leur âme reste prisonnier de la photographie. Kiripi décide alors de les photographier indirectement, à travers leur reflet, ou plutôt le reflet d’une flaque d’eau. En retournant par la suite la photographie il donne une touche très poétique à son univers parallèle. Comme tous les artistes présents dans l’expositions, il porte l’image du Congo au delà de l’Afrique. Bien que ce soit la force d’un tel événement, on espère, par la suite, entendre de nouveaux parler de ses artistes, individuellement, peu connus en France.

BG T 4Kiripi Katembo, série Un regard, 2011, © Kiripi Katembo

BG T 5Kiripi Katembo, série Un regard, 2011, © Kiripi Katembo

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