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Capa accusé de mensonge. Et alors ?

Marie-Charlotte Burat 4 août 2015

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Depuis plus d’un an, A.D Coleman, ancien critique photographique pour le New-York Times, remet en question la véracité de la légende Robert Capa. Son cœur de cible : les photographies à Omaha Beach, prise par le photojournaliste lors du Débarquement en Normandie en 1944.

Capa T 1© Robert Capa, © International center of photography

Capa serait resté trente minutes sur la plage d’Omaha Beach et non pas une heure trente. Il aurait ainsi eu juste le temps de prendre les 11 photographies que l’on retient de l’événement, sous le nom de la série Magnificent Eleven. Une dizaine de clichés et non pas 106 au total, qui auraient été détruits comme l’a affirmé le Magazine Life  le 19 juin 1944, ainsi que Capa dans sa biographie Juste un peu flou.

Après un long travail d’investigation, A.D Coleman affirme avoir les preuves nécessaires pour déconstruire la légende du D-Day de Capa. A ses côtés, une équipe d’experts, Ross Baugfhmann (prix Pulitzer en 1977), Charles Herrick (historien militaire) ainsi que Rob McElroy (photographe professionnel, célèbre pour sa pratique de la daguerréotypie). Ils remontent, à eux quatre, la trame de l’histoire relatée par Capa, et A.D Coleman retranscrit au fur et à mesure toutes les informations sur son site Photocritic International.

Capa T 2© Robert Capa, © International center of photography

A tort ou à raison

De nouvelles informations parues, ce mardi 3 août sur l’affaire, soutiennent les accusassions portées contre Capa. A.D Coleman annonce sur son site, avoir deux informations supplémentaires qui mettent en porte à faux le photojournaliste, en s’appuyant sur deux nouveaux témoins des événements : Charles Hangsterfer, colonel US Army, et Victor Haboush (aujourd’hui décédé), membre de la garde côtière des Etats-Unis durant la seconde Guerre Mondiale qui l’a mené à Omaha Beach. Deux personnages qui attestent (consciemment ou non, par témoignage et photographie) de la fuite rapide de Capa ce jour-là.

Ultérieurement, les photographies de Capa avaient déjà pré-supposément trahies le journaliste quant à la durée de sa présence sur la plage transformée en champs de bataille. Le premier soldat photographié par Capa est aujourd’hui le célèbre Soldier in the Surf, le second par contre, faisait partie des membres de l’équipage de la péniche sur laquelle Capa est reparti trente minutes après le Débarquement.

Les autres arguments que recensent A.D Coleman, et les experts l’accompagnant, portent également sur la légende entourant les films qui auraient fondus. D’après John Morris, directeur du magazine Life à l’époque, sur les quatre pellicules que Capa avait réalisées, trois ont été détruites. L’erreur serait commise par un jeune laborantin de 15 ans, n’ayant pas laissé les films sécher à bonne température et les faisant fondre. Pour A.D Coleman cette explication est tout simplement impensable.

Si les films avaient subi une détérioration en raison de la température, tous les tirages auraient dû en pâtir, ne laissant ainsi pas de « survivant ». Les 11 photographies récupérées de Capa sont donc, d’après A.D Coleman, les seules et uniques qu’il ait capturées. De plus, dans un échange épistolaire avec sa mère et son frère Cornell, fin juin 1944, Capa donne à lire une autre version et explique à sa famille que les films ont été abîmés par l’eau de mer. Des explications qui s’entrechoquent et sèment le doute.

Capa T x© Robert Capa, © International center of photography

Capa : un  mythe au sens propre ?

A.C Coleman soupçonne donc le magazine Life d’avoir voulu à tout prix préserver le mythe Capa. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Malgré les accusations portées, Robert Capa a dessiné son propre mythe, seul, tout au long de sa carrière. Photographe de guerre émérite, il couvrit la guerre d’Espagne en août 1936 dès ses débuts. Puis, devant fuir tout au long de sa vie pour avoir commis le triple crime d’être immigré hongrois, juif et gauchiste, la seconde guerre le poussa à fuir à New-York. Il fût chargé de couvrir les opérations d’Afrique du Nord et la libération de l’Italie. Capa, un mythe qui s’effondre ? Pas sûr. Après tout, le propre du mythe n’est-il pas de se fonder sur certaines croyances et des faits mirifiques ?

Premier sur la plage du Débarquement en 1944, la durée du périple de Capa n’en fait pas sa gloire, mais plutôt l’acte d’y avoir été. Dix ans après le D-Day il continuera son épopée en partant pour la guerre d’Indochine en 1954. Malgré la polémique (qui participe d’ailleurs peut-être plus au mythe qu’il ne le déconstruit) Capa n’en reste pas moins le fondateur de l’agence Magnum avec Henri Cartier-Bresson et David Szymin dit « Chim », première agence à défendre les droits des photographes. Alors oui, Capa est un mythe.

01-Capa-D-Day-Contact-Sheet© Robert Capa, © International center of photography

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