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Walker Evans : le vrai visage de l’Amérique

Céline Piettre 27 juillet 2015

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On n’y voit rien  ! Ironisait Daniel Arasse, nous incitant à regarder le tableau encore et encore. Sur les conseils de l’historien de l’art, Exponaute vous propose chaque semaine « d’entrer » dans une œuvre – peinture, vidéo, monument, objet – à la recherche des détails qui « font voir ». Alors que l’édition 2015 des Rencontres d’Arles met Walker Evans à l’honneur, retour sur l’un des portraits séminal du père de la photographie « documentaire » américaine. 

walkerevansTWalker Evans, Alabama Tenant Farmer Wife, 1936 © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

Papa doc

Walker Evans (1903-1975) voulait être écrivain ; il deviendra finalement le père adoré de la photographie documentaire américaine, descendant outre-Atlantique d’Eugène Atget et de Henri Cartier-Bresson. Une étiquette qu’il n’assumera qu’à moitié. « Le document est fait pour être utilisé, l’art lui est inutile » commentera t-il à ce propos, tout en revendiquant une esthétique du détachement et une prise de vue en noir et blanc préservée de sentimentalité. Comme Gustave Flaubert — qu’il dévore pendant ses études de littérature et son année à La Sorbonne, à Paris —, Evans cherche l’objectivité. Une objectivité qui va s’affranchir au fil de l’oeuvre de son orthodoxie, et varier ses textures.

Vacances à la ferme

Le portrait Alabama Tenant Farmer Wife a été pris par Walker Evans en 1936 à l’occasion d’un reportage commandé par le magazine d’économie Fortune. Accompagné de l’écrivain James Agee, le photographe se rend dans l’Alabama afin d’enquêter sur les effets du New Deal de Franklin Roosevelt, censé résorber les conséquences de la Grande Dépression sur les fermiers du Sud des Etats-Unis. Les deux hommes s’égarent de leur plan de route originel et décident de vivre plusieurs semaines aux côtés de trois familles de métayers miséreux, ne possédant rien — ni leur maison ni leur terres ni leurs outils de travail — et ne jouissant que de la moitié de leur récolte. Evans revient avec un port-folio conséquent et sans concessions : portraits « à la chambre » individuels ou collectifs, petits formats qui seront finalement refusés par Fortune.

M’am Allie Mae Burroughs

Epouse du métayer Flowd Burroughs et mère de quatre enfants, Allie Mae est âgée de 27 ans au moment de la prise de vue. Sa garde robe n’était constituée que de quatre « toilettes », dont deux, maintes fois reprisées, pour les dimanches, raconte James Agee. Walker Evans réalise quatre versions du même portrait,  prenant à chaque fois pour cadre le mur arrière de la maison des Burroughs et privilégiant le fond neutre et le point de vue frontal. Seule l’expression du modèle change, ici concentrée en une moue impénétrable — la bouche est fermée — et un regard empreint de gravité.

Mona Lisa indigente

Le plan serré induit une focalisation sur le visage (et son énigme). Les rides de la peau et du bois se répondent dans une même usure. Les planches de l’arrière-plan sont des territoires sillonnées de fatigue. Terre sèche de l’après Dust Bowl – cette vague de tempêtes de poussière qui ont ravagé les cultures du sud des Etats-Unis dans les années 1930. L’absence de légende et de détails contextuels entraîne la photo sur la voie de l’allégorie. Allie Mae incarne une pauvreté anoblie par la pureté formelle de la prise de vue.

Lire la photo

Il faut attendre 1941 pour que le reportage (et notre portrait) soit publié au sein de l’ouvrage désormais emblématique : « Louons maintenant des grands hommes ». Les photos d’Evans y sont associées aux textes d’Agee. La publication est rééditée et augmentée à plusieurs reprises. Elle inaugure l’intérêt d’Evans pour la diffusion de la photographie par le biais de son impression. A la différence du portrait d’Allie Mae souriant (édité en 1938 par le MOMA de New York dans le livre American Photographs), la version retenue par Evans pour « Louons maintenant des grands hommes » est la plus sombre des quatre. En dépit de la volonté de neutralité documentaire de son auteur, l’image sert un propos : celui de révéler le visage souffrant de l’Amérique.

Un cliché qui fait des petits

Nombreux sont les photographes américains contemporains qui revendiquent une filiation, plus ou moins directe, avec Walker Evans. Parmi eux, Stephen Shore, et ses Uncommon Places, ou Emmet Gowin, qui photographie son quotidien et la femme qu’il aime. Certains de leurs portraits trahissent une complicité avec celui de Allie Mae. Une parenté qu’on retrouve même chez le célèbre photographe de mode Peter Lindbergh, avec ce cliché de Kate Moss, hommage rétrospectif à la beauté brute de M’am Burroughs.

B014540© Stephen Shore

CRI_199233

Large_H300xW300© Emmet Gowin

lindberg1Kate Moss ©  Peter Lindbergh

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