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La scène artistique de Buenos Aires en cinq oeuvres

Céline Piettre 13 juillet 2015

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Un vent de mélancolie souffle sur la scène artistique de Buenos Aires, présentée à la Maison rouge à Paris jusqu’au 20 septembre. Comme si chaque artiste invité (une soixantaine) s’attachait à détruire le fantasme de cette ville mythique, mégalopole de plus de 3 millions d’habitants, pour en reconstruire l’ambiguïté à coup d’ironie grinçante, de réalisme magique et de bois brûlé. Cinq œuvres pour en découvrir l’énergie ténébreuse.

Fendre l’air

Suspendu dans un angle de pièce, le ventilateur de plafond de Jorche Macchi (Fan, 2013) creuse un peu plus le mur à chaque passage de ses pales. Au sol, des écailles de peinture témoignent avec discrétion des ravages (indélébiles) provoqués. Pluie de poussière dont la fragilité contraste avec l’obstination stérile de la destruction en cours. Mécanique implacable à l’esthétique minimale, Fan charrie des fictions politiques. C’est souvent le cas chez Jorche Macchi, artiste à l’envergure internationale, déjà exposé en 2015 en France, au CRAC de Montbéliard.

Points de suture

buenos2Dominio, 2011 © André Morin

Le home sweet home de Tomas Espina & Martin Cordiano a l’apparence d’un intérieur ordinaire (salon, salle à manger, bibelots) dans lequel nous sommes invités à pénétrer. Mais l’on découvre bientôt les cicatrices sur la peau des meubles. Entièrement reconstitué après une destruction (dont l’origine demeure inconnue), Dominio suggère la force des utopies, entre désir insatiable de réparation et idéal impossible. Née d’une collaboration exceptionnelle entre les deux artistes, l’œuvre a été conçue en 2011 dans le cadre d’une résidence au Mac/Val à Vitry.

Pluie domestique

buenosRain, 1999 © Collection Antoine de Galbert

Leandro Erlich (qui vit à Paris) est déjà connu des cimaises françaises et internationales, pour avoir notamment exposé dans le pavillon argentin de la Biennale de Venise en 2001. Ses installations troublent la perception de notre environnement familier (souvent reproduit à échelle 1) et font directement appel à l’émotion. Rain se présente comme un flash mémoriel, émergeant du noir le temps d’un éclair (ou d’un rêve). Averse prisonnière entre deux fenêtres. « Peinture » de paysage à la puissante mélancolie. Ça pleure dans les chaumières.

Soleils noirs

buenos179 sources de lumière cachées, 2005 © Collection Esteban Tedesco, Buenos Aires

Difficile de ne pas penser au soleil noir de la mélancolie (de Gérard de Nerval) qui troue ici le paysage urbain. Sur chaque source de lumière (réverbères, lune), l’artiste Ernesto Ballesteros — découvert à la Biennale de Lyon 2011 — a apposé une pastille de feutre occultante. Geste simple (et répété méthodiquement) qui ouvre l’image aux étrangetés SF et couvre la ville d’astres – nous reconnectant au cosmos. Se profilent au loin, en réminiscences historiques, les cercles monochromes de Kasimir Malevitch et d’Olivier Mosset, ceux-là même qui ont su « éteindre », au XXème siècle, les éblouissements figuratifs.

 Cimetière à ciel ouvert

buenos3But a Grainy Film, vidéo,  2008. Courtesy de l’artiste et de la galerie Alberta Pane, Paris.

Le mort, cet « étranger omniprésent » disait Borges, envahit la ville. Allongé, bras en croix, devant le parlement de Buenos Aires ou sous un échafaudage, l’artiste Fabio Kacero vient mourir sur le bitume, à la vue de tous et dans l’indifférence générale. Dans les grandes métropoles, on ne meurt pas Monsieur, on se tient (debout), on travaille, on produit, on consomme. La caméra suit les pérégrinations de ce macchabée chaplinesque. Corps inertes des victimes de la crise argentine, dont l’année 2014 a marqué le retour en force.

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MY BUENOS AIRES

20/06/2015 > 20/09/2015

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