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Dix livres (d’art) à glisser dans son sac de plage

Céline Piettre 30 juin 2015

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On oublie les catalogues d’exposition et les beaux livres d’image (qui ne survivront pas aux taches de crème solaire). Les vacances ne tolèrent que les petits gabarits, seuls capables de se caser dans vos valises. Exponaute a ainsi sélectionné dix livres d’art, fictions, essais ou classiques, qui n’ont pas peur de se mouiller. Bon été !

livreT© Getty Image

L’indispensable

Attention, drôle et brillant ! Le On n’y voit rien de l’historien de l’art français Daniel Arasse a été à l’origine de bien des vocations. Nombreux sont les lecteurs qui, médusés par tant d’érudition joyeuse, se sont retrouvés par sa faute sur les bancs d’une école d’art. Sorti en poche l’année de la mort de son auteur, en 2003, il est aussi savoureux et léger à ingurgiter qu’un cornet de glace. Un essai déguisé en fiction (ou le contraire) où l’historien scrute les moindres détails des peintures de Bruegel, Titien ou Velázquez. On y voit enfin clair.

Genre : essai / histoire de l’art

Infos pratiques: Daniel Arasse, On n’y voit rien, collection Folio essais, Gallimard, 224 pages, 8 euros.

L’ancêtre du Da Vinci Code

Le Tableau du maître flamand n’est pas tout jeune — sa première édition date de 1990 ! — mais reste un incontournable du polar arty. Une sorte d’ancêtre (intelligent et littéraire) du Da Vinci Code qui raconte l’histoire de Julia, restauratrice de tableaux, entraînée malgré elle dans une enquête policière semée de cadavres. L’indice : une inscription en français dissimulée dans une peinture figurant une partie d’échec. L’écrivain à succès Arturo Pérez-Reverte (qui a notamment inspiré à Roman Polanski son film La Neuvième porte) s’y connaît en ressort dramatique et en énigme picturale. Du bon vieux polar qui sent les réserves de musée. Idéal pour les chaudes après-midis dans la chaise longue.

Genre : thriller / peinture

Infos pratiques : Arturo Pérez-Reverte, Le Tableau du maître flamand, 1994, Le Livre de poche, 346 pages, 7 euros.

Le Pol’art

On l’a d’abord aimé pour son titre : Cadavres rouges sur fond noir, un hommage aux peintures de Kasimir Malevitch, ce grand monsieur de l’art abstrait condamné par le régime soviétique et qui survit ici en filigrane. Ce roman d’Adam Biro, écrit à l’encre noire (et non diluée) du polar à l’ancienne, débute sur le vol d’un tableau. L’inspecteur en charge de l’enquête s’appelle Liotard (comme le philosophe français, le y en moins) et nous entraîne de Paris à Varsovie. On y parle autant d’art que de crime. Et si vous raffolez du mélange des deux, jetez un œil du côté de la collection « ArtNoir » des éditions Cohen&Cohen, dédiée au genre.

Informations pratiques : Adam Biro, Cadavres noirs sur fond rouge, 2014, Cohen&Cohen, 16 euros.

Genre : polar noir / art moderne

Le révolutionnaire

Asphyxiante culture de Jean Dubuffet sort en 1968 comme on lance un pavé dans une vitrine. Il reste l’une des grandes déclarations pour l’émancipation d’un art spontané, bien loin de la « Kulture » institutionnalisée d’André Malraux. En à peine quelques centaines de pages, tout le monde en prend pour son grade. A la façon d’un Bakounine (plutôt qu’un Robespierre), l’inventeur de l’art brut y fustige la « classe dominante » des intellectuels et les « prêtres » de la culture. Une culture « génératrice de nuit» et « appauvrissante », réservée à quelques-uns. Mini-révolution anar’ qui prône le « non » et « l’esprit » de subversion. Sa lecture nous fait l’effet d’un bain d’eau glacée. Revigorant.

Genre : écrit d’artiste / politique culturelle

Infos pratiques : Jean Dubuffet, Asphyxiante culture, 1986, Editions de minuit. 128 pages, 12 euros.

Le primé

Pas besoin de présenter son auteur Michel Houellebecq. Quelques années avant d’écrire le scandaleux Soumission, notre écrivain national carburant à la charcuterie gagnait le Prix Goncourt pour sa Carte et le Territoire. Un roman qui en contient plusieurs autres (dont un polar bien sanguinolent où la scène de crime rivalise avec les drippings de Jackson Pollock). Le personnage principal, Jed Martin, artiste solitaire, a fait fortune en reproduisant des cartes Michelin et des portraits de Steve Jobs et Bill Gates. Houellebecq navigue donc ici dans le milieu de l’art contemporain (pas si exploré que ça par la littérature), déboulonnant au passage quelques monuments du XXème siècle. « Picasso peint un monde hideusement déformé parce que son âme est hideuse » provoque l’auteur. Et si on n’est pas tout à fait d’accord, ça reste jubilatoire.

Genre : polar désabusé / art contemporain

Infos pratiques : Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, 2010, Flammarion, 464 pages, 22 euros.

Le féministe

Comme Houellebecq avec La Carte et le Territoire, la romancière américaine Siri Hustvedt a choisi pour décor de son Monde flamboyant le milieu de l’art new-yorkais. Son héroïne : une plasticienne fictive, mariée à un galeriste célèbre, qui utilise des pseudos masculins histoire de mettre toutes les chances de son côté… Le livre commence avec la mort de l’artiste. S’y révèlent sur fond de théories psychanalytiques — le dada de l’écrivaine — les dérives misogynes et superficielles d’une certaine aristocratie artistique. Pas le meilleur livre de Siri Hustvedt, si l’on en croit ses fans, mais une belle réflexion sur l’art et sa réception.

Genre : roman / art contemporain

Infos pratiques : Siri Hustvedt, The Blazing World, Actes Sud, 416 pages, 23 euros.

L’intello

C’est notre intello de la bande. Un brin moins facile à étaler que la crème solaire, on vous l’avoue. Mais ceux qui ont déjà lu du Georges Didi-Huberman, savent bien que sa philosophie esthétique (autodidacte) se teinte souvent d’une poésie qui en adoucit la rigueur analytique. Son intérêt se porte ici sur le cinéaste mythique de la Nouvelle Vague Jean-Luc Godard (qu’il admire sans se déprendre pour autant d’esprit critique). Didi-Huberman s’adresse directement à lui, interrogeant sa pratique du montage et son fameux : « Les travellings sont affaire de morale ». Un essai tout frais (il est paru début 2015) qui vous hydratera le coup de soleil. Et tant qu’on y est, on vous conseille aussi le très beau Survivance des lucioles du même auteur, évoquant un autre réalisateur, italien cette fois et disparu : Pasolini.

Genre : essai / philosophie

cGeorges Didi-Huberman, Passés cités par JLG, 2015, Editions de Minuit, 208 pages, 20 euros, et La Survivance des lucioles, 2009, Editions de Minuits, 144 pages, 13 euros.

La bio bien tassée

Marcel Duchamp ? Le ready-made ? L’élevage de poussière et l’infra-mince ? L’artiste qui préférait les échecs à l’art et traitait la postérité de « belle salope » ? Qui est vraiment ce grand stratège, sacré l’homme « le plus intelligent du XXème siècle » par André Breton ? L’historien Bernard Marcadé y répond avec une précision jamais égalée depuis lors, passant par la vie et les amours de l’artiste (sa muse Gabrielle Picabia et sa maîtresse Maria Martins) pour entrer dans l’oeuvre. Epopée pleine de rebondissements et de révélations inédites qui contentera aussi bien les spécialistes que les allergiques aux ready-mades. Six cent pages qui valent bien leurs 25 euros. Et une lecture relativement fluide, capable de supporter les températures élevées et qui vous occupera une bonne partie de l’été.

Genre : biographie / histoire de l’art

Infos pratiques : Bernard Marcadé, Marcel Duchamp : La vie à crédit, 2007, Flammarion, 595 pages, 26 euros.

Le pop

On y cause célébrité, sexe, maquillage, épilation et star-system, comme dans nos bons vieux magazines people. A part que son auteur, Andy Warhol, a inventé le Pop Art. Ma philosophie de A à Z et vice-versa, écrit en 1975 , fait dialoguer deux interlocuteurs imaginaires : A et B. Le ton est cynique, le style décomplexé et on y passe sans scrupules du coq-à-l’âne. Une mine inépuisable de sages conseils warholiens – « Les histoires d’amour sont trop prenantes, et elles n’en valent pas la peine » – qui peut se lire dans tous les sens, et ne craint ni l’eau, ni le sable, ni les nuits blanches.

Genre : écrit d’artiste / art contemporain

Infos pratiques : Andy Warhol,Ma philosophie de A à Z et vice-versa, 1975/2007, Flammarion, 226 pages, 22 euros.

L’épistolaire

Rien de tel que les correspondances pour faire connaissance en douceur avec les artistes. Les plus courageux pourront s’attaquer aux lettres de Camille Claudel (adressées depuis l’asile à son frère Paul et à sa mère), somme imposante autant que fascinante augmentée en 2014 (chez Gallimard, 28 euros). Chez Grasset, et un poil plus théorique : la correspondance de Cézanne « qui va au paysage tous les jours » et s’entretient avec sa famille, le peintre impressionniste Pissaro, le marchand Ambroise Vollard. Toujours chez Grasset, les lettres de Van Gogh à son frère Théo, confidences écrites entre 1873 et 1890. On y partage les joies et les désespoirs intimes et picturaux du peintre. Un classique du genre.

Genre : correspondances / art du XXème siècle

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