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Les Rencontres de la photo d’Arles : le changement, c’est maintenant !

Céline Piettre 14 juin 2015

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C’est l’année de tous les changements pour les célèbres Rencontres internationales de la photographie d’Arles : un nouveau directeur, une nouvelle identité visuelle, et bientôt un nouveau lieu. Sam Stourdzé (ancien responsable du Musée de Lausanne) hérite d’un festival fragilisé par la démission de François Hébel et les querelles avec la Fondation Luma. Rien ne semble pourtant altérer son optimisme. Entretien à propos de l’édition 2015, inaugurée le 6 juillet. 

arlesT5Thierry Bouët, Avion ailes hautes, série «Affaires privées». Courtesy de l’artiste.

Un festival consacré à un seul médium, en l’occurrence la photographie, est-il encore pertinent aujourd’hui ?

Oui je pense que c’est pertinent même si on n’imaginerait pas vraiment l’équivalent avec d’autres médiums comme la peinture et la sculpture. Ce festival existe depuis 46 ans et fait autorité dans son domaine. Or il n’a de sens aujourd’hui, selon moi, que s’il est capable de dépasser son champ disciplinaire. La photo oui, mais en résonance avec les autres arts ! Cette année, elle dialoguera avec l’architecture, le cinéma et la musique. C’est l’orientation choisie pour les éditions à venir. La photo et plus largement l’image (qu’elle soit du registre des pratiques artistiques ou de la culture visuelle) est un point de départ.

Comment allez-vous opérer concrètement ce décloisonnement entre les pratiques ?

Pour cette édition, j’ai imaginé non pas une thématique mais des séquences. Un tiers de la programmation est consacrée justement à ces dialogues entre la photo et d’autres champs disciplinaires.  Arles est un terrain d’expérimentations. On peut tenter des choses et c’est ce qu’on fait le photographe Martin Parr et le compositeur Mathieu Chedid. Depuis un an ils travaillent ensemble pour créer une exposition sonore et visuelle. Nous voulons montrer la photographie où on ne l’attend pas forcément, sur les pochettes originales de disque par exemple (tous les grands photographes en ont réalisées). Ce n’est pas tant l’interdisciplinarité qui est valorisée mais les frottements entre les disciplines, comme avec les soirées au Théâtre antique où seront programmés Rodolphe Burger et Jacques Attali.

arlesT4Paolo Woods, The Heavens, 2015. Courtesy de l’artiste

Qu’est-ce qui a déterminé la programmation 2015 ? La présence de certains artistes vous tenait-elle à cœur pour cette première édition en tant que directeur ?

Comment les 35 expositions dialoguent-elles ? Qu’est-ce qu’elles racontent ensemble ? Voilà ce qui m’intéresse avant tout. J’aimerais qu’à la suite d’une journée à Arles, les visiteurs se posent à une terrasse de café et puissent tisser des liens entre les différentes propositions.

Je vois dans la programmation un fil conducteur, une ligne historique qui va de Walker Evans à Stephen Shore jusqu’à Martin Parr. Vous avez là trois générations de grands photographes qui couvrent tout le 20ème siècle et dont les pratiques se répondent.

arlesTJohn Malkovich en Jean-Paul Gaultier (Pierre et Gilles, 1990). Courtesy de l’artiste et de la Catherine Edelman Gallery, Chicago.

Vous souhaitez proposer des expositions à plusieurs niveaux de lecture. Considériez-vous les éditions précédentes comme trop élitistes, ou au contraire trop grand public ?

Non, mais aujourd’hui les Rencontres d’Arles c’est 85 000 visiteurs et c’est parfois un peu le grand écart entre les publics. La semaine d’ouverture accueille 13 000 professionnels internationaux qui viennent avec un besoin de découvertes. Les profils du reste des visiteurs sont très variés : certains voient à l’occasion du festival leurs seules expositions de l’année, d’autres sont des amateurs éclairés. J’ai deux niveaux dans mon viseur : ma relation aux artistes (le festival se doit de rendre compte de la pratique actuelle) et ma relation au public. Nous avons donc travaillé sur des expositions portant plusieurs niveaux de lecture au lieu de séparer projets pour grand public et projets pour spécialistes. Cette dichotomie ne nous intéressait pas. L’exposition Sandro Miller et John Malkovich, par exemple, offre une porte d’entrée ludique — le célèbre acteur rejoue une quarantaine de chefs-d’oeuvre de l’histoire de la photographie — mais réfléchit aussi sur la notion de réappropriation selon une approche postmoderne.

Vous avez pris une décision radicale (historique !) en changeant l’identité visuelle animalière du festival, devenue le symbole des Rencontres d’Arles… 

Michel Bouvet a considérablement participé à la diffusion et à l’ancrage du festival. Mais il était arrivé au bout de l’aventure. L’affiche 2014 réunissait tous les animaux et les légumes des précédentes éditions pour une dernière « parade », un adieu. Tout le monde avait déjà pris acte qu’il fallait un renouveau. Il a été confié à ABM Studio [lire notre article ici]. Je souhaitais revoir le médium photographique au sein du visuel, et trouver un moyen de raconter ce qu’on était, presque sous la forme d’un « slogan ». ABM n’a pas eu besoin de mots. La notion de renversement (très liée à l’histoire de l’art et de la photo) est un message fort. Nous avons laissé parler les images, ce qui est la vocation du festival.

arlesT

 

Quelles conséquences va avoir l’installation de la Fondation Luma à Arles et plus particulièrement sur le site des Ateliers, dévolus jusqu’ici aux Rencontres. Les polémiques sont-elles toujours d’actualité ? La survie du festival est-elle menacée ?

Tout le monde sait que les dernières années des Rencontres ont été difficiles [litre notre article ici]. L’installation de la Fondation Luma à Arles est une chance unique pour la Ville. On se réjouit évidemment de ce projet de campus dédié à l’art contemporain [prévu en 2018, ndlr] et de la tour de Frank Gehry [l’architecte de la Fondation Vuitton, ndlr]. Le vrai problème pour notre festival est qu’il va perdre Les Ateliers SNCF, cet espace d’exposition historique de 10 000 m2 (qui a fait le succès des Rencontres). Dès l’année prochaine, on ne pourra plus en disposer. Un dialogue a été engagé avec la Ville pour pouvoir identifier d’autres espaces. Il y a quelques mois, nous avons trouvé une solution temporaire : le site des anciennes papeteries Etienne [fermées en 2009, nldr], de l’autre côté du Rhône, qui pose encore des problèmes d’accès et de sécurité. Notre but est d’ouvrir des nouveaux quartiers, comme ça avait été le cas il y a dix ans pour les Ateliers SNCF. Pour l’instant, on a une visibilité à très court terme. Mais la discussion est ouverte.

LES RENCONTRES D'ARLES 2015

06/07/2015 > 20/09/2015

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Les Rencontres d'Arles (anciennement nommées Rencontres internationales de la photographie d'Arles) est un festival estival annuel de photo...

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