Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

La rentrée des expos 2015 : du blockbuster sinon rien

Céline Piettre 4 juin 2015

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Chagall, Scorsese, Picasso, Warhol… La rentrée (2015) des expositions s’annonce encore plus musclée que d’ordinaire. Les musées jouent sans complexe la carte du blockbuster, et s’assurent à l’avance un taux de fréquentation optimal. On visualise déjà (autant qu’on le redoute) le serpentin animé des files d’attente. 

BD - PICASSO Marie Thérèse au beret bleuPablo Picasso, Marie-Thérèse au béret bleu, 1937. Collection particulière © Succession Picasso 2015 Photo Béatrice Hatala.

La bombe Picasso

C’est la suite de « Picasso et les Maîtres », qui avait battu en 2009 le record de fréquentation de l’établissement avec près de 800 000 visiteurs. L’exposition  « Picasso-mania », déprogrammée suite aux tensions engendrées par la réouverture du musée Picasso, revient en force le 7 octobre prochain. Un projet curatorial qui étudie la postérité du peintre espagnol. Pas besoin d’en dire plus : Picasso + art contemporain est l’équation parfaite, le sésame qui ouvre toutes les portes et remplit illico les salles. Sur les cimaises : Lichtenstein, David Hockney, Baselitz, Erro, Emir Kusturica … des noms presque aussi célèbres que le maître dont ils réinvestissent les pratiques stylistiques (cubisme), copient l’éclectisme et réinterprètent le mythe.

« Picasso.mania », Grand Palais, Paris, du 7 octobre au 29 février 2016.

Versailles tue le Roi-Soleil

« Le roi est mort ! » clame le Château de Versailles en guise d’exposition de rentrée. On connaît la suite… A l’heure du tricentenaire de la mort de Louis XIV, l’institution propose non pas de retracer la carrière éblouissante du Roi-Soleil mais de revenir sur le moment de sa mort, de son autopsie et ses funérailles. Un focus sur les rituels funéraires à l’époque royale, résultant d’un long travail de recherches menées à l’international.

« Le roi est mort ! », Château de Versailles, du 26 octobre 2016 au 21 février 2016. 

Scorsese, expo monstre

Avant même de commencer, c’est déjà un mythe. Il faut dire que la Cinémathèque française frappe fort en organisant la première exposition au monde dédiée au monstre du cinéma américain Martin Scorsese (Spielberg aurait à peine fait mieux). Pour la concevoir, la vénérable institution est allée puiser dans les archives du père de Taxi Driver et du Loup de Wall Street, mais aussi dans les petits papiers de ses complices l’acteur Robert De Niro et le scénariste Paul Schrader. Du rare, de l’exhaustif et un carton au box-office assuré.

« Martin Scorsese », Cinémathèque française, Paris, du 7 octobre 2015 au 24 janvier 2016. 

blockT2

 Andy Warhol, Shadows, 1978. Courtesy MAM.

Warhol en séries illimitées

Le 2 octobre, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris ouvrira sa grande exposition consacrée à l’inventeur du Pop Art. Deux cents œuvres viendront éclairer la pratique sérielle d’Andy Warhol. L’occasion de réunir les Electric Chairs (1964-71), Jackies (1964), Flowers (1964-65) et Maos (1972-73). Clou de l’exposition : les Shadows (1978-79), un ensemble de 102 sérigraphies sur toile prêtées par la Dia Art Foundation de New-York et présentées pour la première fois en Europe dans leur intégralité. Soit la répétition d’une même ombre (photo prise vraisemblablement dans l’atelier de l’artiste) déclinée en 17 couleurs et s’étirant sur 130 mètres. « Frontière entre le rêve américain et la mort américaine » comme la décrit le directeur du MOCA de Los Angeles. Vision sépulcrale hallucinée.

« Andy Warhol, Shadows », Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du 2 octobre au 7 février 2016.

Thématiques coups de poing

Pour faire venir le public, nos institutions muséales n’hésitent pas à valoriser des thématiques « vendeuses », foulant au passage des terres (curatoriales) inexplorées. La violence et le fantastique chez David et Delacroix nourrissent l’exposition de rentrée du Musée de la vie romantique. Quant à Orsay, il s’attaque à un gros morceau : la prostitution dans les arts du XIXème et XXème siècles. On y fréquentera bien évidemment les cafés de Degas (L’Absinthe) et les « bordels » de Manet (L’Olympia) et de Toulouse-Lautrec, jusqu’aux Demoiselles d’Avignon de Picasso (tableau prenant pour modèles des prostituées et censé prévenir, à l’origine, contre le danger des maladies vénériennes).  Une épopée à travers la peinture, la sculpture et les arts décoratifs — le sujet remonte aux Marie-Madeleine(s) des églises — qu’on espère du niveau de « Crime et Châtiment » . Et assez maligne pour éviter les écueils  de « Sade. Attaquer le soleil ».

« Violence et fantastique de David à Delacroix », Musée de la vie romantique, Paris, du 3 novembre au 28 février 2016 /« Splendeurs et misères. La prostitution en France de 1850 à 1910 », Musée d’Orsay, Paris, du 22 septembre au 20 janvier 2016.

blockT1

Edgar Degas, Dans un café, dit aussi L’absinthe, 1873.

Lady’s first 

La rentrée 2014 avait mis à l’honneur les femmes artistes avec Niki de Saint-Phalle au Grand Palais et Sonia Delaunay au MAM. Le Grand Palais poursuit sur la lancée en offrant sa première rétrospective française à la peintre du XVIIIème siècle Élisabeth Vigée Le Brun. Cette spécialiste du portrait (celui de Marie-Antoinette et de ses enfants, par exemple) a su forcer les portes de la peinture d’histoire, réservée à l’époque aux hommes. Cent trente œuvres — on nous promet de beaux prêts en provenance de l’Ermitage de Saint-Petersbourg ou du Met de New-York – en retracent la carrière.

Changement de cap (mais pas de genre) avec l’artiste et réalisatrice vivant au Brésil Dominique Gonzalez-Foerster. Conviée dans les espaces du Centre Pompidou, après avoir été exposée au MAM en 2011, elle proposera une rétrospective en forme de voyage dans le temps à travers des paysages tropicaux et/ou désertiques. L’exposition comme réalité parallèle et fiction en trois dimensions.

Autre orientation féminine (voire féministe) au Musée de l’Orangerie qui « réévalue » la contribution des femmes au développement du médium photographique. Son titre « Qui a peur des femmes photographes ? » fait référence à la pièce d’Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf ?, et par extension à l’écrivaine britannique.

« Dominique Gonzalez-Foerster », Centre Pompidou, du 23 septembre au 1er février 2016 / « Vigée Le Brun, 1755-1842 », Grand Palais, du 23 septembre au 11 janvier 2016 / « Qui a peur des femmes photographes ? », Musée de l’orangerie, du 14 octobre 2015 au 25 janvier 2016.

Le Louvre prédit l’avenir

Le plus grand musée au monde joue les cartomanciennes. Le Louvre propose à partir du 15 septembre une exposition qui « retracera au présent un récit du passé susceptible d’éclairer notre regard sur l’avenir ». Ambitieux tout autant qu’énigmatique, le projet s’inspire du livre éponyme de l’écrivain et haut-fonctionnaire Jacques Attali.  Le parcours fera dialoguer des œuvres historiques avec des créations contemporaines à travers quatre sections thématiques : l’ordonnancement du monde, les grands empires, l’élargissement du monde et le monde contemporain polycentrique. Et pour rajouter encore une couche (savoureuse), l’institution invite les artistes Mark Manders, Camille Henrot, Isabelle  Cornaro, Chéri Samba ou encore Ai Wei Wei  à concevoir la scénographie.

« Brève histoire de l’avenir », Musée du Louvre, Paris, du 15 septembre au 15 décembre 2015.

Cimaises sentimentales

Le musée, ça fait aussi dans le sentiment. A l’occasion d’une nouvelle édition de « Lille fantastique », le Palais des beaux-arts de la ville célébrera la «Joie de vivre » par l’intermédiaire d’une grande variété d’artistes (de Bruegel à Murakami en passant par Tiepolo, Monet, Matisse ou Niki de Saint-Phalle) et de thèmes (les paradis méditerranéens, les bals ou les corps en mouvement). De retour à Paris, ce sera au tour de Jean-Honoré Fragonard d’allumer notre flamme, par les plaisirs du libertinage ou de l’amour avec un grand A (sentiment qui naît dans les arts au XIXème siècle).

« Fragonard amoureux », Musée du Luxembourg, Paris, du 16 septembre au 24 janvier 2016 /  «Joie de vivre », Palais des beaux-arts de Lille, du 26 septembre 2015 au 17 janvier 2016. 

galerie-kamel-mennour-francois-morellet-c-est-n-importe-quoi-Triptyque-45-n-1-2014_large

François Morellet, Triptyque 45° n°1, 2014. Courtesy of the artist et Galerie Kamel Mennour.

Le panthéon Osiris, Chagall et Morellet

Ils représentent les cadors de leur catégorie respective. Osiris, dieu de l’au-delà, règne sur l’Ancienne Egypte pendant des millénaires et dès la rentrée sur l’Institut du Monde arabe. Cette dernière présentera dès le 8 septembre 250 objets issus de sept années de fouilles sous-marines en lien avec le culte de la divinité. A l’opposé de la ville, dans les espaces d’exposition flambant neufs de la Philarmonie de Paris, Marc Chagall,  l’un des peintres chéris du grand public, sera présenté dans ses liens avec la musique. Enfin, de l’autre côté du périph, l’artiste contemporain François Morellet bénéficiera d’une rétrospective au Mac/Val. Soit plus de 50 ans d’une abstraction géométrique polissonne, encore exemplaire pour bon nombre de jeunes artistes.

« François Morellet. Dorémifasolasi », MAC/VAL à Vitry-sur-Seine, du 24 octobre au 31 janvier 2016 / « Osiris, mystères engloutis d’Egypte», IMA, du 8 septembre au 31 janvier 2016 / « Chagall et la musique », Philharmonie de Paris, d’octobre à janvier 2016.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE