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L’art pieuvre de Jodorowsky au CAPC

Céline Piettre 28 mai 2015

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Ses tentacules attrapent toutes les pratiques à sa portée. L’écrivain, performeur, réalisateur, psychomagicien et auteur de BD franco-chilien Alejandro Jodorowsky passe la porte du musée, poussant ce dernier à se métamorphoser. Documents inédits et scéno cousue sur mesure.

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Affiche de Fando Y Lis, exposée au CAPC (Exponaute)

Jodorowsky est une pieuvre, qui happe tout sur son passage. Il guérit à coups de tarot de Marseille (dont il connaît l’art sur le bout des doigts) et invente des sagas intergalactiques. Marionnettiste (dans sa jeunesse) et fondateur (en 1962) du mouvement Panique aux côtés de Topor et Arrabal. Surréaliste intérimaire allergique à l’autorité, et fâché pour cette raison précise avec André Breton. Monstre vorace, avaleur d’irrationnel, qu’on imaginait mal au musée. Le voilà pourtant exposé au CAPC à Bordeaux jusqu’en octobre, sous une grande nef transformée en « ville » par l’architecte Andreas Angelidakis. Rues, labyrinthe, tour, atrium (pour l’organisation de performances) et salles de lecture presque vides – où l’on peut consulter ses nombreux livres psycho-ésotériques – accueillent le visiteur. Chaque zone correspond à une discipline (cinéma, BD) en lien avec la thématique du tarot, sans forcer pour autant sur la symbolique. C’est un peu comme si on se baladait dans le cerveau de monsieur Jodo. Avec toutes les rencontres incongrues que cela implique.

L’inventeur du western métaphysique

L’art pieuvre de Jodorowski a autant de visages que de bras. Ses fans se ressemblent aussi peu que des enfants de parents différents. Beaucoup le connaissent pour ses bandes dessinées qui fleurent bon les années 1980 – l’Incal, illustrée par Moebius, la  Caste des Méta-Barons et les Technopères, c’est lui ! D’autres pour ses séances de « psychomagie » ou sa « thérapie » par l’évangile. D’autres encore, plus rares, pour ses pièces de théâtre expérimental, qui incitent l’acteur à se « confesser », et ses happenings (celui donné à Paris en 1965 sur l’invitation de Jean-Jacques Lebel). Quant aux artistes contemporains et aux cinéphiles, il ne jurent que par El Topo, western métaphysique tourné en 1970 et qui sera le premier « Midnight Movie » de l’histoire– ces séances nocturnes réservées aux productions underground. A l’époque de sa sortie, le critique du Guardian décrit El Topo comme un mélange entre Buñuel, Sergio Leone et Fellini. Quelques années plus tôt, le scandaleux Fando et Lis, son premier long-métrage, trouvait pour seul allié le cinéaste Roman Polanski. En témoignent des coupures de presse, présentées dans l’exposition, sous vitrine, avec la vénération que l’on doit aux archives.

« Jodo » intime 

Plus on avance, et plus « Jodo » se dévoile. On apprend qu’il dessine à quatre mains avec son épouse des fantasmagories colorées auxquelles on préfère (question de goût) les esquisses surréalistes des débuts et les dessins «paniques ». Un film le montre, riant, assailli par les mouettes qu’il nourrit depuis la fenêtre de sa chambre. Dans un autre, il s’adresse directement aux visiteurs. A 86 ans, Jodorowsky « lit et écrit énormément» confie la directrice du CAPC Maria Inés Rodriguez Fernandez. L’exposition fait ainsi alterner « oeuvres » de légende et expériences plus confidentielles. Et nous fait voyager du Chili (où il naît en 1929) à Paris (où il réside toujours) en passant par le Mexique (où il crée le Théâtre d’avant-garde en 1965).

Le film Dune : la revanche

Au centre du parcours, trône (ou plutôt gît), dans une sorte de monument funéraire, le story-board du film Dune, dessiné par Moebius. La mise en scène grandiloquente est à la hauteur de la frustration de Jodorowsky. Dans les années 1970, il tente d’adapter au cinéma le roman de science-fiction de Franck Herbert, dix ans avant la version de David Lynch. Faute de moyens, le projet s’arrête. Cet objet mythique, cœur sombre de l’exposition du CAPC, vient rappeler au monde (aux visiteurs du moins) que Lynch n’était pas le premier sur le coup. « Alejandro n’a pas abandonné » explique la directrice, « il pense encore à réaliser son propre film ». L’artiste se prépare d’ailleurs à tourner au Chili un nouveau long-métrage, Poésie sans fin. La pieuvre est connue pour son intelligence et… sa ténacité.

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