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Cinq indices pour résoudre l’énigme Bruce Nauman

Céline Piettre 26 mai 2015

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Deux expositions parisiennes, à la Fondation Cartier et à la galerie Gagosian, rendent hommage à l’Américain Bruce Nauman. Cet étudiant en mathématiques devenu artiste conceptuel et cowboy à mi-temps n’entre pas facilement dans une case. Au risque d’en déstabiliser certains. Exponaute vous guide aux côtés d’un des grands artistes de notre époque. 

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Bruce Nauman, Autoportrait à la fontaine, 1966-67, DR

Une œuvre qui bouge

Nomade, l’art de Bruce Nauman bouge. Au sens littéral, par la pratique assidue de la performance (dès 1967) et son intérêt pour le travail des chorégraphes postmodernes comme Merce Cunningham et Trisha Brown. Au sens figuré, par son obstination à se réinventer. « J’ai compris que je ne développerai jamais un processus spécifique » dit-il. L’art n’est pas un produit fini, une « belle » œuvre, mais une investigation permanente qui prend la forme d’expériences quotidiennes. Ses « activités » d’atelier filmées dès la fin des années 1960 seront prises comme modèles par des générations de jeunes artistes. Néons, installations monumentales et vidéos, dessins, aucuns territoires vierges ne lui résistent.

Quand le corps s’y colle

Le corps comme matériau premier de l’œuvre, on connaît. C’est un peu l’incontournable de l’art des années 1970. Bruce Nauman en rôde la pratique, l’élève à une virtuosité minimale. Le geste élémentaire – marcher autour d’un carré tracé au sol (Dance), se pincer la cuisse (Thighing Blue), jouer deux notes sur un violon (Playing a Note on a Violon), faire rebondir une balle entre le plancher et le plafond (Bouncing Two Balls), tourner sur lui-même (Revolving Upside Down)  – sont des moyens d’appréhender le monde. D’en mesurer la distance. D’en ressentir la durée (d’où les actions répétées dans le temps). D’en saisir les conséquences (notamment musicales, le pied battant le tempo dans Wall Floor Positions). Bruce Nauman met en relation, transformant au passage son corps en sculpture.

L’art doit agresser

Pas question de rester inertes. Bras ballants et regards dans le vague (on en croise souvent au musée). L’œuvre doit saisir, faire réagir. Eprouver « physiquement », quitte à provoquer le malaise, agresser.  « Hit me ! Beat me ! » (Frappe moi !) hurle un gyrophare à notre adresse. « Help Me/Hurt Me » psalmodie un homme sur grand écran. Chez Nauman, le son est souvent trop fort, l’action répétée épuisante, le sexe féroce, les clowns au bord de la crise de nerf et le langage contradictoire (quand les mots ne se lisent pas tout simplement à l’envers : Raw/War). A la Fondation Cartier, un manège monumental racle le sol, donnant à entendre la violence du réel. L’art de Nauman vient nous déloger de nos terriers, où l’on coulait un hiver confortable.

Le conceptuel, c’est drôle !

Ses proches le disent. Avec tout le sérieux qui motive son œuvre, Bruce Nauman a le sens de l’humour (un poil ravageur, à tendance absurde, on vous l’accorde). En 1966, son Autoportrait à la fontaine le montre nu, crachant, joues gonflées, un magnifique jet d’eau (voir plus haut). Un geste qui résume à lui seul toute l’histoire de l’art et rejoue, en le taquinant, la fameuse Fontaine/urinoir du père de l’art contemporain Marcel Duchamp. Quant à sa performance Walking in an Exaggerated Manner Around the Perimeter of a Square (Marcher de façon exagérée autour d’un carré), on aime y voir une préfiguration des marches stupides des Monty Python. A moins que ce ne soit le contraire.

L’anti-mondain

Le caractère discret de Bruce Nauman renforce l’énigme de l’oeuvre. L’artiste de 74 ans vit dans un ranch au Nouveau-Mexique, propriété isolée à l’abri des regards. Ses journées sont rythmées par le travail d’atelier (qu’il partage avec sa femme, le peintre Susan Rothenberg) et les activités d’élevage (vaches, chevaux). En dehors de quelques sorties « obligées », comme lorsqu’il reçoit le Lion d’or du meilleur pavillon à la 53ème Biennale de Venise en 2009, Bruce Nauman évite le feu des projecteurs. L’artiste ne se met presque plus en scène dans ses oeuvres. Ses passages parisiens sont aussi rares que ses expositions. Profitez-en !

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