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Le salon de Montrouge 15′ : nos coups de coeur

Céline Piettre 25 mai 2015

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Soixantième anniversaire du salon oblige, c’est un tapis rouge (désigné par Matali Crasset) qui accueille le visiteur à Montrouge. Une édition 2015 au jury resserré qui a privilégié la peinture figurative – très bien représentée chez nos jeunes pousses – et l’humour à tendance grinçante.

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Alexandre Eudier, Tapis-mire, 2014. Courtesy salon de Montrouge 2015 © Exponaute

La mire, cette bonne vieille icône de notre passé cathodique, supprimée progressivement des écrans de télé française, se retrouve en motif principal d’un tapis marocain. Alexandre Eudier, qui vit à Meknès, l’a fait fabriquer de façon traditionnelle par des artisans de la région de Oued Zem. Curieux mixage des cultures (traditionnelles et de masse) ramenant au niveau du sol (et de la décoration) l’empire télévisuel. « Fin des programmes » nous murmure t-il à l’oreille. Signant ici de son vrai nom, Alexandre Eudier n’hésite jamais en prendre d’autres – Adil Nur ou Jean-François Boulard – à chaque fois qu’il désire changer de style. Histoire de voyager un peu dans sa propre oeuvre.

 

montrouge4Jérome Cavaliere, Competition Are for Horses, Not Artists. Courtesy salon de Montrouge 2015 © Exponaute

C’est un des comiques du cru 2015. Alors que la Biennale de Venise bat son plein (depuis le 9 mai) et remet ses prestigieux Lions d’or, ce petit malin de Jérome Cavaliere soumet les artistes à un contrôle anti-dopage, documentaire (fictif) et tubes sous vide à l’appui. Son titre, La compétition c’est pour les chevaux pas pour les artistes, parle de lui-même. Simple gag ? Le travail de Jérome Cavaliere fait rire (beaucoup rire), prêchant le faux pour savoir le vrai. Ses investigations potaches et you tubesques sondent, avec une jovialité un brin menaçante, les règles du jeu du milieu de l’art.

 

Montrouge3Filip Mirazovic, huile sur toile. Courtesy salon de Montrouge 2015 © Exponaute

Les grands formats de Filip Mirazovic évoquent la peinture d’histoire ; transportent avec eux des relents de musées, de vieilles iconographies. Ces « ruines » (qui semblent constituées de réminiscences d’anciennes toiles) revendiquent une actualité. Sorte de Hubert-Robert post-romantique, l’artiste (d’origine serbe) cite le performeur Chris Burden ; se nourrit des crises écologiques et économiques de l’Occident. Décorum décadent sur lequel plane un rocher en lévitation, divinité dorée à adorer sans modération.

montrouge5Paul Heintz, DSM, livre. Courtesy salon de Montrouge 2015 © Exponaute

Un autre rigolard de l’édition, Paul Heintz, qui aime bien lui aussi brouiller les frontières entre la fiction et le réel. Un sosie de Gainsbourg poignarde un sosie de Johnny Hallyday (on le voit passer la tondeuse dans un quartier résidentiel). Un (vrai-faux ?) livre médical est ouvert à la page « blagueurs pathologiques ». Ses « entreprises d’entraînement pédagogique » invitent les (vrais) chômeurs à exécuter des tâches dans de (fausses) entreprises. On ne comprend pas toujours ce qu’il se trame, mais on se doute que vont s’y distendre peu à peu les contours d’une certaine normalité.

Montrouge1Valentin Dommanget, Digital Stretcher Studies. Courtesy salon de Montrouge 2015 © Exponaute

A l’oeil, c’est à la fois doux et glacé. La peinture (sculpture) de Valentin Dommanget mime le veinage du marbre polychrome. Le motif est celui du suminagashi, technique japonaise ancestrale consistant à « marbrer » le papier d’ondulations encrées. La forme, elle, résulte de la torsion d’un châssis par l’intermédiaire d’un logiciel de modélisation. Chimère numérique nichée au cœur d’une pliure noire. Avion en papier passé au monumental.

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