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Le Corbusier est-il un bon peintre ?

Céline Piettre 12 mai 2015

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Une photographie de Le Corbusier nu, en train de peindre les fresques murales de la villa d’Eileen Gray à Roquebrune-Cap-Martin (rouverte au public en mai), clôture la rétrospective que le Centre Pompidou consacre à l’architecte. Largement méconnue, l’oeuvre plastique de Le Corbusier est présentée jusqu’au 6 juin à la galerie Eric Mouchet. Le père de l’architecture moderne, inventeur du modulor et des Unités d’habitations (lire notre lexique) était-il un bon peintre? Entretien en guise de réponse par le galeriste et spécialiste de Le Corbusier Eric Mouchet. 

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Taureau, 1956 © Fondation Le Corbusier, Paris, 2015. Courtesy Galerie Eric Mouchet – Galerie Zlotowski

Quel temps Le Corbusier consacrait-il à la pratique de la peinture et du dessin ?

Il consacrait une matinée ou une après-midi par jour à ses recherches personnelles, selon les époques, dans son appartement de la rue Jacob puis, à partir de 1934, dans le vaste appartement-atelier qu’il avait aménagé à cette fin près de Boulogne.

Il dessinait, peignait, et écrivait alternativement sans qu’il soit réellement possible de dire quel temps lui prenait chaque activité. Ses sculptures, par exemple, qui n’apparaissent qu’après la Seconde Guerre mondiale, sont le fruit d’une collaboration étroite avec l’ébéniste breton Joseph Savina. Ce dernier a réalisé l’essentiel du travail de sculpture en taille directe, mais selon des directives extrêmement précises de Le Corbusier, qui peignait lui-même les pièces polychromes.

Le Corbusier peintre est-il différent du Le Corbusier architecte? Peut-on opposer le peintre de la courbe et de la couleur à l’architecte de la ligne droite et du gris béton ?

Je ne le crois pas ; son travail de peintre (la créativité pure) nourrissait sa réflexion d’architecte et d’urbaniste (la création sous contraintes, inhérente au bâtiment). Il l’a d’ailleurs écrit lui-même à plusieurs reprises. Les liens entre ces deux activités ne sont pas manifestes au premier abord, mais ils existent. L’usage d’une polychromie spécifique selon les époques de sa vie, analogue dans ses peintures et dans son architecture, constitue un pont facilement identifiable.

Il est inexact, me semble t-il, de décrire Le Corbusier comme un « architecte de la ligne droite et du gris ». La richesse de ses espaces tient justement à la diversité des sensations qu’il parvient à générer chez les résidents, sensations qui sont exacerbées par la variété des formes – notamment des courbes, des volumes et des couleurs. Même une chapelle entièrement blanche comme Ronchamp chatoie grâce à la couleur apportée par les vitraux.

07. Le Corbusier, Nature morte à la pile d'assiettes et au livre, 1920

Le Corbusier, Nature morte à la pile d’assiettes et au livre, huile sur toile, 1920 © FLC, ADAGP, Paris 2015

On a tendance à penser l’œuvre peint de Le Corbusier comme secondaire, de voir en lui un sous-Fernand Léger ou un sous-Picasso, d’en faire un simple suiveur du cubisme (avec la création du « purisme » en 1918), du surréalisme et de l’abstraction… Quels arguments pour sa défense ?

Le purisme est effectivement un mouvement post-cubiste, dans le sens où il se base sur le cubisme pour en critiquer les aspects rendus obsolètes par la guerre de 1914-1918, mais ce n’est pas un sous-cubisme. Le purisme n’est pas un mouvement suiveur mais un mouvement qui reconnaît sa filiation ; il se fonde sur le passé pour construire un nouveau pan du modernisme.

Si son art peut effectivement évoquer et Picasso et Léger, ce n’est qu’en prime apparence ; il y a bien sûr chez ces trois artistes des caractéristiques communes inhérentes à l’époque. Mais Le Corbusier présente ses propres spécificités. Parlons par exemple de cette recherche qui l’occupe dans les années 1930, et que les historiens de l’art ont coutume d’intituler « mariage des contours ». C’est un processus qui consiste à dessiner d’un seul trait le contour de deux objets ou de deux figures féminines. Cette démarche est similaire à celle de l’architecte lorsqu’il détermine deux espaces avec une seule cloison, chacun de qualité égale. Cette recherche purement intellectuelle en peinture est totalement ignorée de Picasso.

1936 - Femme lisant

Femme lisant, 1936. Collage de papier peint Salubra et encre de Chine sur papier. Courtesy Galerie Eric Mouchet – Galerie Zlotowski

On connaît les natures mortes, les nus féminins, les « objets à réaction poétique » et les taureaux de la fin de sa vie. Quelle est pour vous la période la plus féconde de Le Corbusier ?

Vous oubliez les dessins de jeunesse, qui sont plus académiques que tout ce qui suit, mais passionnants, et parfois plein de fantaisie – voire d’exubérante folie. Les débuts du purisme correspondent à une période picturale exaltante. On voit Le Corbusier – qui s’appelait encore Jeanneret à l’époque – se débattre avec l’environnement de ses compositions. Très difficile de les inscrire dans un paysage totalement abstrait ; on reconnaît ici la moulure d’un plafond, là un rebord de guéridon. Et subitement, il parvient enfin à abstraire totalement sa composition de son contexte, avant de rechuter !

Il en va de même avec une courte période de 1928 à 1932. Influencé par l’imagerie surréaliste, il compose ses tableaux comme des rebuts constitués d’objets divers qui n’ont rien à voir entre eux. Puis il passe très rapidement à des images de femmes « taillées à la serpe » à coups de grandes calligraphies à l’encre noire et de quelques touches d’aquarelle ou d’encre. En l’examinant bien, l’œuvre peint de Le Corbusier a évolué en permanence et comprend donc de nombreux épisodes féconds.

Peut-on parler d’une peinture « brutaliste » ?

Ce n’est pas le qualificatif qui me viendrait en premier à l’esprit, en tout cas pas concernant la globalité de son œuvre, mais il y a une période – entre 1949 et 1954 environ, pratiquement contemporaine de la conception de l’Unité d’habitation de Marseille – pendant laquelle il confine à l’abstraction tout en continuant dans son esprit à retravailler des thèmes figuratifs anciens. Il emploie alors des couleurs primaires très vives, et associe formes libres et souples avec d’autres très anguleuses, dans des compositions exécutées sans grand soin. C’est certainement durant cette période que son travail pictural (et plus particulièrement ses collages) pourrait être qualifié de brutaliste.

18. Le Corbusier présentant sa sculpture Femme

Le Corbusier présentant sa sculpture Femme © FLC, ADAGP, Paris 2015

Le Corbusier-a-t-il beaucoup produit ? Qu’en est-il aujourd’hui de la circulation de ses œuvres sur le marché, de sa cote ? Ses collectionneurs sont-ils des amateurs de peinture ou des fans de l’architecte ?

Considérant qu’il a également été architecte, urbaniste, poète, auteur de nombreux livres et de très nombreux articles, on peut dire qu’il a beaucoup produit, oui ! Il a réalisé environ 450 peintures, dont beaucoup de grands formats, plus de 7000 œuvres sur papier (même si certaines ne sont que des croquetons sans intérêt), 350 estampes, plusieurs dizaines d’émaux et autant de tapisseries avec l’aide de Pierre Baudouin et de sculptures en collaboration avec Joseph Savina…

Son œuvre plastique est relativement rare sur le marché, car Le Corbusier a des admirateurs nombreux qui collectionnent ses oeuvres avec avidité et les conservent ! Il n’y a pas de roulement rapide et spéculatif de son travail. Parmi ses collectionneurs, on retrouve naturellement des architectes du monde entier et des amateurs de peinture qui pensent à juste titre qu’un panorama pictural européen de l’entre-deux-guerres ou des années cinquante serait incomplet sans la présence d’œuvres de Le Corbusier. Il y a aussi de nombreux Suisses, car ils sont très attachés à leur patrimoine et reconnaissent Le Corbusier comme un de leurs compatriotes [né dans le canton de Neûchatel, il est naturalisé français en 1930, ndlr]. Enfin, Le Corbusier a formé des collaborateurs d’origines géographiques variées qui ont promu ses idées à l’étranger. Certains ont même facilité sa venue pour la construction de bâtiments emblématiques. Le Japon, les Etats-Unis, le Brésil comptent ainsi de nombreuses et belles collections.

LE CORBUSIER

29/04/2015 > 03/08/2015

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PARIS

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