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Chris Burden est mort. Découvrez le casier d’un délinquant de l’art

Céline Piettre 12 mai 2015

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Performeur casse-cou qui a fait du corps en danger le cœur périlleux de l’art, l’Américain Chris Burden est décédé ce dimanche 10 mai à son domicile de Topanga Canyon, en Californie. Emporté par un mélanome à l’âge de 69 ans, ce briseur de limites, dandy de la contre-culture, compte à son actif un nombre incalculable de délits. Casier d’un multirécidiviste, dont les sculptures s’exposent chez Gagosian au Bourget, jusqu’au 19 septembre.

Grève de la faim

Performance inaugurale, Five Day Locker Piece (avril 1971) sera suivie dans les années 1970 par une cinquantaine d’autres events du même acabit. Alors étudiant à l’université UC Irvine de Californie, l’artiste (qui a fui New-York et le Pop Art triomphant) s’enferme cinq jours dans un casier de 90 cm sur 60 cm, avec un réservoir d’eau pour seule compagnie. Choisie comme projet de thèse, la performance fait beaucoup de bruit. Expérience extrême, cet emprisonnement volontaire marque la pratique de Burden d’une empreinte politique indélébile, à la fois signe des oppressions subies et prémisses d’une résistance. A l’extérieur, les rues grondent sous les pas des manifestants contre la Guerre du Vietnam.

Tirer au 22 long rifle

L’image a fait le tour du monde (des médias aux manuels d’art) : un jeune homme, aussi pâle que son tee-shirt, se tient le bras (sanguinolent) après que l’un de ses amis lui a tiré dessus, sur sa demande. Manifeste, Shoot va hisser Chris Burden aux côtés des grands performeurs du XXème siècle comme Allan Kaprow (l’inventeur officiel du happening) et Marina Abramovic. Retentissement inversement proportionnel à son audience du moment (quelques personnes seulement assistent à la performance) et à la pauvreté des archives (bribes d’images à découvrir ci-dessus). L’artiste se défend d’une quelconque apologie de la violence et du spectaculaire. « J’étais une sculpture » explique t-il, taquinant l’efficacité de l’art du haut de son nihilisme.

Prise d’otage

En 1972, invité sur un plateau télé, Chris Burden profite du live et menace la présentatrice d’un couteau. Comme souvent, l’artiste utilise les armes de son adversaire : exhibitionnisme et manipulation des images symptomatiques d’une société du spectacle en pleine croissance. Blague à double tranchant, rejouant une violence banalisée par sa médiatisation. Un terrorisme télévisuel réactivé ailleurs par l’achat d’emplacements publicitaires, tel Through The Night Softly qui montre l’artiste rampant sur un trottoir de LA

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Chris Burden, Still from TV Hijack, 1972. Photo: G. Beydler. Courtesy of the artist and Gagosian Gallery  © Chris Burden

Attentat contre un 747

En 1973, le voilà en bordure de l’aéroport de Los Angeles tirant au pistolet sur un 747 en train de décoller. Corps érigé en un geste de contestation qui emprunte sa simplicité au trait de crayon et son efficacité au slogan. Là encore, seule la photo témoigne de l’acte, nous faisant douter de sa vérité. Chris Burden restreignait volontairement la documentation de ses performances – fictions dont on s’empare, rumeurs que l’on gonfle en se les racontant.

Blasphème

Cloué sur le capot d’une Volkswagen vrombissante, Chris Burden inaugure les crucifixions artistiques des années à venir, Piss Christ et autres Mickey christique de Taroop et Glabel. Petit blasphème qui crucifie l’art au pilori de l’industrie automobile. La consommation comme opium du peuple.

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Aéroport de LA, 1973 © Chris Burden

Troubles sur la voie publique

Allongé sur la chaussée et entravant de son corps la circulation, Chris Burden se fait arrêter pour mise en danger d’autrui et de lui-même. L’artiste est finalement relaxé. Prises de risque réitérées à de multiples reprises pendant toute la décennie 1970, tête immergée dans l’eau à la lisière de l’asphyxie (en référence aux tortures des prisonniers) ou brûlures superficielles pour avoir tenté d’éteindre un feu à l’aide de son corps…

Retour dans le rang

A partir des années 1980, Chris Burden revient à un médium plus traditionnel, la sculpture, déclinée sous une forme monumentale, installations mécaniques ou maquettes de construction pour lesquelles il sollicite sa formation initiale en ingénierie et en architecture. What my Dad Gave me, structure en métal de 20 mètres érigée face au Rockefeller Center, ou la forêt de lampadaires du Lacma de Los Angeles (laissés allumés la nuit de la mort de l’artiste), en sont les exemples les plus emblématiques.

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