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Le meilleur de l’art sud-asiatique en cinq oeuvres

Céline Piettre 30 avril 2015

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A l’occasion du Festival de Singapour en France, les expositions « Archipel secret » au Palais de Tokyo (jusqu’au 17 mai) et « Open Sea » au Mac de Lyon (jusqu’au 12 juillet) présentent une trentaine d’artistes (chacun) en provenance d’Asie du Sud-Est. La sélection du Palais de Tokyo (plus prospective) dissimule au sein d’un ensemble inégal quelques pépites, tandis que le Mac de Lyon expose des artistes ayant déjà intégré les circuits commerciaux et/ou institutionnels comme Charles Lim. Le meilleur de cette scène montante en cinq oeuvres.  

Les panthéons vocaux d’Angie Seah

Au Palais de Tokyo et au Mac de Lyon, ses autels de doigts et de bouches reliés au sticker contaminent le sol, évoquant de loin les facéties d’un Philippe Mayaux. La trentenaire vivant à Singapour a passé quelques mois en France, à l’occasion d’une résidence à la Cité des arts, et expose pour la première fois à Paris. A peine débarquée dans la capitale, elle demande à des passants croisés par hasard de pousser un cri, et se filme elle-même hurlant devant la Tour Eiffel ou le Palais de Chaillot. Cris qu’elle collectionne (comme des timbres) et présente religieusement sur de petits écrans à la manière des idoles dans les temples. Pour l’artiste, le cri est l’acte sacré et libératoire par excellence. On aime l’énergie brute qui se dégage de son installation, cette esthétique un brin bordélique ritualisée au sentiment. Ce qui motive Angie Seah : expérimenter (sans penser à vendre son travail) et communiquer avec le public. L’artiste ne souhaite pas intégrer de galerie. Comment vit-elle ? Grâce aux résidences et aux commandes publiques de la République de Singapour.

angie-seahT1Angie Seah © Christine Rosas, Festival de Singapour

Les sciences-fictions botaniques de Chris Chong Chan Fui 

On croit d’abord à une sculpture végétale, vouée à faner en quelques jours, d’autant plus belle qu’éphémère. Mais les orchidées de l’artiste malais Chris Chong Chan Fui sont artificielles. Parfaites répliques des espèces qui poussent en Asie du Sud-Est et font des milliers de kilomètres en avion pour atterrir sur nos tables de salle à manger. Munies ici d’un moteur, leurs feuilles bougent quasi imperceptiblement. Flore fantastique menaçant l’observateur d’un réveil imminent ; peuple végétal silencieux présentant les premiers symptômes d’une résistance. Par son ambiguïté, Endemic impacte fortement le visiteur, entre fascination et répulsion, et s’ouvre à de multiples interprétations (écologiques, sociales et scientifiques) sans pour autant en figer la lecture. Les dessins de fleurs de l’artiste, fictions botaniques, sont également exposés au MAC de Lyon.

asiendemicTEndemic de Chris Chong Chan Fui (premier plan) et l’installation d’Angie Seah, Palais de Tokyo © Exponaute

Au fil de l’eau avec Charles Lim 

L’artiste singapourien formé à la prestigieuse Saint Martins School of Art de Londres a déjà fait ses preuves à l’international. Son moyen métrage All Lines Flow Out (exposé au Mac de Lyon) remporte en 2011 la mention spéciale de la 68ème Mostra de Venise. Charles Lim y filme en format panoramique les réseaux de canalisations irriguant la ville de Singapour. Eaux stagnantes dont le flux ralenti contraste avec la frénésie urbaine ; zones de résistance de la flore et de la faune fréquentées par un groupe d’hommes encapuchonnés. On sait la question de l’approvisionnement en eau cruciale pour Singapour – denrée raréfiée par une population en constante augmentation. All Lines Flow Out l’évoque de façon métaphorique. Par cette fiction empruntant au cinéma d’anticipation, l’artiste explore avec poésie les relations ambiguës entre l’île et l’eau qui l’enveloppe ou la menace ; entre l’homme et la nature. Charles Lim représentera Singapour à la Biennale de Venise à partir du 9 mai prochain.

screen capture from "all lines flow out" anamorphic HD videoCharles Lim, All Lines Flow Out, 2011, collection du Singapore Art Museum © National Heritage Board

X - Vue de l'exposition Open Sea - Charles Lim - © Blaise AdilonCharles Lim, vue de l’exposition Open Sea au MAC de Lyon © Blaise Adilon

L’histoire en apnée de Jun Nguyen-Hatsushiba

Né à Tokyo en 1968, formé aux Etats-Unis (à l’Art Institute de Chicago) et vivant désormais au Vietnam (à Ho-Chi-Minh Ville), Jun Nguyen-Hatsushiba a le parcours cosmopolite de beaucoup de ses compatriotes sud-asiatiques. On l’avait découvert en 2014 au Carré d’art de Nîmes avec la belle vidéo The Ground, the Root and the Air, marée de barques transportant sur le Mekong des peintres de paysage à la chaîne. On le retrouve aujourd’hui au Mac de Lyon avec un autre film datant de 2001 : Memorial Project Nha Trang. La caméra de l’artiste suit la marche sous-marine d’un groupe de cyclos-pousse, forcés de remonter régulièrement à la surface pour respirer. Destinée des classes sociales les plus basses qui peinent à sortir la tête de l’eau ? Avancée laborieuse dans les remous de l’existence? Lié à la colonisation, le pousse-pousse renvoie inévitablement à l’histoire du Vietman, dont Jun Nguyen-Hatsushiba continue d’explorer les zones d’asphyxie. 

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Jun Nguyen-Hatsushiba, Memorial Project Nha Trang, Vietnam: Towards the Complex – For the Courageous, the Curious and the Cowards, 2001. Collection du Singapore Art Museum. Courtesy de l’artiste.

Ruangsak Anuwatwimon : le bûcher des vanités 

L’installation de l’artiste thaïlandais évoque pour l’occidental que nous sommes à la fois le musée (et ses objets dignes d’être placés ou non sous vitrine) et les cimetières (et ses stèles). Ici, les socles de verre alignés protègent des sculptures miniatures constituées de cendres d’animaux ou de végétaux (légumes ou herbes utilisées en Chine pour soulager la toux). Flirtant avec l’informe, elles reprennent ça et là une apparence humaine. Golem fonctionne évidemment comme une vanité, rappel de la brièveté de la vie et du destin commun des espèces terrestres. Aussi dérisoire soit-il, chaque reste mérite son autel, son culte. Dans la mystique juive, le golem est façonné par l’homme dans de l’argile dans un but unique : servir ses intérêts. Difficile de ne pas faire un parallèle avec la gestion de nos ressources naturelles. Avec une belle économie de moyen et une modestie certaine, le travail de Ruangsak Anuwatwimon  lie le spirituel à l’écologique. 

asie5Ruangsak Anuwatwimon, Golem, cendre organique, 2011-2015  © Autorisation du National Heritage Board. Photo de Vinciane Verguethen

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