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Tout ce qui se fait sous le soleil

Céline Piettre 22 avril 2015

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Réduite à une trentaine d’œuvres, la riche collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC) se dévoile au Lieu Unique, à Nantes, et pour la première fois en France. L’exposition « Tout ce qui se fait sous le soleil »  va chercher dans les tripes du fonds municipal ses forces vives. 

Quel point commun entre une hostie délicatement découpée à l’effigie d’un Joker (Pierre Vadi), une note écrite à l’attention d’une employée de maison (Christian Robert-Tissot) et 366 autoportraits exécutés chaque jour de l’année comme on va au boulot (Bastien Gachet) ? Ces œuvres, présentées jusqu’au 17 mai au Lieu unique à Nantes, appartiennent toutes au Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève. Il (le FMAC) cherchait un espace pour montrer ses acquisitions, l’ancienne biscuiterie LU lui a offert l’hospitalité. Confié aux commissaires indépendants Carole Rigaut et Julien Amouroux, alias Le Gentil Garçon, l’accrochage privilégie la lisibilité à la quantité. Seule une trentaine d’œuvres (sur un total de 4400 !) ont fait le voyage depuis Genève. Tant pis pour les gourmands. On ne goûtera du FMAC qu’un échantillon ultra-concentré : quelques têtes couronnées de l’art contemporain international (Gianni Motti, Marina Abramovic et Ulay, Gordon Matta-Clark), les incontournables de la scène suisse (Fabrice Gygi, Marc Bauer, Christian Robert-Tissot,  Markus Raetz) et les stars locales inconnues en France (Hadrien Dussoix). Soit du dessin, de la vidéo, et du son, diffusé dans l’espace ou présent à l’état de potentiel.

LUttVue de l’exposition « Tout ce qui se fait sous le soleil » (© Martin Argyroglo) au Lieu Unique, à Nantes, avec les oeuvres de Fabrice Gygi (à gauche), Hadrien Dussoix (au centre) et Florian Bach (à droite). On aperçoit dans la perspective l’homme en train de balayer d’Urs Lüthi.

Qu’est-ce qu’on attend pour…

« Tout ce qui se fait sous le soleil »  – le titre est tiré de l’Ecclésiaste, ce magnifique poème désabusé sur la condition humaine  – concerne, grosso-modo, nos petites affaires de terriens, leur tragique et leurs vanités. Pas de thématique précise donc (on ne peut pas faire plus large) mais un état d’esprit. Une certaine rébellion contenue, une résistance à l’ordre établi qui s’infiltre sous des cimaises pourtant tirées au cordeau. Braises et/ou cendres de fureurs rocks, d’indolences adolescentes, d’identités troubles, de désordres domestiques. L’exposition se parcourt comme on traverse des paysages (intimes, de guerre ou de ruine). Une musique sourde, archaïque et rageuse, accompagne notre déambulation, provenant du mur d’enceintes miniatures d’Alexandre Joly ou des vinyles en béton « scratchés » en live par Jérémy Chevalier.

Ici, on bricole de l’art avec presque rien : des cachets de MDMA moulés forment une constellation psychotrope (Frédéric Post), une caméra Fisher Price suffit à Sadie Benning pour filmer le vagabondage d’une jeune fille, entre premier baiser lesbien et fête foraine (German Song). Cette vidéo (voir ci-dessous) est le point de départ et le cœur de l’exposition. Y survit, au sein d’une société cadenassée (comme la maison verrouillée de Florian Bach), une liberté dérisoire mais vivace. Feu de paille à la destruction régénératrice, tel le foyer brûlant sur la main de Fabrice Gygi. A défaut d’être exhaustive, la proposition des commissaires a su puiser dans le fonds municipal (donc institutionnel) ses forces dissidentes, capables d’opérer une auto-critique de l’intérieur. Un soleil « implacable », avec lequel on pourrait même « foutre » le feu, si on s’appelait NTM.

lu2TConcrete Music de Jérémy Chevalier (béton, platines), DR

Lu1TFabrice Gygi, A Gentleman’s Agreement, capture vidéo, DR

Le FMAC : du film à la ville 

Initiée depuis les années 1980, la collection du FMAC a progressivement complété sa politique d’acquisition (à destination des artistes actifs à Genève) par des opérations de mise en réseaux et la constitution d’une médiathèque accessible au public. Cette dernière conserve et inventorie l’important fonds vidéo André Iten. Le FMAC se caractérise également par ses commandes publiques d’art urbain qui habillent la ville de Genève d’oeuvres éphémères ou pérennes. On lui doit notamment la colonne d’acier de 21 m de Fabrice Gygi et les neuf installations lumineuses signées Ann Veronica Janssens ou Dominique Gonzalez-Foerster qui dominent depuis les toitures la plaine de Plainpalais. Mais aussi le mémorial en souvenir du génocide arménien, projet de Melik Ohanian gelé depuis 2010 pour cause de neutralité suisse…

Doté pourtant d’un petit lieu, le Commun, situé à quelques mètres à peine du Musée d’art moderne et contemporain (ou Mamco) de Genève, le FMAC ne peut l’investir pour son usage propre (seuls les commissariats extérieurs sont autorisés). Paradoxe à l’origine de cet exil temporaire à Nantes. Comme quoi les étrangetés administratives font parfois bien les choses.

TOUT CE QUI SE FAIT SOUS LE SOLEIL

06/03/2015 > 17/05/2015

Le Lieu unique

NANTES

Composée de 29 artistes ou collectifs et de 31 pièces, l’exposition s’est construite à partir de la vidéo emblématique de Sadie Ben...

Exposition terminée
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