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Antonioni en peintre du présent

Céline Piettre 9 avril 2015

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Jusqu’au 19 juillet, la Cinémathèque française à Paris expose avec une grande habileté le cinéma d’Antonioni (1912-2007). Portrait vivant d’une oeuvre nourrie par la peinture de son temps. 

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 Alain Delon et Monica Vitti, L’Eclipse (L’Eclisse) de Michelangelo Antonioni, 1962 © Sergio Strizzi

« Michelangelo Antonioni, aux origines du pop ? » Le titre a de quoi déstabiliser celui qui ne connaîtrait du cinéma antonionien que la seule Avventura, cette errance sentimentale sans dénouement, scandale esthétique au festival de Cannes en 1960. Le mot « pop » est à comprendre ici dans un sens plus large de contemporain. Le commissaire Dominique Païni fait d’Antonioni un cinéaste du présent. Cinéaste matérialiste contre cinéaste de la désincarnation. « Il risque de surprendre » confiait-il ainsi à Libération en 2012, à la veille de l’exposition inaugurale de Ferrare (la ville natale du réalisateur) dont la Cinémathèque française présente aujourd’hui une variante. Deux projets finalement « très différents » dans leur forme – chuchotait-on le jour du vernissage –  mais qui révèlent une matière commune : le fonds Antonioni légué à la municipalité italienne et constitué d’archives personnelles : des milliers de lettres, photos, scénarios et, en apothéose, peintures du cinéaste.

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Blow-Up, Michelangelo Antonioni, 1966 © DR.

Gris, rouge, vert…  

Le pop prendra donc son temps pour pointer le bout de son nez. Soit une lente progression vers la couleur, des survivances du néoréalisme avec Chronique d’un amour (son premier long métrage avec la belle Lucia Bosè) au psychédélique Zabriskie Point (1970) planant sur la bande son multicolore des Pink Floyd. Des contrastes ténébreux des années 1950 et du « gris béton » des années 1960 aux affiches warholiennes de L’Avventura. Des tonalités rouille du Désert rouge (1964), pour lequel Antonioni fera repeindre les arbres et les rues, au vert gorgé de jeunesse des parcs londoniens de Blow-Up. Le film, réalisé en 1966 et couronné de la Palme d’or, met en scène un photographe de mode dans un Swinging London devenu capitale de la culture pop. Couleurs acidulées bientôt brûlées par le soleil californien et africain des productions suivantes.

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 Désert rouge (Il deserto rosso) de Michelangelo Antonioni, 1964 © Sergio Strizzi

Picturalité

Réunis dans une salle unique traversée par une colonne vertébrale d’archives textuelles, les extraits de films, les cartes postales d’acteurs méticuleusement collectionnées et les photos de tournage cohabitent avec des peintures. Magma palpitant. Le cinéma d’Antonioni vibre. Un grand format de Julian Schnabel (lui aussi peintre et cinéaste) nous accueille. Grande déchirure rouge en hommage à son prédécesseur, portrait d’un cinéma blessé au cœur par une révolution plastique sans précédent. Une ville énigmatique de Giorgio De Chirico, une minuscule nature morte de Giorgio Morandi, comme une architecture silencieuse, accompagnent la trilogie expérimentale L’Avventura/La Nuit/L’Eclipse. Plus loin, un Alberto Burri écarlate rejoue les forces dépressionnaires du Désert rouge où le désarroi existentiel de Monica Vitti épouse la corruption de l’Italie industrielle. Plus loin encore, un Rothko en gris et rose annonce le dépouillement monochrome des déserts de Zabriskie Point et de Profession : Reporter.

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 Photo de Danny Lyon 1970. Sur le tournage de Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni © Danny Lyon

Choisies avec pertinence, ces toiles signées par les contemporains du cinéaste viennent ponctuer la filmographie, en ouvrir la vision plus encore qu’en déterminer les influences. L’égarement (du moi, du couple), la dématérialisation d’un monde par les flux financiers ou l’hermétisme du désir féminin (dans Identification d’une femme ou Par-delà les nuages) s’y lisent à même les formes pensantes.

Antonioni aimait l’art contemporain, l’art de son temps, et l’art le lui rendra au centuple. Pour preuve les oeuvres des artistes Peter Welz, Julien Crépieux ou Louidgi Beltrame qui s’en inspirent et clôturent le parcours. Final en guise de futur sous le regard du Moïse de Michel-Ange, filmé par Antonioni trois ans avant sa mort en 2007.

Montagnes cinégéniques

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 Michelangelo Antonioni, La Montagne enchantée, aquarelle sur papier.

Clou de l’exposition, les « montagnes enchantées » d’Antonioni, gouaches et encres recomposées par collages puis agrandies par la photographie, selon un procédé semblable à celui utilisé par le héros de Blow-Up. Horizons, lignes de crêtes ou d’eau dilués à l’extrême. Paysages évaporés, atomisés comme les débris de la fameuse explosion stratosphérique de Zabriskie Point. Zoom dans la couleur pour en percer les mystères.

Ces œuvres réalisées pour la plupart dans les années 1970 et 1980 confirment le goût d’Antonioni pour l’abstraction et l’investigation cinématographique étendue à la peinture. Le principe de transformation (telle « une céramique qu’on met au four » dira-t-il) l’intéresse davantage que l’acte de peindre. « Chez lui, il n’y a pas de séparation entre les pratiques malgré la différence des médiums » insiste l’universitaire Dork Zabunyan dans le catalogue de l’exposition. Le cinéma englobe tous les autres arts. Amont ou aval du film, les montagnes nourrissent sa fabrication. S’y devinent les îles rocailleuses de l’Avventura, les rochers roses du Désert rouge et les sols sablonneux de Zabriskie Point. Origine ou aboutissement de ce « drame plastique » dont parlera Jean-Luc Godard. Drame magnifique que l’exposition nous fera, non pas comprendre mais bien sentir.

MICHELANGELO ANTONIONI

09/04/2015 > 19/07/2015

La Cinémathèque française

PARIS

Michelangelo Antonioni, né à Ferrare en 1912, fut avec Ingmar Bergman, disparu selon une coïncidence inouïe le même jour de la même an...

Exposition terminée
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