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« De Giotto à Caravage » : les passions de Roberto Longhi joliment esquissées

Céline Piettre 31 mars 2015

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Limitée dans ses effets par son manque d’envergure, l’exposition « De Giotto à Caravage. Les passions de Roberto Longhi » nous laisse sur notre faim, malgré un sujet passionnant et quelques bijoux de l’art italien. Compte-rendu. 

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 Matthias Stomer, Annonce de la naissance de Samson à Manoach et à sa femme, vers 1630-1632  © Firenze, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi

Il n’est pas question ici d’un panorama de l’art italien. « De Giotto à Caravage » propose un parcours beaucoup plus resserré autour de la figure de l’un des grands historiens de l’art et collectionneur du XXème siècle : Roberto Longhi.

L’homme (1890-1970), grand résurrecteur de Caravage (sur lequel il rédigea sa thèse puis une monographie pour en consacrer la « modernité » éclatante) et de Piero della Francesca (qu’il sacre en aïeul de Cézanne), a enflammé la critique de l’après-guerre. Ses méthodes non orthodoxes (quand il compare par exemple Léonard de Vinci et Renoir) se cumulent à un goût pour les délaissés de la peinture. Persuadé de la nécessité d’une rencontre (physique) avec l’œuvre, il voyage dans tous les grands musées d’Europe et achète lui-même ses toiles pour pouvoir les étudier. Certaines de ses authentifications feront date.

Le Garçon mordu par un lézard, qui introduit l’exposition à Jacquemart-André, est l’une d’elles. Longhi la déniche chez un antiquaire parisien en 1928 puis l’attribue au Caravage. Intuition d’autant plus géniale que la toile précède la période ténébriste, caractéristique du peintre. « Seul un œil comme Longhi pouvait en reconnaître l’appartenance » s’enthousiasme le conservateur du musée Jacquemart-André Nicolas Sainte Fare Garnot. Figé dans une expression de douleur et de surprise, le jeune homme du portrait, lèvres légèrement entre-ouvertes et fruits juteux au premier plan, exprime toute l’ambiguïté propre aux personnages du Caravage, sur le fil entre souffrance et jouissance. La morsure comme symbole de l’innocence perdue. Notons qu’il ne s’agit pas de la version de la National Gallery (Londres) mais de sa quasi jumelle provenant de la Fondation Longhi de Florence (qui conserve depuis sa création en 1971 la collection personnelle de l’historien).

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Caravage, Garçon mordu par un lézard, 1594  © Firenze, Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi

On doit également à Longhi, entre autres, l’attribution de deux Giotto (un saint Jean l’évangéliste et un saint Laurent) appartenant à la collection des époux Jacquemart et que son grand rival, l’historien américain Bernard Berenson, rattachait à l’école siennoise. A l’époque, le Trecento souffrait, dans l’ombre, du rayonnement du Quattrocento.

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Masaccio, Vierge à l’enfant, vers 1426-27, tempera et or sur bois. Attribuée par Longhi et généreusement prêtée par la Galerie des Offices, Florence © Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della Città di Firenze/ Gabinetto Fotografico

Accrochage périlleux

Passion du détail (traqué comme un indice). Sens de l’observation. Erudition exemplaire. Et préférence pour les sentiers non balisés. « Roberto Longhi est un véritable détective » déclare Nicolas Sainte Fare Garnot. Et il faut l’être soi-même un peu pour s’y retrouver dans une présentation mélangeant les œuvres étudiées, authentifiées et/ou collectionnées par Longhi. Accrochage un brin acrobatique qui fait le grand écart entre le Trecento italien  (Piero della Francesca, Giotto) et les caravagesques (Lanfranco, Saraceni, Preti, Ribera, Manfredi, Stomer). Cerner la personnalité et la méthode de travail d’un historien grâce aux œuvres qu’il a aimées et analysées ? L’idée est bonne (passionnante même) mais difficile à appliquer dans un espace aussi restreint. Car les limites de cette exposition tiennent surtout à la petitesse des lieux qui l’accueillent. La frustration est grande de ne pouvoir découvrir davantage de prêts d’une collection Longhi estimée à deux cents pièces.

A noter du côté des plus : la rigueur pédagogique du parcours, l’éclairage parfait (qui rend fidèlement les phosphorescences du caravagisme), la présence de trois œuvres du maître du clair-obscur dont un Amour endormi énigmatique de la Galleria Palatina, et enfin une trilogie d’apôtres sculpturaux de Ribera (appartenant à la même série que les saints Jude et Philippe exposés jusqu’au 13 juillet dans l’exposition « Velasquez »).

Ainsi installés côte à côte sur les cimaises, les primitifs du Trecento et les caravagesques nous rappellent qu’il y eut un temps où ces stars de l’histoire de l’art étaient méprisés par la critique. A mi-course, un portrait de Roberto Longhi par Pier Paolo Pasolini (son élève à l’Université de Bologne) suggère l’origine de la fascination du cinéaste italien pour Le Caravage. Et étend l’influence de l’historien au-delà des frontières des arts plastiques.

DE GIOTTO À CARAVAGE

27/03/2015 > 20/07/2015

Musée Jacquemart-André

PARIS

L’exposition s’ouvrira sur une section consacrée aux œuvres du Caravage dont le célèbre Jeune garçon mordu par un lézard de la Fon...

Exposition terminée
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