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Le Mac/Val met à mal le mâle

Céline Piettre 19 mars 2015

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Ne vous fiez pas à son taux élevé de testostérone. Avec sa centaine d’artistes exclusivement masculins, l’exposition « Chercher le garçon » (au Mac/Val jusqu’au 30 août) propose une redéfinition du mâle dominant à l’aune des gender studies et d’une bande de joyeux drilles. Une masculinité en pente douce à arpenter sans modération.

Sur le papier, c’est un affront à la politique des quotas – comme si les cimaises n’étaient pas déjà assez viriles ; dans la réalité, une sympathisante féministe. « Chercher le garçon » (du nom du tube cousu au synthé de Taxi Girl) lance un pavé dans la mare du masculin pour en troubler le reflet, comme Judith Butler l’avait fait dans le genre. La chef de file de la Queer Theory – et son illustre prédécesseur Michel Foucault – planeront ainsi sur tout le parcours. En inspirateurs silencieux et bienveillants.

Les idéaux héroïques du « Tu seras un homme mon fils » de Kipling (ce poème qu’on accrochait autrefois dans la chambre des petits garçons) s’y brisent sur la grève d’une déconstruction méthodique des représentations masculines. Et des valeurs qui en découlent : ego, autorité, réussite. Franck Lamy (son commissaire) s’attaque pacifiquement et avec bonne humeur aux stéréotypes en vigueur. Traque les moindres recoins d’un « garçon » qui pourrait se conjuguer au féminin, voire au neutre si le genre existait en français. L’humour, volontiers potache ou burlesque, se porte à la ceinture et dégaine à tout va, faisant du rire une arme de subversion massive.

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Patrick Mario Bernard, Le bonhomme, 2010. Performance, feuilleton en trois épisodes. Épisode n° 2. Courtesy MAC/VAL, Vitry-sur-Seine.

Trophées sportifs cabossés (Jean-Baptiste Ganne), voiture de course rapetissant de jour en jour (Florian Pugnaire et David Raffini), pantalon baissé aux chevilles (David Ancelin) et marcels rétrécis à la taille d’une robe de poupée… Mise à bas (dégonflée), la virilité et ses attributs – le phallus, le biceps, le flingue, la caisse, la clope, le costard – cèdent le pas à un corps masculin capable de se reconfigurer en-dehors de la rigidité d’une norme boostée aux stéroïdes. Comme si en entrant dans l’espace d’exposition, la masculinité, de fait, devenait plastique. Travesti en femme ordinaire pendant 24h, Michel Journiac (chantre du Body Art à la française) porte l’étendard de ce transformisme à portée critique.

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Pierre Molinier, Luciano Castelli (détail), 1975. Collection Frac Aquitaine © Adagp, Paris 2015. Crédit photo: Frédéric Delpech.

Densité et modestie

Pas une mais des masculinités. Ambiguës, poreuses, fragiles. Pluralité que suggère la nature même de l’accrochage, d’essence dynamique. Franck Lamy varie autant que possible les points de vue, incitant littéralement à changer les regards. Il joue ironiquement sur les hiérarchies spatiales – certaines œuvres sont placées en hauteur comme les Christ en croix dans les églises florentines. Le phallus – le pouvoir – résisterait-il à son ramollissement programmé ?

Pour son exposition anniversaire (10 ans d’existence cette année), le Mac/Val s’est autorisé une certaine densité. Deux cent cinquante œuvres son accueillies dans le giron paternel. Transgénérationnelle, la proposition s’ancre dans l’historique avec la présence des performeurs des années 1970 (Vito Acconci, Chris Burden et le Croate Jiří Kovanda, inventeur du streaking – courir nu dans la rue – artistique), relayés par des nouvelles têtes (Florian Sicard, Florent Mattei).

Les facilités attendues ont été contournées avec habileté, les bas de Pierre Molinier préférés aux éphèbes de Pierre et Gilles ; les transsexuels vivant dans la clandestinité de Kader Attia aux androgynes glamour de Bettina Rheims. Franck Lamy s’est offert la compagnie de quelques trublions d’un art français perturbateur qui se fait rare sur les cimaises. En éminents pratiquants de la rigolade, Joël Hubaut sabote l’autorité de l’image à coup de knackis dans le nez, et Jacques Julien bricole inlassablement ses sculptures de poches, petits totems élevés au dérisoire. Une certaine idée de l’art transparaît au fur et à mesure du parcours, à l’opposé de l’art « couillu » d’un Cézanne, d’un Picasso ou d’un Pollock. Un art du « nous » plutôt que du « je », modeste, fabriqué avec les moyens du bord. Et qui se contente parfois d’interventions minimes comme les petites réparations urbaines de Cédric Courbot (élagage des arbres et restaurations spontanées de bancs publics). Un art porteur d’une certaine sous culture, rodé au vécu.

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Philippe Ramette , L’Ombre (de moi-même), 2007 © Adagp, Paris 2015. Courtesy Galerie Xippas., Philippe Ramette. Crédit photo : Marc Domage.

Emancipation masculine ?

L’écrivain Virginie Despentes en avait rêvé dans King Kong Theory, à cette émancipation masculine ; Franck Lamy lui offre sur un plateau d’exposition. « Il est tant que les hommes s’interrogent sur eux-mêmes » déclare le commissaire, mènent une « lutte de l’intérieur ». On l’aura compris : la phallocratie est l’ennemi ; le féminisme une aventure commune ; l’homme une femme comme les autres. La note d’intention peut faire sourire (parce que non, le patriarcat ne touche pas à égalité l’homme et la femme) mais elle porte en elle la saine utopie de la réunification. La guerre des sexes n’aura pas lieu, ici, dans l’enceinte du musée. « Chercher le garçon » n’est pas une « Elles » à l’envers – cette exposition rassemblant en 2009 au Centre Pompidou deux cents artistes femmes. Plutôt un anti « Masculin-Masculin » qui avait échoué en son temps (Musée d’Orsay, 2013) à faire descendre la nudité mâle de son piédestal. La femme se retrouve ici par ricochet, en symétrie inversée dans les objectivations et les injonctions normatives subies par son corollaire masculin.

Finalement, le mâle serait un concept pratique pour condamner tout système de domination. Et « Chercher le garçon » un laboratoire enquêtant sur un modèle de pensée (et par conséquent de société) alternatif tourné vers la décroissance. A la complainte du salarié éreinté de Pierrick Sorin (vidéo 1) se substitue progressivement la philosophie de la chute d’un Bas Jan Ader (vidéo 2). Céder à la gravité des corps (la vieillesse) ; regarder au sol. Intégrer celui qui tombe.

Pierrick Sorin, Les réveils, 1988.

Bas Jan Ader, Broken fall (organic), 1971.

CHERCHER LE GARÇON

07/03/2015 > 30/08/2015

MAC/VAL (Musée d’art contemporain du Val-de-Marne)

VITRY-SUR-SEINE

Exposition pluridisciplinaire d’une centaine d’artistes mâles qui, d’une manière ou d’une autre, interrogent et déstabilisent les...

Exposition terminée
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