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600 ans de toilette au musée Marmottan-Monet

Florence Bousquet 5 mars 2015

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L’exposition « La toilette, naissance de l’intime » présente, jusqu’au 5 juillet 2015, un panorama inédit des rites de propreté au fil du temps à travers des tableaux, des tapisseries et des photographies, du XVème siècle à nos jours.

Avec l’apparition du bain et d’un espace dédié, l’intimité progresse et la nudité dans les scènes de toilette se voile. Ces thèmes de « nettoiement » disparaissent totalement dans les représentations du XVIIème siècle pour être remplacés par des scènes de « femme au miroir » ou de « toilette classique ». C’est au milieu du XVIIIème siècle et au XIXème siècle surtout, avec la naissance de la salle de bain, que parallèlement les peintures de toilette et la nudité réapparaissent, mais avec plus de sensualité. Retour en images sur ces évolutions.

Pays-Bas du Sud, Le Bain, tenture de la vie seigneuriale, vers 1500, laine et soie, 285 x 285 cm, Paris, musée de Cluny, © RMN Grand Palais / Franck Raux

Autour de 1500, le thème des femmes au bain dans la nature est récurrent. Il permet aux peintres de représenter des corps nus même si dans la réalité le bain était très rare. Cette tapisserie, faisant partie de la tenture des Episodes de la vie seigneuriale conservée au musée de Cluny, en est un bon exemple : une noble jeune fille se prépare peut être à une nuit d’amour, l’été, dans un jardin au milieu d’une nature luxuriante. On remarquera qu’elle n’effectue aucun geste de nettoiement et que le moment ressemble davantage à une parade. La gracilité des personnages et le fond composé de petites fleurs et de plantes est caractéristique du style « mille-fleurs » populaire au XVème et au XVIème siècle et celébré dans la Dame à la Licorne. Style particulièrement employé pour représenter l’amour courtois; une ambiance celeste s’en dégage.

Seconde École de Fontainebleau, Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et la Duchesse de Villars au bain, fin du XVIème siècle, huile sur toile,  Montpellier, Musée Languedocien © Musée de la Société Archéologique, Montpellier / Giraudon / Bridgeman Images

Cette scène se déroule dans une « baignerie » (mot employé par Philibert de l’Orme en 1567 pour désigner un lieu où l’on se lave) qui existe parfois chez les plus nobles. Ces lieux restent très rares à l’époque car on a peur que l’eau véhicule des maladies en s’infiltrant par les pores. Ici, Gabrielle d’Estrées, favorite d’Henri IV, et sa soeur au premier plan, diaphanes, isolées par des courtines de l’éventuel visiteur (et par la même occasion du spectateur), sont comme dévoilées derrière un rideau de théâtre. En arrière plan, la représentation d’une nourrice et d’une autre jeune fille montre que la toilette continue à se faire en public, mais devant des personnes du même sexe.

Abraham Bosse (d’après), La Vue, Après 1635, Huile sur toile, 104 x 137 cm, Tours, musée des Beaux-Arts, © Musée des Beaux-Arts de Tours

La pudeur envahit la peinture du XVIIème siècle et la représentation de corps nus devient inimaginable. C’est donc le thème des « femmes au miroir » qui se popularise. Abraham Bosse, graveur de la période baroque française, est ce peintre de la « toilette classique » apparue en 1630 à Paris. Le cadrage est plus large que chez les peintres antérieurs ayant représenté des femmes au miroir (Titien, Bellini, Veronèse, Rubens). Il s’agit pour lui, calviniste, de « suivre » Louis XIII, l’austère, et de vanter un habillement moins fastueux dans une époque où les apparences prennent de plus en plus de place, et de dénoncer la vanité du miroir. Ici, la femme fait sa toilette « sèche » avec une servante pendant qu’un homme en arrière-plan, totalement toléré, symbolise la vue. Accompagnées de visiteurs, même de sexe opposé, ce moment était l’occasion de « tenir salon ». En effet à cette époque, la chambre devient le lieu d’un spectacle où l’on se montre et que les peintres représentent.

 

10_francois_boucher_la_jupe_releveeFrançois Boucher, La jupe relevée1742 ?, Huile sur toile, 52,5 x 42 cm, Collection particulière, © Christian Baraja

Même pour notre oeil du XXIème siècle, la scène est triviale. Une aristocrate baisse sa culotte pendant qu’à l’arrière plan, derrière la porte, un voyeur l’espionne. Ce tableau à la scène cocasse était accroché dans un boudoir bourgeois de l’époque derrière un autre panneau identique mais avec la robe baissée. Il était d’usage de présenter ainsi les toiles libertines. Le panneau est d’autant plus choquant qu’il contraste avec la manière rococo et précieuse de François Boucher, peintre de la volupté, travaillant le raffinement des tentures et des matières. Dans la réalité, la toilette se fait en deux temps : une première étape de « lavage » autorisée seulement aux domestiques et une seconde étape en public. Comme la toilette n’a pas d’espace dédié, elle se déroule n’importe où et n’importe qui peut tomber dessus !

Edgar Degas, Femme dans son bain s’épongeant la jambe, Vers 1883, Pastel sur monotype, 19,7 x 41 cm, Paris, musée d’Orsay, © RMN-Grand Palais  / Hervé Lewandowski

Après 1800, l’espace de la toilette se ferme totalement. Le cabinet de toilette apparaît dans les habitations domestiques et avec lui la privatisation absolue du corps. Degas, ici, ne montre pas les parties intimes comme ça lui arrive dans d’autres toiles. Il en profite pour travailler les remous de l’eau au pastel et le point de vue. Il introduit également un nouveau cadrage resséré sur le corps et sa touche évoque une chair vivante. Pierre Bonnard reprendra cette vibrance des couleurs. Les représentations montrent à cette époque des femmes seules dans leur salle de bain, prenant soin d’elles dans un relatif délassement et un retour sur soi. Ce thème a été traité par les impressionnistes qui y voient un sujet de la vie quotidienne; les bains et l’eau courante faisant leur entrée dans les appartements à la fin du XIXème siècle.

František Kupka, Le rouge à lèvres, 1908, Huile sur toile, 63 x 63 cm, Paris, Centre Pompidou, © Centre Pompidou, RMN-Grand Palais / Jean-Claude Planchet

L’artiste a voulu représenter une nouvelle sensualité avec cette femme des rues qui se remaquille alors qu’elle est déjà très fardée. Ce maquillage outrancier a permis à Kupka de travailler sa palette de couleurs à la manière des Fauves avant de se diriger vers l’abstraction.

Bettina Rheims, Karen Mulder portant un très petit soutien-gorge Chanel, 1996, C-print, 120 x 120 cm, Paris, collection de l’artiste, © Bettina Rheims

Les premières campagnes publicitaires apparaissent dans les années 1990 pour les produits de cosmétiques. Cette affiche est tirée de la série Pourquoi m’as tu abandonnée ? où des stars posent pendant leur rituels de beauté devant l’objectif de Bettina Rheims. Une complicité se crée avec Karen Mulder (qui nous regarde droit dans les yeux) ; l’image ne semble plus intrusive. La série répond aux fantasmes masculins sur ce que font les femmes dans les salles de bain. Bettina Rheims use ici des codes de la publicité en les détournant. On remarquera que le corps dénudé, mais pas nu, fait son retour, jouant de voiles et de sensualité.

LA TOILETTE. NAISSANCE DE L'INTIME

12/02/2015 > 05/07/2015

Musée Marmottan Monet

PARIS

Après avoir célébré les quatre-vingts ans de l’ouverture du musée au public à travers les deux expositions temporaires « Les Impres...

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