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La farce de Nicolas Régnier, les bas-fonds de la Rome Baroque

Florence Bousquet 24 février 2015

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« Chut ! » semble nous dire cette femme pour ne pas qu’on réveille le bellâtre. Mais qui est-elle ? Et que fait-elle ? Il s’agit d’un tableau peint en 1623 par le caravagesque Nicolas Régnier en pleine Rome Baroque triomphante et religieuse. L’œuvre est exposée dans l’exposition « Les Bas-fonds du Baroque » présentée au petit Palais jusqu’au 24 mai 2015.  Analyse…

Nicolas Regnier, La farce, 1623, huile sur toile, Nationalmuseum Stokholm, 100 x 130 cm, crédit photographique : Linn Ahlgren / Nationalmuseum

Une Rome Baroque majestueuse

Le tableau du Français Nicolas Regnier a été réalisé en 1623 à Rome où l’artiste vivait depuis de longues années déjà. A cette époque, dans la Ville Eternelle, le Bernin est en train de sculpter la fontaine de la place Barberini, l’église del Gesu vient d’être terminée par Michel-Ange et Vignole, Saint-Pierre est en chantier et les peintres descendants du Caravage sont en pleine gloire.

Un mauvais tour

Se détachant sur un fond sombre, dans la veine du Caravagisme, Nicolas Regnier a représenté deux personnages de face, en cadrage serré et illuminés. Ils occupent chacun une moitié de la toile. La femme, vêtue de couleurs vives à gauche, tourne la tête et nous fait signe de ne rien dire. Sa laideur et son sourire maléfique contrastent avec le jeune homme endormi, lui tendant un objet sous le nez. Beau, rêveur, il semble être plongé dans une douce mélancolie accentuée par sa pose : la tête appuyée sur la main et le coude posé sur une table à côté d’un jeu de cartes. Certaines sont déchirées, signe peut être d’une tricherie au jeu. L’expression de son visage est douce, paisible, et un léger sourire se dessine sur ses lèvres. Il s’agit sûrement d’un jeune soldat (devinable à son épée fixée autour de sa ceinture) que l’on imagine avoir joué toute la nuit aux cartes, la bougie à ses côtés étant entièrement fondue. Totalement vulnérable, on a envie de le prévenir du danger annoncé par la femme aux intentions malfaisantes qui nous rend complices de son « crime » : le pauvre homme est en train d’être étourdi par une drogue qu’elle lui tend pour l’amener vers des songes érotiques. Sûrement une prostituée qui veut l’attirer ailleurs terminer sa nuit…

Une Rome effrontée

Ce décor grivois est une scène banale d’une auberge malfamée de cette Rome des bas-fonds. S’opposant à l’imagerie habituelle de la ville Baroque, les tableaux présentés dans l’accrochage montrent des artistes, des mendiants, des jeunes, s’amusant et se dévergondant dans des tavernes. A la suite du Caravage, beaucoup de peintres inspirés par le Maître ont représenté ces scènes de rues quotidiennes qu’ils vécurent eux-mêmes dans l’ombre des bandits et autres malfaiteurs. Les artistes de l’Europe entière, avant les impressionnistes, ont fréquenté ces lieux. Parmi eux, Bartolomeo Manfredi, descendant direct du Caravage, Valentin de Boulogne ou encore Pieter Van Laer. Les motifs du Caravagisme sont déclinés aussi bien à travers la peinture religieuse que dans les scènes profanes, où les peintres ont souvent recours à un cadrage serré.

Nicolas Regnier

Né en 1591 à Maubeuge en ancienne Flandre et mort en 1667 à Venise, ce peintre caravagesque a étudié auprès d’Abraham Janssen à Anvers puis a côtoyé Bartolomeo Manfredi à Rome, et Simon Vouet, qui l’influença. Il y travaillera pour diverses familles fortunées puis partira à Venise où il diversifiera sa production et où son style s’éloignera du caravagisme primitif pour tendre vers un classicisme plus clair et plus mièvre. Son style s’inspirait de la « méthode de Manfredi » qui consistait à simplifier la manière de peindre du Caravage. Regnier s’en est emparé en y ajoutant cependant un certain raffinement ; parant ses personnages de costumes de théâtre ou d’habits élégants (vêtements multicolores…) et s’attachant au rendu des matières. Par son exécution brillante, il se détourna du clair-obscur fortement contrasté du Caravage et développa un caravagisme doux et sophistiqué dans une manière plus lisse.

Les influences de la Commedia dell’Arte

Les rixes, les beuveries, les jeux, faisaient partie du quotidien de cette Rome effrontée. Autre détail remarquable du tableau apparu à cette période : les personnages s’adressent directement au public et nous prennent pour complice de leurs farces. Le sujet est trivial mais le style reste majestueux, presque théâtral, inspiré par une Antiquité encore présente. C’est ce qui fait le charme de ces peintures : malgré la théâtralisation dramatique créée par le clair-obscur, on pourrait se croire dans une commedia dell’arte légère et comique.

Comment va finir cet homme ? Sûrement loin, très loin de la Rome Baroque d’alors dont on a l’image.

LES BAS-FONDS DU BAROQUE

24/02/2015 > 24/05/2015

Petit Palais

PARIS

De nombreuses expositions ont mis en scène la Rome fastueuse et virtuose du Seicento, héritière de l’Antiquité, au service du pouvoir ...

Exposition terminée
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