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Le dessin ancien et contemporain en tête-à-tête à Rouen

Céline Piettre 23 février 2015

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Conversation passionnante, un brin hérétique, entre le dessin ancien et le dessin contemporain. Sanguine, papiers découpés, portraits brumeux ou croqués sur le vif… Avec l’exposition « Fabriquer le dessin », présentée jusqu’au 3 mai, le FRAC Haute-Normandie à Rouen signe l’une des bonnes surprises de ce début d’année.

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 Samuel Martin, Extérieur nuit – 1, 2013, fusain sur toile. Collection du FRAC Haute-Normandie. Courtesy Frac HN, Rouen.

On aurait pu la croire scolaire, un peu aride, avec ses titres de sections à rallonge et son angle technique, abordant le médium par son processus de fabrication. L’exposition « Fabriquer le dessin » réussit au contraire une prouesse (pas si fréquente) : associer rigueur scientifique et hardiesses intuitives. Les secondes nourrissant la première, l’irriguant de sensibilité.

L’accrochage de plus de 100 pièces propose ainsi un dialogue entre le dessin ancien et contemporain ; entre les riches collections du Musée d’art moderne André Malraux du Havre (MUMA) et du Musée des beaux-arts de Rouen d’un côté et celles du FRAC Haute-Normandie de l’autre, qui conserve 400 œuvres sur papier (soit le deuxième fonds le plus important en France après le FRAC Picardie).

Le dessin, libre comme l’air

La directrice du FRAC Véronique Souben a dû retrousser ses manches. Huit mois ont été nécessaires pour se plonger dans les fonds respectifs, dans les milliers de « feuilles » du MUMA – le dessin ancien, genre mineur, s’est longtemps acheté par paquet – et en dénicher les curiosités. Croquis énigmatiques du grand sculpteur animalier Antoine-Louis Barye, recouverts de chiffres, corps réduit à ses mesures (du jamais vu sur les cimaises) ; étude pour un plafond du peintre maniériste Il Volterrano (XVIIème siècle), devenue illisible, et cinétique, suite au passage répété du crayon ; dessins d’architecture, techniques, anatomiques, supports découpés et réutilisés pour des raisons économiques (le papier coûtait très cher). Associés dans l’espace à leurs petits frères contemporains (Gaston Chaissac, Michel Blazy, Guillaume Dégé, Silvia Bächli), les anciens révèlent leur modernité, comme s’ils contenaient en germe, en prémonitions, les enjeux à venir.

Ne l’oublions pas, le dessin est un jouvenceau. Son autonomie remonte à seulement quelques décennies. Les artistes contemporains en ont officialisé l’acte de naissance, le travaillant pour lui-même. Avant la seconde moitié du XXème siècle, il était réservé au domaine privé, expression de l’intime, ou limité à l’acte préparatoire, amont de la peinture en tant que telle. Ici décontextualisé, dissocié de l’œuvre finale dont son existence dépend, le croquis ancien s’émancipe. Comme si finalement la liberté, et l’expérimentation, avait toujours été une constante du médium.

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 Javier Pérez, Hybrids XVI, 2015. Collection du FRAC Haute-Normandie. Courtesy FRAC HN, Rouen.

Mariages pas très catholiques

Réunis par sections (le rapport à l’instantané photographique, l’écriture, l’ornement), les « anciens » et les « modernes » s’offrent des rapprochements inédits. Certaines filiations s’imposent naturellement, revendiquées par les artistes contemporains eux-mêmes, comme la colonne vertébrale tressée de Javier Perez (Hybrids) directement inspirée des planches anatomiques de Gautier d’Agoty ou les portraits façon herbiers d’Etienne Pressager. D’autres naissent d’intuitions, d’accointances visuelles (que d’aucuns trouveront hérétiques) entre un profil de femme au trait tremblant de Chloé Pienne et son pendant masculin signé François-André Vincent (XVIIIème siècle) ; entre un paysage dilué du pointilliste Edmond Cross et un dessin au feutre et à l’eau de javel de Michel Blazy. Un colloque international organisé en avril viendra débattre de l’orthodoxie de ces regards croisés.

En attendant, l’exposition dessine une petite histoire du trait, de la hachure, de la tâche, de la coulure, de la feuille blanche (laissée en réserve, un vaste champ d’exploration chez les contemporains).  Au rez-de-chaussée, les arbres aux cadrages serrés de l’artiste Anne-Laure Sacriste s’abstractisent en réseaux. A l’étage les sanguines font convulser les motifs quand les noirs (fusains, craie) les changent en ectoplasmes. Un exemple édifiant de collaborations institutionnelles ; ce qu’on peut faire de mieux, et de plus stimulant, en termes de mise en valeur des collections.

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Bachli, Sans titre n°4-12, 1996. Collection du FRAC Haute-Normandie. Courtesy Frac HN, Rouen.

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 Henri-Edmond Cross, Effet de soleil sur des toits. Fusain sur papier vergé filigrané. Collection Olivier Senn Le Havre, MuMa, musée d’Art moderne André Malraux © Florian Kleinefenn

FABRIQUER LE DESSIN

14/02/2015 > 03/05/2015

FRAC Haute-Normandie

SOTTEVILLE-LÈS-ROUEN

Dans le cadre de son cycle d’expositions consacré à la pratique, le Frac Haute-Normandie se penche en février 2015 sur le dessin. Entre...

Exposition terminée
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