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Tour des galeries à Paris : programmation musclée

Céline Piettre 19 février 2015

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Rétrospectives (Michel Blazy, Lynne Cohen), expositions historiques (Jesus Rafael Soto), monographies nerveuses et nouvelles venues, les galeries prennent l’hiver à bras le corps. Tour d’horizon des expositions en cours et à venir.

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Rafael Soto, Pénétrable BBL bleu, 1999. Courtesy Emmanuel Perrotin, Paris. DR

Derniers jours : Rafael Soto chez Perrotin

En programmant une double exposition (à Paris et New York) sur le travail du Vénézuélien Jesus Rafael Soto, la galerie Emmanuel Perrotin fait dans le sérieux. Encore quelques jours pour en découvrir l’accrochage signé de l’historien de l’art Mathieu Poirier. Des pièces de 1957 à 2003, des lignes et des points vibratoires, l’un des fameux « pénétrables » bleus, pluie de spaghettis à traverser – le préféré des enfants et des photographes amateurs. Précurseur de l’art optique, Rafael Soto « porte le monochrome dans l’espace perceptif du spectateur » explique Mathieu Poirier, « une simplicité des faits pour une complexité des effets » ! Circulation du regard et du corps, dématérialisation… L’art de Soto se déploie dans une rigueur toute muséale à des prix tout aussi impressionnants. Jusqu’au 28 février.

Derniers jours : Ernest T chez Semiose

Le muscle, Ernest T (membre du collectif Taroop et Glabel) le travaille à l’envers, s’attachant à en dégonfler la puissance symbolique. L’art et sa critique stéroïdée reviennent au niveau de la mer. Vrais faux Mondrian ou Morellet (dont il mime les procédés) ; peinture « nulle » ; abstraction géométrique sur ressort (comme un diable sortant de sa boite). Slogans esthétiques. L’artiste gomme les écarts, entre l’original et la copie, l’« admiraable » et le « déploraable » : il aplatit au rouleau les interprétations, enfonce des portes ouvertes. Son appropriationnisme, comique de répétition, fabrique une image de l’art, ressemblante au point d’en devenir subversive. Jusqu’au 28 février.

Lynne Cohen chez In Situ

La grande dame de la photographie canadienne nous a quittés en 2014. Quelques mois plus tard, sa galerie (In Situ) lui consacre une mini-rétrospective, confiant son commissariat à un autre photographe, le Français Patrick Tosani. Ce dernier a pioché dans le corpus de Lynne Cohen constitué exclusivement d’intérieurs désertés de présence humaine, laboratoires, espaces de travail, salles d’attente. Les petits formats en noir et blanc à la frontalité documentaire alternent avec des grands formats couleur très construits – l’artiste la travaille depuis la fin des années 1990. Les choix de Patrick Tosani font ressortir l’étrangeté et l’artificialité des lieux photographiés, espaces science-fictionnels habités par des faux ciels et des plantes en pot. S’y révèle, sans qu’on puisse la nommer, une dangerosité sous-jacente à ces zones d’expérimentation et de production. Jusqu’au 21 mars.

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 Lynne Cohen, Living room Racine Wisconsin, 1971-72, Photographie. Courtesy galerie In Situ, Paris.

Michel Blazy chez Art Concept

Rien n’y fait, on ne s’en lasse pas. Exposé chez Art Concept à l’occasion de la publication d’une monographie (la première, chez Manuella Editions), le travail de Michel Blazy est toujours aussi tendre, drôle, intelligent, poétique. Mur qui boit (et pèle), robot tremblant sur ses pattes (comme un chaton effrayé), pulls de grand-mère transformés en semis ou dessins tie and dye délavés à l’eau de javel… Les pièces anciennes côtoient les petites dernières. Certaines ont été « optimisées » avec ironie, rétrospective et notoriété de l’artiste oblige ! Le Kubor de 1992 – à l’époque, Blazy sort à peine de l’école –, est produit dans sa version deluxe, cube de papier en aluminium doré tenant debout comme par magie. Capillarité, germination, électricité statique, les lois physiques tiennent lieu de technique – la monographie en livrera les modes d’emploi. Du début à la fin de l’exposition, le temps agira sur cette œuvre vivante. Une jeune pousse émerge, fragile, de la prise HDMI d’un ordi portable. Silencieusement, humblement, la nature reprend ses droits sur une technologie obsolète, renversant les rapports de pouvoir. Notre regard sur le monde s’ouvre grand et s’adoucit. Merci Michel.

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Vue de l’exposition « Pull-over Time » à la galerie Art : Concept. Crédit photo : Dorine Potel. Courtesy de l’artiste et Art : Concept, Paris

Les jeunes pousses 2015

Un emménagement d’abord. La galerie Houg, lyonnaise depuis sa création en 1998, monte à la capitale « afin de prendre part à la scène artistique nationale et à son marché ». Son point de chute : le 22 de la rue Saint-Claude, dans le Marais, ou le centre névralgique des galeries d’art contemporain. Les explosions sur plaques de verre ou d’acier performé de la jeune artiste Aurélie Pétrel  en inaugurent (jusqu’au 28 février) la programmation parisienne.

Fermée définitivement fin 2014, la galerie historique d’Yvon Lambert fait des petits. Son ex bras droit Olivier Belot est parti avec quelques artistes sous le bras (Douglas Gordon, Joan Jonas, Robert Barry) et deux de ses collaboratrices pour ouvrir Until then, son propre espace à Saint-Ouen, rue des Rosiers. Soit 500 m2 sous verrière en plein cœur des puces. Au programme : cinq expositions par an et un espace dédié à la performance accessibles uniquement le week-end ou sur rendez-vous. L’inauguration est prévue ce 28 février au sein d’un marché aux puces en quête d’une fréquentation plus branchée et exclusive.

 

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 Pilar Albaraccin. Courtesy galerie N&P Vallois

Save the date

A ne pas rater dans les jours et les semaines qui viennent, les grosses pointures Ed Rusha chez Gagosian (12 mars) et Anthony Gormley chez Taddaeus Ropac (1er mars) et le solo show de Davide Balula (finaliste au Prix Duchamp 2015) chez Frank Elbaz (21 février). Pilar Albarracin viendra quant à elle taquiner les stéréotypes de la Féria de Séville et du divertissement (Galerie N&P Vallois et Théâtre de Chaillot, 6 mars). Du musclé.

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