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Les « impros » cosmiques d’Ann Veronica Janssens et Michel François

Céline Piettre 10 février 2015

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Rebelote. Seize ans après avoir fait pavillon commun à la 48ème Biennale de Venise, les Belges Ann Veronica Janssens et Michel François partagent à nouveau les cimaises sur une invitation de Guillaume Désanges. Exposition à deux têtes sous le ciel étoilé de la Verrière, à Bruxelles.

Ça n’a pas été facile de les convaincre. Retravailler ensemble ? Ann Veronica Janssens et Michel François ont accepté de le faire pour la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker en 2009 en co-signant la scénographie de The Song. Mais penser une exposition ? Produire des œuvres en commun ? Là, c’est autre chose… Pour arriver à ses fins, le commissaire Guillaume Désanges, chargé de la programmation à la Verrière, a dû déployer toutes les séductions conceptuelles dont il est capable. En bon élève, il leur rédige une lettre de motivation. « Je n’ai jamais vu des œuvres qui se squattent autant mutuellement » écrit-il. Un squat subliminal, accueillant ». Les arguments – publiés dans le journal de l’exposition – sont persuasifs ; suffisamment en tout cas pour que l’on retrouve les deux artistes côte à côte ce jeudi 5 février, jour du vernissage.

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Portrait de Michel François et d’Ann Veronica Janssens, crédit photo : Isabelle Arthuis.

Improvisations

« Nous avons souhaité partir de gestes simples » lance Michel François en guise d’introduction. Déchirer un lé de papier-peint de couleur chair, sorte de monochrome accidenté plaqué au mur. Shooter dans un tas de paillettes noires, répandant sur le sol un chaos de photons. Froisser une boule d’aluminium géante. Posée sur un socle d’asphalte, cette dernière s’érige au centre de la pièce. Monument à la gloire de la simplicité (du faire). Acte dérisoire à la conquête d’une forme spectaculaire. Fraternité des contraires : l’ordre et le désordre, le pli et le lisse, l’expansif et le concentré, l’ascensionnel et le gravitationnel, le baroque et le minimal.

Ces gestes, les deux artistes les ont « improvisés » dans une Verrière transformée en atelier, en laboratoire. Incubation active d’où jaillissent une vingtaine d’idées des plus radicales aux moins réalisables, bientôt reléguées aux oubliettes. Exposition d’objets ready-made ou de modes d’emploi, rideau d’eau ou de brume, nuage de bitume, salade « saoule » arrosée de vin… Ils opteront au final pour un accrochage classique à quatre mains, association de pièces nées de leurs échanges  –  débutés il y a un an de cela. Les projets avortés viendront en nourrir les creux et les recoins, comme un working progress parallèle. L’invitation en elle-même fait oeuvre.

Michel François et Ann Veronica Janssens partagent ce que Guillaume Désanges appelle « un régime minimaliste de travail ». Un minimum de moyens pour un maximum d’intensité. C’est sous le signe de cette économie d’ambitions, qu’ensemble, ils réussissent à s’exprimer par la matière comme un danseur avec le corps. A rendre saisissable certaines ambiguïtés devant lesquelles le langage reste démuni. Chacun réagit à la proposition de l’autre. L’exposition se construit de réponse en réponse, sans que l’on puisse en discerner distinctement les voix. De rebond en rebond. 1+1= 3. La magie opère.

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Michel François et Ann Veronica Janssens, « Philaetchouri», crédit photo : Isabelle Arthuis. Courtesy La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles.

Big Crunch

Nébuleuses, matière noire. Michel François et Ann Veronica Janssens envoient les imaginaires dans l’espace. Des galaxies herbeuses naissent sur la surface polie d’un cube ; un projecteur dessine un astre à même le mur. Intitulée « PhilaetChouri », en référence à la rencontre récente entre un robot atterrisseur de l’Agence spatiale européenne et une comète, l’exposition est un cosmos menacé par l’entropie. La boule d’aluminium explose dans un nuage argenté. Les paillettes forment une ombre portée au sol, marée noire poisseuse. Le marbre utilisé provient d’une carrière (à Namur) en voie de tarissement. La lumière aveugle. Le réel scintille comme un bijou précieux qui éblouit pour masquer sa noirceur. On pense aux constellations funestes de Robert Malaval. Il en va d’une dispersion, d’un épuisement qui dit quelque chose d’une certaine actualité sociale et politique ; d’une précarité vécue dans et par-delà la matière.

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 Michel François et Ann Veronica Janssens, « Philaetchouri», crédit photo : Isabelle Arthuis. Courtesy La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles.

ANN VERONICA JANSSENS ET MICHEL FRANÇOIS

06/02/2015 > 30/04/2015

La Verrière-Fondation d'entreprise Hermès

BRUXELLES-VILLE

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