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Quand le tag devient du Street Art

Florence Bousquet 4 février 2015

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Du Street Art on connaît les grands noms : JR, Banksy, Invader… mais à partir de quel moment peut-on vraiment l’appeler ainsi ? Lorsque Keith Haring dessine dans le métro new-yorkais ? Ou lorsque Barack Obama demande à Shepard Fairey de créer l’affiche de sa campagne en 2008 ? En tout cas, il est bien loin le temps des graffeurs en tee-shirt large, une bombe à la main, un skate dans l’autre, taguant les immeubles délabrés du haut Bronx.

New-York, crédit photographique : Michael Anthony

Pour découvrir les grands moments qui échelonnent le mouvement, la fondation EDF propose jusqu’au 1er mars 2015 l’exposition « #Street Art, l’innovation au cœur d’un mouvement ». Le commissaire Jérôme Catz a ainsi souhaité contextualiser le Street Art afin de mieux le comprendre et en apprécier la saveur.

La seconde partie de l’exposition est consacrée à l’innovation. De l’appropriation des bombes à peinture par les graffeurs, à l’utilisation des premières photocopieuses dans les années 1970, le Street Art a toujours été avant-gardiste en s’emparant de techniques inédites. Aujourd’ hui, il puise dans les nouvelles technologies et le numérique, comme pour l’installation Water Light Graffiti d’Antonin Fourneau présentée dans l’exposition, un mur composé de capteurs et de DEL qui s’allument au contact de l’eau.

L’occasion ou jamais d’un retour sur l’histoire du Street Art et les raisons de son succès.

Lascaux avait déjà ses graffitis

A quand dater exactement la naissance du Street Art alors que l’homme de Lascaux dessinait déjà sur les parois des grottes, et qu’à Pompéi, des inscriptions gravées dans la pierre ressemblent à des tags ? Justement, c’est quand on redécouvre les fresques de cette ville au milieu du XIXème siècle que le mot « graffiti » apparaît. Il tire son origine du grec graphium qui signifie indifféremment écrire, dessiner ou peindre.

Les premières peintures murales mexicaines, du courant muraliste, pourraient être à l’origine du Street Art. Ces fresques historiques urbaines émergèrent après la révolution mexicaine de 1910 et ambitionnaient de raconter une histoire du pays accessible à tous. Au même moment en Russie, des fresques de propagande communistes apparaissent. Dès le début, le dessin sur les murs, dans la rue, a toujours été associé à des revendications libertaires, à la transmission des idées et à la rébellion.

En 1960, le mot graffiti figure dans le dictionnaire de l’art brut alors que Brassaï photographie les tags de Paris.

L’adolescence : de Philadelphie à New-York

Philadelphie, 1966. Deux jeunes artistes aux corps tatoués, Cornbread et Chaz Bojorquez, errent dans la ville. La journée, ils dansent le hip-hop et le soir, ils commencent à signer les murs de leurs pseudonymes : Philadelphie voit naître les premiers « writers ». La forme d’expression est tellement libérée et novatrice que les jeunes des quartiers pauvres de New York s’y reconnaissent et s’en emparent. S’amorce alors un tournant dans la discipline, le « graff » devient le moyen d’expression d’une jeunesse formée à la culture de rue. A ce moment-là en France, Ernest Pignon-Ernest pose ses premières affiches.

Veteranos Roll Call, 1975, Courtesy : C/S

L’essence de l’art urbain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d’après-guerre, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb, figure de proue du comics underground depuis les années 1960.

Le mouvement prend de l’ampleur et en 1972, le galeriste Hugo Martinez organise la première exposition de « Tag » à New York. A la même période le premier livre sur le Street Art The Faith of Graffiti, sort aux États-Unis.

Eighties : l’Europe contaminée

Keith Haring en train de dessiner à la craie dans le métro. Courtesy The Keith Haring Foundation.

1980 est une date clé dans l’histoire du Street Art : le maire de New York interdit les graffitis. Jean-Michel Basquiat et Keith Haring ouvrent alors leur galerie et leur nom commence à résonner en Europe; alors qu’au même moment, le premier fanzine européen Free Style Aerosol Magazine fait découvrir le Street Art au Vieux Continent. En Allemagne, Berlin-Ouest devient la nouvelle Mecque des street-artistes, Londres verra naître Banksy et à Paris, entre 1986 et 1990, les quartiers de Stalingrad, La Chapelle, les quais de Seine et la banlieue ont leur graffeurs stars, mené par les VLP ou Jef Aerosol. Parallèlement, en France, le mouvent va s’«officialiser» sous l’influence, entre autres, de la galerie Agnès b.

Jef Aerosol in Williamsburg, Brooklyn, crédit photo : Jaime Rojo.

Nineties: l’âge d’or

« Au début des années 1990, 85 % du matériel de la ligne 13 était tagué » raconte au Huffington Post Mr. Dubois, du service presse de la RATP. Paris est envahi de graffitis. Partout, dans le métro, dans les friches, dans la rue, les dessins colorés et exubérants fleurissent. Des artistes, comme Jérôme Mesnager qui a réalisé une grande fresque à Ménilmontant, ou ZEVS, se font connaître.

Le Street Art à la mode

A partir de la fin des années 1990, la Mairie de Paris va se lancer dans une guerre contre les graffeurs. Le Street Art se raréfie, s’institutionnalise et des grands noms comme JR ou Miss Tic émergent et entrent sur le marché de l’art, faisant de leurs œuvres un véritable business basé sur des nouveaux codes culturels. Shepard Fairey, créateur de la marque Obey, va même jusqu’à transformer ses dessins en marque de vêtement. Pour preuve, le marché du Street Art a généré presque 300 millions d’euros en 2013 en Grande-Bretagne, selon Les Inrocks.

Obey, Shepard Fairey

En 2008 a lieu la première grande exposition consacrée au Street Art à la Tate Modern de Londres. Depuis, André, créateur de Monsieur A, personnage en haut-de-forme à l’oeil marqué d’une croix, a lancé au Palais de Tokyo son concept store « Black Block » où il expose des gadgets ou autres objets « design ». Parallèlement, certains artistes se radicalisent pour montrer leur refus de la logique mercantile. KIDULT, par exemple, est entré en procès et en guerre contre Marc Jacobs, qui utilise le Street Art à son escient, après avoir tagué la vitrine de sa boutique de mode à Paris, ou DRAN, qui détourne les logos des grandes marques. Quoi qu’il en soit, le Street Art, comme tout mouvement reconnu commence à être approprié par des groupes puissants, ne correspondant pas toujours à la logique revendicatrice des débuts. Les artistes se placent donc avec ou contre cette appropriation par le marché. En tout cas, plus rien à voir avec les peintures « sauvages » des premiers temps.

Des quartiers, comme le XIIIème arrondissement de Paris et Belleville, ou des villes, comme Vitry-sur-Seine, font de cette expression nouvelle un véritable patrimoine vivant. De sorte que le maire du XIIIème a créé avec le galeriste Mehdi Ben Cheikh un parcours « street art » dans le quartier. Aujourd’hui de nombreuses galeries d’art parisiennes sont spécialisées dans la vente de ces dessins.

«Le Street Art est accessible intellectuellement, ce n’est pas du concept, c’est figuratif, explique Jerome Catz, d’où son engouement auprès du public. Ça fonctionne par cycles, dans dix ans on reviendra à l’abstrait. Mais je pense que maintenant les gens en ont marre de l’abstrait. Et puis c’est démocratique, c’est un nouveau modèle économique qui s’adresse à la jeunesse.»

Le Street Art est encore un art qui vit, qui vibre, se transforme et transgresse. Une transgression aux règles établies ? La jeunesse qui voyait des graffitis partout dans sa rue a grandi et plébiscite aujourd’hui cet art qui lui parle.

#STREETART

04/10/2014 > 01/03/2015

Espace Fondation EDF

PARIS

Qu’ils soient déjà stars ou encore inconnus du grand public, qu’ils se nomment Shepard Fairey, JR, Zevs, Mark Jenkins, Vhils et Isaac ...

Exposition terminée
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