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L’Afrique du Sud à fleur de peau de Pieter Hugo

Céline Piettre 2 février 2015

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De la couleur (plutôt rare à la Fondation Henri Cartier-Bresson). Des visages qui vous sautent à la gorge ou s’effacent derrière les lézardes des murs et les topographies urbaines. Portraits, natures mortes, espaces publics… « Kin », la dernière série du photographe sud-africain Pieter Hugo, déploie sa trinité sur les murs de l’institution parisienne. Quarante clichés pour un intense face à face avec l’Afrique du Sud. Survolée de l’exposition en images.

Il a une gueule d’ange buriné (à la vie). Ces derniers temps, ce descendant d’Afrikaners né au Cap a promené son objectif un peu partout : Ghana, Libéria, Rwanda, Nigéria. Il y a photographié des noirs albinos, des dresseurs de hyènes ; a bruni la peau de ses amis blancs pour l’édition 2013 des Rencontres d’Arles (qui lui avait décerné le Prix Découverte quelques années auparavant). Avec « Kin », le voilà de retour chez lui, prenant pour sujet sa terre natale avec laquelle « il ne se sent pas toujours en phase ». Son home sweet home nous cerne de ses familiarités cruelles – pas d’échappatoire possible – et mêle l’histoire sociale à l’intime (une des traductions de Kin) dans un subtil jeu de correspondances entre visages et territoire.

Pieter Hugo - Green Point Common, Le Cap, 2013-T

Pieter Hugo, Green Point Common, Le Cap, 2013. Courtesy Fondation HCB.

Un jeune homme (un étudiant?) dort au pied d’un arbre déformé qui peine à résister à une force invisible. Chacun va dans une direction opposée. Green Point Common (un quartier du Cap) nous fait entrer d’emblée dans l’univers de Pieter Hugo, où l’image est souvent porteuse d’allégorie. Allégorie d’une Afrique du Sud « fracturée, schizophrénique, blessée » telle que la décrit le photographe. La brume qui se devine à l’arrière-plan dépose sa mélancolie sur la terre verte, en ronge la vitalité.

Pieter_Hugo_Daniel Richards, Milnerton, 2013-T

Pieter Hugo, Daniel Richards, Milnerton, 2013. Courtesy Fondation HCB.

Pieter_Hugo_Daniela Beukman, Milnerton, 2013-T

Pieter Hugo, Daniela Beukman, Milnerton, 2013. Courtesy Fondation HCB.

Point culminant de l’exposition, une galerie de portraits en buste sur fond monochrome. Chacun y est enfermé dans son cadre, étranger l’un à l’autre malgré leur proximité. Les regards sont appuyés, pénétrants. Ils nous scrutent. Nous adressent directement leur tristesse, leur rage.  Ici, le naturel (féroce) se sculpte dans la pierre dure. On tient fermement la pose. Pieter Hugo travaille à la chambre, sur trépied. C’est lent. Il demande la permission, l’adhésion totale de son modèle  – une des raisons pour laquelle il a délaissé le photojournalisme qui capte à la dérobée. « Dans chaque portrait, c’est de moi que je parle, de ma propre complexité, qui je l’espère révèle la complexité de l’Afrique » déclare t-il à Telerama.

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Galerie de portraits présentée au premier étage de la Fondation HCB. DR

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Pieter Hugo, Ann Sallies, ma nourrice, Douglas, 2013. Courtesy Fondation HCB.

La tête discrètement auréolée de lumière (comme une Pieta), la nourrice du photographe (au service de sa famille depuis trois générations) a les yeux baissés, contrairement aux autres portraiturés. Elle vient de perdre son fils ; et son corps (épaules basses, mains jointes) semble capituler sous le poids d’un destin qui dépasse les trajectoires individuelles. Ce « poids terrible de l’histoire » dont parle Pieter Hugo à propos de sa « terre natale », où « quoi que vous fassiez, la question raciale plane ».

 

Pieter_Hugo_La maison des Besters, Vermaaklikheid, 2013-T

Pieter Hugo, La maison des Besters, Vermaaklikheid, 2013. Courtesy Fondation HCB.

Un carton laissé-pour-compte libère son chargement entre ombres et lumières. Ailleurs ce sont des fruits pourrissants ou une porte fracassée. Nouvelles arrivées dans le travail de Pieter Hugo, les natures mortes renvoient à une certaine tradition de la peinture hollandaise  –  on pense notamment au Panier de pommes de terre de Van Gogh. Elles font échos aux memento mori, images de crânes épinglées habituellement dans son studio du Cap et présentées ici sous vitrine, à côté des photos de famille et d’un livre sur le génocide rwandais de Philip Gourevitch.

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Salis, fissurés, les murs portent « les cicatrices du colonialisme et de l’apartheid » à l’image des rides et des marques imprimées profondément sur les visages. Pieter Hugo traque les épidermes ; « la photo peut seulement décrire la surface des choses » confie t-il à Vice en 2012.

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Pieter Hugo, Le monument aux mineurs, Braamfontein, 2013. Courtesy Fondation HCB.

L’accrochage fait ainsi alterner espaces privés (maisons, portraits de connaissances et de la famille de l’artiste) et espaces publics (rues aux murs défoncés, zones périphériques), comme pour en saisir la topographie commune. Le Monument en hommage aux mineurs sert de banc aux inactifs –  en Afrique du Sud le taux de chômage dépasse les 25% et touche principalement les jeunes et la population noire.

Comme David Goldblatt avant lui (le photographe par excellence de l’Afrique du Sud), Pieter Hugo cherche dans l’architecture les signes de l’histoire, lutte des classes et lutte interraciale, violences économiques et écologiques passées et présentes.

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Pieter Hugo, En périphérie de Pretoria, 2013. Courtesy Fondation HCB.

Ce portrait (ci-dessous) d’un couple en costume traditionnel a été pris le jour de son mariage. Il s’agit de la première union homosexuelle zoulou célébrée en Afrique du Sud — le mariage gay y est légalisé depuis 2006 mais la discrimination subsiste. Malgré son surnom, la nation arc-en-ciel recense régulièrement des agressions à l’encontre de la communauté LGBT. Devant l’objectif de Pieter Hugo, les jeunes mariés posent fièrement dans leur appartement, assumant leur choix de vie sans laisser de côté leur culture d’origine. Identité complexe d’une Afrique du Sud abîmée mais pas totalement dénuée de forces vives.

Pieter_Hugo_Thoba Calvin et Tshepo Cameron Sithole-Modisane, Pretoria, 2013-T

Pieter Hugo, Thoba Calvin et Tshepo Cameron Sithole-Modisane, Pretoria, 2013.  Courtesy Fondation HCB.

PIETER HUGO

14/01/2015 > 26/04/2015

Fondation Henri Cartier-Bresson

PARIS

Du 14 janvier au 26 avril, la Fondation HCB présente Kin (l’intime), le dernier projet du photographe sud-africain Pieter Hugo. À traver...

Exposition terminée
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