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Charlie Hebdo sur cimaises

Céline Piettre 29 janvier 2015

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Avec le lancement ce jeudi 29 janvier de la 42ème édition du Festival international de la bande-dessinée d’Angoulême, s’ouvre une exposition-hommage à Charlie Hebdo. Signées Cabu, Charb, Tignous, Wolinski, Reiser ou Luz, les dessins et les « Unes » phares du journal satirique seront présentées à la Cité internationale de la bande-dessinée jusqu’au 8 mars. « Une histoire de Charlie » sur cimaises, pour notre plus grand plaisir, n’en déplaise à ces contempteurs de l’institutionnel.

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Il avait été question, suite à l’attentat mortel qui frappa Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, de remettre au journal satirique le Grand Prix du Festival ; il a finalement reçu jeudi dans la soirée un Grand Prix « spécial » et le Prix de la liberté d’expression créé a dessein, et bénéficie d’une rétrospective conçue « dans l’urgence ». Elle retrace l’histoire de Charlie, des premiers numéros « bêtes et méchants » d’Hara-Kiri (années 1960) à l’édition des « survivants » du 14 janvier tirée à 7 millions d’exemplaires.

L’esprit Charlie

Pour cela, Jean-Pierre Mercier, historien du 9ème art et commissaire de l’exposition, est allé puiser dans les collections de la Cité internationale de la bande-dessinée 500 documents d’archives, auxquels s’ajoutent quelques prêts consentis exceptionnellement par les Amis du Musée.

L’exposition se veut « pédagogique ». L’esprit Charlie y est condensé, exposé, expliqué. Un esprit incendiaire qui se chauffe au bois de la laïcité et a su trouver un moyen d’expression démocratique. « C’est un exploit d’être drôle, clair, offensif et compréhensible par tous » explique le commissaire de cette rétrospective montée en dix jours à peine.

Dans les vitrines : les « Unes » historiques du journal (également placardées dans toute la ville d’Angoulême). Sur les murs : des dessins agrandis et encadrés comme des toiles pour mettre à l’honneur les « talents graphiques » des contributeurs successifs. Un gros type en débardeur exhibe des marques de bronzage où se lit « University of FN » (Tignous) ; le trait gras de Charb y gueule comme au bon vieux temps. Les filles de Wolinski s’envoient en l’air dans des bosquets fleuris. « Pour toute cette bande, le dessin a autant d’importance que le texte » insiste Jean-Pierre Mercier. C’est ça aussi l’esprit Charlie.

Mahomet, Sarko, Marine et les autres…

Parmi les éditions originales présentées, on trouve notamment le premier numéro de Charlie Hebdo sorti le 23 novembre 1970. « Liberté de la presse, mieux vaut entendre ça que d’être sourd » profère un aveugle sur la couverture. Le dessin est signé Gébé. A l’époque, Hara-Kiri n’est mort que depuis une semaine – interdit de publication par le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin – et déjà la mauvaise herbe repousse ailleurs.

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Couverture du numéro 1 de Charlie Hebdo (1970). Courtesy Cité de la bande-dessinée, Angoulême.

Numéros historiques, Charlie nouvelle formule (dès 1992), avant ou après le Pr. Choron, avec ou sans Philippe Val… L’accrochage ne privilégie aucune période, aucune thématique mais propose une vision panoramique du journal. « Dans l’année 2013, précise Jean-Pierre Mercier, Charlie n’a fait qu’une couverture en rapport avec l’islam sur 52 au total ». Les caricatures de Mahomet cohabiteront donc pacifiquement avec le Sarko buveur de canettes de Riss, chômeur forcé affalé devant la télé, et le Hollande quéquette à l’air de Luz, déculotté suite à l’affaire Julie Gayet. Même sagement rangé sous verre, encadré poliment comme un portrait de famille, le grinçant survit, tenace.

Charlie à Angoulême mais pas chez Hergé

Une autre exposition sur Charlie Hebdo aurait dû être inaugurée la semaine dernière au musée Hergé à Louvain-la-Neuve (Belgique). Elle a été annulée in extremis sur conseil du bourgmestre de la ville par crainte des « risques et dangers qu’elle pouvait faire courir au personnel du musée et à la population », d’après Le Soir.

A Angoulême, la sécurité est renforcée depuis le lancement du festival – il a accueilli 200 000 visiteurs l’année dernière –, notamment sur le stand de la dessinatrice Catherine Meurisse, rescapée de l’attentat du 7 janvier.

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Charlie Hebdo, n° 146, 12 avril 1996, Charb. Courtesy Cité internationale de la bande-dessinée, Angoulême.

charlie hebdo No.340 - 23 décembre 1998 - Riss

Charlie Hebdo, n° 340, 23 décembre 1998, Riss. Courtesy Cité internationale de la bande-dessinée, Angoulême.

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Charlie Hebdo, n° 923, 24 février 2010, Honoré. Courtesy Cité internationale de la bande-dessinée, Angoulême.

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