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Une œuvre réduite au silence au Pavillon Vendôme

Céline Piettre 27 janvier 2015

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Une œuvre manque à l’appel de la très belle exposition « Femina ou la réappropriation des modèles » inaugurée ce samedi 24 janvier au centre d’art Le Pavillon Vendôme à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Il s’agit de l’installation Silence de Zoulikha Bouabdellah, composée d’une succession de tapis de prière sur lesquels des escarpins sont alignés par paire. Elle a été retirée de l’accrochage avant même le vernissage suite aux avertissements (adressés à la mairie) d’une fédération de citoyens clichois de confession musulmane qui la jugeait blasphématoire, et craignait en conséquences des « incidents irresponsables ».

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L’installation Silence de Zoulikha Bouabdellah pendant le montage de l’exposition « Femina » au Pavillon Vendôme. DR

Dans le Grand Salon XVIIIème, où devait trôner l’installation entre dorure et plafond peint, un cartel nous donne l’explication officielle de l’auto-censure. « D’un commun accord avec l’artiste, s’y exprime la co-commissaire Christine Ollier, nous avons souhaité retirer la pièce dans le contexte actuel de tension émotionnelle […] pour éviter les amalgames ». De son côté Zoulikha Bouabdellah se défend de toute accusation sacrilège : « Je suis de culture musulmane ; mon intention n’est ni de choquer, ni de provoquer, mais bien plutôt de proposer une vision à partir de laquelle peut s’instaurer un dialogue. Cette vision concerne ici les liens entre les espaces profane et sacré ainsi que la place de la femme au seuil de ces deux mondes ». Silence est ainsi remplacée par Dansons, une autre œuvre de l’artiste franco-algérienne où elle se filme exécutant une danse du ventre sur la Marseillaise. 

Affaire classée ?

Pas au goût de tous les artistes exposés et de leurs galeristes qui ont diffusé ce mardi 27 janvier à leur réseau une lettre ouverte réclamant le réaccrochage de l’œuvre Silence (après discussion avec la fédération concernée) ou la fermeture pure et simple de l’exposition. « Nous demandons une prise de position claire du maire de la Ville, Gilles Catoire » conclue la missive, signée par les deux commissaires invitées : Christine Ollier et Charlotte Boudon, qui sont visiblement revenues sur leur décision première. Cette lettre avait été précédée la veille, 26 janvier, par une publication d’ORLAN via son compte Facebook. « C’est la porte ouverte à toutes sortes de restrictions insidieuses de notre liberté d’expression » y condamnait l’artiste française. Son autoportrait photographique en Grande Odalisque (1968) exhibe sa nudité réincarnée dans la première salle de « Femina ».

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La Grande Odalisque d’ORLAN (d’après Ingres, 1968) sur les cimaises du Pavillon Vendôme, le 27 janvier au matin. DR

Une décision prise sous « pression »

Devant le retrait immédiat d’une œuvre dont le caractère blasphématoire reste très relatif, et les appels à la solidarité qui s’en suivent, on peut supposer l’existence de pressions politiques. La décision dépasse vraisemblablement la seule volonté de Zoulikha Bouabdellah (et des deux commissaires invitées) et pourrait témoigner d’une certaine frilosité de l’équipe municipale clichoise en lien avec l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier dernier. Sans ce drame, Silence serait sûrement passée inaperçue chuchote-on dans les bureaux du Pavillon Vendôme. Quant au cabinet du maire, il n’a pas souhaité s’exprimer pour l’instant sur le sujet.

L’exposition, elle, est encore accessible au public. Un très bel accrochage, on le répète, fluide, pertinent, où Vénus et Odalisques contemporaines reprennent leur corps (et sa représentation) en main et méritent d’autant plus qu’on ne leur coupe pas la parole. Avec Pilar Albarracín, Zoulikha Bouabdellah, Nina Childress, Béatrice Cussol, Hélène Delprat, Lydie Jean-Dit-Pannel, Carmela García, Laura Henno, Karen Knorr, Ellen Kooi, Katinka Lampe, Iris Levasseur, Mwangi Hutter, Paloma Navares, ORLAN, Esther Teichmann, Brigitte Zieger et Trine Søndergaard.

Mise à jour du jeudi 29 janvier. Suite à une discussion entre les élus clichois et les représentants des artistes de l’exposition «Femina», Silence de Zoulikha Bouabdellah devrait réintégrer très bientôt le Grand Salon du Pavillon Vendôme. «J’ai réussi à faire comprendre au maire qu’il devait garantir la sécurité autour de l’oeuvre» a ainsi déclaré le galeriste Stéphane Magnan au Parisien du jeudi 29 janvier. «Les représentants de l’association m’ont adressé un courrier […] mais j’ai toujours considéré que l’oeuvre devait être maintenue» affirme de son côté l’adjoint à la culture Nicolas Monquaut. Le maire Gilles Catoire se désengage quant à lui de toute responsabilité dans l’affaire et invite l’artiste à «débattre dans un atelier», toujours d’après le Parisien.

Mise à jour du lundi 02 février. Une lettre ouverte adressée ce dimanche 1er février à la presse et au public nous informe de la décision de l’artiste Zoulikha Bouabdellah de «retirer sa pièce Silence de l’exposition « Femina »», et ce de manière définitive «devant l’absence de réponses claires de la municipalité de Clichy-la-Garenne quant aux modalités de réintégration de l’installation».

«Ma décision n’est pas motivée par la peur, déclare t-elle ainsi sur son compte facebook, et elle n’est en aucun cas dirigée contre la Fédération des associations musulmanes de Clichy, qui a semble-t-il fait son travail en alertant la mairie de la possible survenue d’incidents liés à la présentation de l’installation.

Je ne souhaite pas que la polémique nuise davantage à la manifestation, ajoute t-elle, et demande en conséquence aux autres artistes participantes de bien vouloir raccrocher leurs œuvres. Je les remercie de leur soutien et leur prie de respecter ma décision».

En dépit de cette requête, la «majorité des artistes» concernées souhaitent toujours retirer leurs oeuvres. Elles seront «décrochées et restituées» dès le lundi 2 février au matin, précisent les co-commissaires de l’exposition, Charlotte Boudon et Christine Ollier.

Dans une autre lettre ouverte signée cette fois par Stéphane Magnan, le directeur de la galerie les filles du calvaire, il est reproché au maire de Clichy son communiqué du jeudi 29 janvier dans lequel il accuse les organisateurs  de l’exposition de « graves défaillances ». « Votre lettre comporte un grand nombre d’inexactitudes et de contre-vérités […] Nous laissons au lecteur attentif le soin de décider qui dans cette histoire est aux abonnés absents» conclue  Stéphane Magnan.

[Lire aussi le Panoramique consacré au blasphème dans l’art contemporain.]

 

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Détail de L’Enterrement de Nina Childress, en hommage à Un enterrement à Ornans de Courbet. Courtesy Pavillon Vendôme. DR

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