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Les Mayas n’ont jamais annoncé la fin du monde, et autres vérités sur le peuple du maïs

Magali Lesauvage 10 décembre 2014

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Le musée du quai Branly présente cet automne, en collaboration avec l’Instituto Nacional de Antropología e Historia de Mexico, une exposition exemplaire sur la civilisation maya, qui s’est développée en Amérique centrale pendant 3000 ans, jusqu’à la conquête espagnole au XVIe siècle. D’une richesse iconographique inouïe (notamment dans la description de la faune et de la flore) et d’une grande expressivité, 350 objets nous révèlent les secrets des Mayas : autosacrifice, calendrier, inframonde… En voici quelques-uns.

 Monument 114 de Toniná, Classique récent (600-900 apr. J.-C.), Chiapas, Mexique © Museo Nacional de Antropología, Mexico, Mexique/Ignacio Guevara.

Les Mayas n’ont jamais annoncé l’apocalypse

Le 21 décembre 2012, il ne s’est rien passé. Hormis que selon le calendrier maya, ce jour a correspondu à l’achèvement d’un grand cycle temporel de 13 bak’tun (soit environ 5128 ans), et à l’avènement d’un autre. Mais aucun texte maya ne se réfère à une quelconque fin du monde – certes l’humanité actuelle n’a pas toujours existé, et a été précédée par deux autres, celle des hommes d’argile et celle des hommes de bois, toutes deux anéanties car dénuées de raison.

Le calendrier maya, dit du « Compte long », a en réalité été créé vers 100 av. J.-C. par leurs prédécesseurs les Olmèques, qui inventèrent également le zéro. Il y a donc un début, la date zéro, indiquée comme le « 13.0.0.0.0, 4 Ajaw, 8 Kumk’u », qui correspond dans notre calendrier julien au 8 septembre de l’an 3114 avant notre ère, mais pas de fin. Un k’in égale un jour, un tun 360 jours, un k’atun 7200 jours (soit près de vingt ans), et le bak’tun 144 000 jours (soit un peu plus de 395 ans). Cela se complique quand on ajoute qu’il y a deux types d’années – rituelles (260 jours) et solaires (365 jours) – qui, combinées, forment la Roue calendaire.

Non contents d’avoir hérité d’un calendrier déjà compliqué, les Mayas y ajoutèrent des cycles rituels et astronomiques, comme celui des « Seigneurs de la Nuit », ou la Série lunaire de 11 960 jours. Génies des mathématiques, ils combinaient de multiples systèmes de datation astronomique pour établir une chronologie précise de leur histoire. C’est ainsi du calendrier qu’est née l’écriture maya à base de glyphes.

Selon les Mayas, le monde flotte sur l’eau et l’inframonde a neuf souterrains

Dos de crocodile ou carapace de tortue, la surface de la terre est une entité flottante. L’eau primordiale qu’elle recouvre constitue un inframonde auquel on accède par les grottes fraîches et humides, où circulent les eaux et résident les forces les plus puissantes. Ainsi le monde se divise-t-il en trois niveaux : le ciel, la surface de la terre et l’inframonde. Comme dans un véritable univers de jeu vidéo, il se subdivise en neuf niveaux souterrains chacun clos par une porte et treize couches célestes soutenues par des porteurs. Au centre de l’espace, un axe cosmique symbolisé par un arbre relie ciel et monde souterrain.

Le cosmos a quant à lui la même forme que la maison ou le champ : un quadrilatère avec un centre. Cette forme se retrouve dans celle des pyramides qui s’élèvent vers le ciel, mais aussi dans celui de la fleur à quatre pétales que l’on retrouve fréquemment illustrée.

Le « portrait » d’un individu transfère son existence dans cette représentation

Pour les Mayas, l’image d’une personne est cette personne – même si la notion occidentale de portrait ne s’applique pas dans l’art maya, certaines représentations désignent bien des individus précis. D’où la présence de nombreux glyphes en forme de têtes, mais aussi de mutilations, décapitations ou martelages de visages sculptés, qui permettent seules de supprimer totalement la vie d’un personnage. Sur les portraits de pierre ou de céramique, on retrouve des éléments esthétiques typiquement maya, comme la déformation crânienne ou les scarifications par autosacrifice (notamment sur le visage ou le pénis).

Écuelle à couvercle modelé en forme de tête de jaguar, Becán, Campeche, Mexique, Classique ancien (250-600 apr. J.-C.), céramique © Museo Regional de Campeche, Mexique/Ignacio Guevara.

Les dieux mayas étaient tourmentés

Invisibles et intangibles, les dieux mayas ont de multiples manifestations matérielles, et montrent leur pouvoir en agissant sur les éléments. Structurant le chaos, ils se dédoublent, fusionnent entre eux et sont dotés de caractéristiques humaines. Êtres pensants, imparfaits et tourmentés, ils sont alimentés par les hommes pour que le cosmos et ses rythmes naturels se perpétuent. Leur apparence combine les éléments humains, animaux et même végétaux.

Ixchel, la déesse lunaire, est accompagnée d’un lapin, et illumine les nuits. Le dieu solaire a deux manifestations : celle du jour, mais aussi celle de la nuit où, jaguar, il se repose dans les grottes souterraines et apparaît dans le ciel sous forme d’étoiles. Deux divinités aux traits reptiliens dominent la terre, tandis que Chaahk, dont le culte perdure dans les communautés mayas actuelles, est le dieu de la pluie. Au-dessus trône Itzamana, dieu de la sagesse et de l’écriture qui régit la vie et la mort, à la fois féminin et masculin, lumière et chaos. Elément primordial de la culture maya, le maïs (dont le nom vient directement du mot maya) a lui aussi son dieu.

On honore les dieux à travers divers rites, qui vont de l’abstinence sexuelle aux danses, en passant par la privation de sommeil et le sacrifice humain. Le sang est leur aliment principal, et c’est avec du sang divin et du maïs qu’ont été créés les hommes.

Les prêtres avaient des super pouvoirs

Prêtres, ou plutôt chamanes, sont choisis selon leurs dons et initiés à l’ascétisme. À la fois magiciens, devins, médecins, ils interprètent les rêves et sont les médiateurs entre les hommes et les forces sacrées. Lors de transes, leur esprit se déplace dans d’autres mondes, s’élève dans le ciel ou descend dans l’inframonde, se transforme en animal ou en foudre, voit des personnes disparues ou découvre des maladies. Ils ont aussi la capacité de provoquer des maux et de tuer. Les cérémonies incluent l’absorption d’une boisson à base de cacao, des pirouettes magiques pour se transformer en animal, des champignons (hallucinogènes ?) dessinés sur les vêtements, des costumes anthropozoomorphes, du « vol chamanique » et de la prise de substances psychotropes par voie anale.

Chacun son rôle : le nacom est chargé des sacrifices humains, le holpop des représentations théâtrales, l’ajaw kan rédige les ouvrages scientifiques et historiques.

Masque funéraire de Calakmul avec ornements d’oreilles, coquillage et jade, Classique récent (600-900 apr. J.-C.), Campeche, Mexique © Museo Regional de Campeche/Ignacio Guevar.

Le jeu de balle était leur sport national

Le jeu, répandu dans toute l’Amérique centrale, se pratique avec une balle de caoutchouc très lourde (deux à trois kg), et voit s’affronter deux équipes de un à sept joueurs sur un terrain longitudinal. Les joueurs doivent se renvoyer la balle en utilisant seulement les épaules, les bras, les hanches ou les cuisses, protégées par une lourde ceinture. Un peu comme au tennis, les points se comptent à l’inhabilité de l’adversaire à renvoyer la balle. Le jeu, dit tlachtli, a été pratiqué dès le premier millénaire avant Jésus-Christ, et on en retrouve encore des traces aujourd’hui dans l’ouest du Mexique. Chaque ville ou village a son terrain : on en connaît actuellement 2000 (dont 200 en Arizona), certains ornés de disques de pierre ou de reliefs représentant des vaincus. De nombreuses représentations de joueurs ont survécu, qui surprennent par la vivacité du geste et de l’expression.

Le jeu a une profonde signification cosmologique, et pour origine l’affrontement entre des jumeaux et des dieux, avec comme métaphore la course du soleil symbolisé par la balle. Il est pratiqué par les princes et les rois qui assoient ainsi leur pouvoir divin.

Les Mayas étaient des poètes

C’est ce que révèle le Popol Vuh, recueil de textes transmis oralement pendant des siècles et transcrit en caractères latins au début de la colonisation. Tous connaissent par cœur ces mythes, récités aux enfants et déclamés en public selon un mode répétitif et mnémotechnique.

Ainsi est racontée la création de l’humanité par les dieux : « Ils parlèrent, donc / alors ils pensèrent / ils assemblèrent leurs paroles, leur pensées / alors il devint clair / alors ils le pensèrent entre eux sous cette clarté / alors il devint clair ce qu’allait être l’homme ».

Les Mayas aujourd’hui

La Reducción espagnole à partir des années 1540 a consisté à raser des villes, convertir de force les Indios reducidos, interdire la langue et créer de nouveaux mots pour faire comprendre les nouveaux concepts. Avec certaines difficultés linguistiques, comme le terme cucutil utilisé pour désigner le corps du Christ, mais qui en langue maya désigne d’abord les organes sexuels, puis par métonymie le corps.

Malgré cela, la culture maya a perduré. Les six à dix millions de Mayas qui survivent au sud du Mexique, au Guatemala, Belize, Honduras et Salvador, continuent à brûler de l’encens, réaliser des sacrifices (d’animaux), consommer des boissons thérapeutiques et réciter des prières. Dans un syncrétisme post-colonial, les anciens rites sont mêlés à l’adoration des saints catholiques, afin de rétablir l’équilibre dans le chaos du monde et de s’accorder les faveurs du monde surnaturel, dont les présences animiques saturent l’espace naturel.

Au Chiapas aujourd’hui, quand on souhaite la pluie, on fait une cérémonie aux montagnes comme dans la coutume maya, mais on sort aussi en procession les statues de la Vierge et du saint patron. On communique avec les ancêtres dans ses rêves et on prend garde aux dieux qui régissent le quotidien. Le chamane écoute le pouls pour y détecter les « mots malades » qui circulent dans le sang, et récite la prière de guérison : « Aux quatre coins de la terre, aux quatre coins du ciel, nous balayons ses maux afin qu’il reparte d’où il est venu ». Ainsi, malgré les génocides (encore très récemment au Guatemala) et l’oppression qu’ils subissent aujourd’hui, les Mayas réussissent à faire survivre une culture, celle du jaguar et du maïs, vieille de 4000 ans.

 

LES MAYAS, RÉVÉLATION D'UN TEMPS SANS FIN

07/10/2014 > 08/02/2015

Musée du quai Branly

PARIS

Exceptionnelle par l’étendue géographique et temporelle qu’elle recouvre, l’exposition LES MAYAS, Un temps sans fin réunit 400 chef...

Exposition terminée
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