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« Enlarge your reality » : rencontre avec Emmanuelle Lainé

Magali Lesauvage 8 décembre 2014

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Un congé forcé nous avait obligé à repousser la rencontre avec l’artiste Emmanuelle Lainé, censée avoir lieu en novembre pendant le montage de son exposition Le Plaisir dans la confusion des frontières à la Fondation Ricard. Nous n’avons donc pas vu les kilos de pouzzolane arriver, l’argile en train de couler, les prises de vue photographiques grandeur nature, l’itinérance des objets et tout ce qui fait qu’une exposition d’Emmanuelle Lainé ne ressemble à aucune autre exposition d’Emmanuelle Lainé. C’est donc elle qui nous a raconté ce processus, quelques heures avant le vernissage de l’expo finie. Rencontre en paysage dissonant.

 

Emmanuelle Lainé dans son exposition Le Plaisir dans la confusion des frontières à la Fondation d’entreprise Ricard, Paris, 2014.

C’est un chantier où tout est à sa place, un instant t figé dans l’espace. On pensait connaître la Fondation Ricard et son plan vaguement en L joignant deux grandes pièces par un étroit couloir, mais aujourd’hui on ne la reconnait plus. Quelque chose a changé, on ne sait pas vraiment quoi, on avance dans ces vastes pièces en ayant la sensation vertigineuse que l’espace s’ouvre devant soi, dans une sorte de déjà-là.

« J’ai essayé d’ouvrir les murs », nous explique Emmanuelle Lainé. Comment ? En reproduisant par la photographie à échelle réelle un état passé des lieux, très proche de celui que l’on a sous les yeux, mais légèrement différent. Cet effet de continuité quasiment parfaite crée une sensation perturbante de déjà-vu, les photos intimement collées sur la surface des cloisons dédoublant l’espace, comme un trompe-l’œil.

Devant ces photographies sont disposés des objets, que l’on ne distingue pas immédiatement des images qui le reproduisent. Ils sont de trois types, et chacun a sa propre histoire : il y a ceux qui sont issus de l’espace d’expo lui-même, ceux qu’Emmanuelle Lainé a glanés sur la route qui mène à ce lieu, et ceux qui font partie de l’iconographie récurrente de l’artiste. Formes et motifs se répondent les uns aux autres, par des indices, des échos, des résonances subliminales. En restant un peu plus longtemps, on repère ces indices : nous, spectateurs, somme des détectives, l’exposition est une scène de crime. Ici tout est l’empreinte d’autre chose, des liens invisibles sont suspendus dans l’espace, un dialogue secret a eu lieu, dont il faut reconstituer le déroulement. C’est la même chose pour les photographies.

« J’ai récupéré des éléments d’ici (tables basses, fauteuils, étagères, cadres…), explique Emmanuelle Lainé, et commencé à travailler sur des empreintes, comme je le fais généralement pour mes sculptures. On a apporté de la pouzzolane, une pierre de lave friable qu’on a déversée sur le sol et les tables, et qui à la fois dessine une forme au sol et sert de socle. Par-dessus, on a coulé 300 kg d’argile fabriqué sur place. Pour le reste, ce sont soit des objets que l’on retrouve fréquemment dans mes installations, soit des objets que j’ai achetés sur la route, entre Rome, où je suis actuellement en résidence, et Paris. Je les ai choisis en fonction de la qualité plastique que me suggérait leur empreinte, comme ce dos de siège à boules. Ça a été un travail à la fois très intuitif, physique et organique, puis très méticuleux quand il s’est agi de réaliser et d’imprimer les photographies ».

L’artiste poursuit : « Le choix des objets est très intuitif. En revanche je contrôle beaucoup la construction de l’exposition, en étudiant les points de vue, le prolongement des perspectives. C’est une fois que les images sont faites que j’improvise, en décalant les objets par rapport aux images. J’essaie de voir jusqu’où on peut étirer et jouer avec l’image en miroir, sa disparition. C’est un travail de composition libre à partir d’un décalage temporel entre l’instant de l’image et un second temps. En déplaçant les objets, je fais tourner l’image ». Comme si une bourrasque était passée par là et avait semé le chaos, les objets semblent s’être déplacés d’eux-mêmes et avoir acquis une vie propre.

L’ensemble, réunissant des objets hétéroclites et des sculptures réalisées à partir de leur empreinte, crée un effet de paysage, avec ses détours et ses creux, ses points culminants et ses horizons. « Ce type de vision, c’est ce qu’on voit dans les ateliers d’artistes. Moi je n’ai pas d’atelier, mon atelier c’est le lieu où je vais exposer, c’est ici, donc ça change tout le temps. L’idée de paysage est soulignée par la présence des sièges, qui permettent de contempler les différents points de vue. Ainsi le spectateur lui aussi fait l’exposition, il s’approprie les images ».

Peintre, sculptrice, paysagiste, Emmanuelle Lainé est un peu tout cela à la fois. « J’ai décidé, nous confie-t-elle, de ne pas choisir entre la sculpture traditionnelle, autour de laquelle on peut tourner, et l’art post-internet, à partir de collages d’éléments. Je réunis deux réalités pour obtenir une réalité élargie, dans l’espace mais aussi dans le temps. Il ne s’agit pas d’opposer ces réalités mais de s’en servir pour en créer une nouvelle ». Deux + trois = quatre ? Bienvenue dans la quatrième dimension.

 

EMMANUELLE LAINÉ

25/11/2014 > 10/01/2015

Fondation d’entreprise Ricard

PARIS

Cette exposition personnelle est l’occasion, pour Emmanuelle Lainé, de revenir à Paris, un endroit familier, tout comme la Fondation d...

Exposition terminée
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