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Brétigny, Chelles, Le Blanc-Mesnil : la culture en voie d’extinction

Magali Lesauvage 27 novembre 2014

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Trois lieux d’art de région parisienne sont aujourd’hui en danger : le CAC Brétigny, les Eglises à Chelles et le Forum du Blanc-Mesnil. Signe qu’une certaine idée de la culture comme service public de proximité est en voie d’extinction.

Ismaïl Bahri, Coulée douce, vue de l’exposition Sondes, les Eglises, centre d’art contemporain de la Ville de Chelles, 2014 © Aurélien Mole.

C’est une idée qu’on assassine. Pas en plein jour, pas devant témoins, pas avec un bon alibi. Cette idée, c’est celle de la culture maillant le territoire, présente là où on ne l’attend pas, pas forcément pour tous, mais à portée de tous. Notion galvaudée, décriée déjà en 1968 par Jean Dubuffet qui la considérait comme « asphyxiante », la culture (que l’on préférera écrire avec un petit c pour mieux la tenir au plus près de nous) bénéficie pourtant d’un ministère et d’un budget propres, de « directions régionales » et de conseillers présidentiels. Or cette culture qu’on étouffe petit à petit, ça n’est pas celle brandie comme porte-étendard de l’« exception française » et exportable (ou monnayable) à l’étranger, celle du Louvre Abu Dhabi ou de la Philharmonie de Paris (coût estimé : 380 millions d’euros), celle dont on fait un produit de communication.

Cette culture-là se trouve au bout des lignes de RER, entre le lycée technique et la maison des associations, là où les gens vivent. Cette culture-là n’est pas nécessairement accessible, facile, spectaculaire, elle n’apparaît pas dans les tops 10 des « expos à voir », des « sorties à ne surtout pas manquer », des « must-see » parisiens concentrés le long de la Seine. Cette culture luit de l’éclat faible de ses milliers de « lucioles », pour reprendre l’image de Pier Paolo Pasolini dans La Disparition des lucioles, qui sont autant de résistances passives aux grands phares de la « culture pour tous », qui simplifie, facilite et finalement s’auto-digère.

Aujourd’hui cette culture « de proximité », indispensable car superflue, est menacée. Ses lieux sont en danger, et l’énergie déployée pour les maintenir en vie est humiliée. Ils n’attirent que quelques milliers de visiteurs par an – autant qu’une journée d’ouverture du Centre Pompidou –, mais sont bien souvent gratuits et accueillent des cars entiers de scolaires. Ces résistants se sont réunis en associations pour proposer des navettes et ainsi créer un réseau (TRAM) qui sert de véritable cordée de solidarité entre les uns et les autres.

En région parisienne, c’est la banlieue qui offre les meilleures expositions d’art contemporain : voir actuellement Lives of Performers à la Ferme du Buisson (Noisiel), La photographie performe au Centre Photographique d’Île-de-France (Pontault-Combault), Ismaïl Bahri à l’Espace Khiasma (Les Lilas), Tania Mouraud au MAC/VAL (Vitry-sur-Seine), les frères Chapuisat à la Maréchalerie (Versailles) ou Didier Rittener à L’Onde (Vélizy-Villacoublay).

Aujourd’hui le CAC Brétigny, centre d’art contemporain où ont été exposées les œuvres de Marie Cool et Fabio Balducci, Cyprien Gaillard, Franz Erhard Walther ou Roman Ondák, est menacé par le désengagement de la Direction de la Culture de l’Agglomération du Val d’Orge (lire l’appel conjoint des associations d.c.a., TRAM et Cipac et la pétition adressée à la ministre de la Culture Fleur Pellerin et au président de la Communauté d’Agglomération). Au Blanc-Mesnil, le Forum, scène conventionnée, va fermer sur décision du maire de la ville, Thierry Meignen (UMP) : ce théâtre, où l’on joue actuellement En attendant Godot, est jugé « trop élitiste ». Et il n’y a pas que la banlieue parisienne : à Montpellier, la Panacée, tout nouveau lieu pluridisciplinaire dont nous vantions l’intelligence, serait elle aussi en danger.

À Chelles, le centre d’art les Eglises, magnifique chapelle désacralisée posée face aux HLM et qui a accueilli depuis 2005 de jeunes artistes aujourd’hui reconnus internationalement (Detanico & Lain, Raphaël Zarka, Farah Atassi…), va également interrompre sa programmation. Le maire (UMP) Brice Rabaste souhaite promouvoir « un art plus grand public » et supprime les 30 000 euros de subvention annuelle (sur un budget total de 100 000 euros). Argument : « La ville ne peut pas continuer à dépenser autant de deniers dans un équipement dont très peu de Chellois profitent ».

Puisque les chiffres comptent, jouons donc aux chiffres : « très peu », c’est 12 000 visiteurs par an, dont deux tiers d’habitants de la ville. Ceux-ci sont en majorité des scolaires : disons 6000 sur une population de 52 000 habitants. Soit un coût de 58 centimes par habitant (l’entrée est gratuite). Le compte est bon.

[Mise à jour le 30 novembre 2014] On apprend que le Wharf, centre d’art contemporain de Basse-Nomandie créé il y a vingt-quatre ans à Hérouville-Saint-Clair, va fermer ses portes dès la fin de l’année (lire le communiqué publié sur son site). Là encore, c’est un désengagement des pouvoirs publics locaux (en l’occurrence la DRAC et la région Basse-Normandie) qui en a décidé ainsi. L’hémorragie continue.

 

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