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Jeff Koons, l’art sous vide

Magali Lesauvage 25 novembre 2014

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Le Centre Pompidou reçoit en grande pompe l’artiste pompier Jeff Koons, qui présente là trente-cinq ans d’une carrière vouée à la polémique. Une rétrospective qui démontre la vacuité fascinante d’une œuvre bâtie contre la critique. 

Jeff Koons, Moon, 1995-2000, acier inoxydable, vue de l’exposition Jeff Koons, une rétrospective, Paris, Centre Pompidou, 2014.

On commence toujours par parler de l’Américain Jeff Koons en évoquant ses records de vente, à l’exemple de la gigantesque sculpture Ballon Dog (Orange), vendue 52 millions de dollars en 2013 chez Christie’s. Viennent ensuite les commentaires sur la vulgarité de son travail et le scandale que constitue le succès phénoménal de ses œuvres, avant même leur analyse. Laquelle se réduit généralement à deux ou trois références, en particulier le ready-made de Marcel Duchamp, et le Pop Art dont Koons serait un ultime et décadent avatar.

Or, Koons n’est pas Warhol – et encore moins Duchamp. Si le maître de la Factory s’est révélé, malgré des apparences glamour, un véritable dynamiteur de la culture occidentale, Jeff Koons, avec son rapport continu à l’enfance, au sentimentalisme et au kitsch, apparaît, après trente-cinq ans d’une carrière démentielle, comme l’enfant gâté de cette « bulle » de l’art contemporain apparue dans les années 1980, et qui n’a décidément toujours pas éclaté.

Déjà honoré en France en 2008 grâce à une exposition choc au château de Versailles, l’artiste bientôt sexagénaire est de retour au pays de Duchamp avec une manifestation modestement intitulée Jeff Koons – La Rétrospective. Présentée au Centre Pompidou, en collaboration avec le Whitney Museum de New York où elle a fait sensation cet été, elle est orchestrée par le directeur du musée national d’Art moderne, Bernard Blistène himself, qui nous confiait déjà au printemps son intérêt pour la « radicalité » de l’artiste et voyait en cette exposition un « manifeste ».

Légende dorée

La vie de Jeff Koons tient désormais quasiment de la légende. Il est né dans la pacotille, le clinquant et le strass. Son père, gérant d’une boutique de décoration en Pennsylvanie, exposait dans sa vitrine les copies de maître exécutées par le jeune garçon (de quoi donner une certaine confiance en soi). Etudiant en art, Koons junior rencontre Dalì au culot à New York, puis devient courtier en bourse pour produire ses premières œuvres, notamment les fameux aspirateurs disposés dans des boîtes lumineuses à la manière des grands magasins. Suivent des séries célèbres où s’exprime tout le paradoxe de l’art de Koons : un art pour ultra-riches, qui selon lui s’adresse à tous par le biais d’objets reconnaissables de la low culture. Ballons de basket suspendus dans l’air, Rabbit en inox, toiles et sculptures pornographiques Made in Heaven réalisées avec son épouse Ilona Staller, dite la Cicciolina, gigantesque Puppy composé de milliers de fleurs, sculptures réfléchissantes, cœur rouge ceint d’un ruban doré, et plus récemment la série Gazing Ball consacrée à l’antique composent un corpus d’une indéniable hétérogénéité.

Le contrôle que l’artiste exerce sur ses œuvres et sur leur diffusion est absolu. Son atelier est une véritable petite usine qui emploie une centaine de personnes, appliquant les couleurs sur les tableaux selon des codes labellisés, ou modélisant des jouets gonflables en 3D pour réaliser des maquettes. Dans le monde entier, des entreprises spécialisées fabriquent ses œuvres monumentales, polissant l’acier ou cuisant la céramique selon ce qu’il nomme sa « vision ». Et l’on se prend, devant elles, à admirer le soyeux du métal, comme on le ferait devant la carrosserie d’une belle voiture.

Poupées gonflables

De cette vision, l’exposition du Centre Pompidou rend tout le spectre (sauf, c’est dommage, la grande sculpture Play-Doh en pseudo pâte à modeler qui n’est pas venue de New York). Le visiteur est immédiatement happé par le vide de ces objets réfléchissants (réflexion déjà perceptible dans les toutes premières œuvres ready-made de Koons, de simples jouets gonflables posés sur un miroir). Absorbant tout ce qui les entoure, neutralisant la critique car elles se posent là comme multiréférentielles, les œuvres de Jeff Koons incluent dans leur champ tous les autres arts – Duchamp, le Pop, la peinture et la sculpture baroques, plus récemment l’antique – dans une volonté totalisante. À la question « Quel est, à vos yeux, le sujet de votre travail ? », posée par Bernard Blistène, l’artiste répond d’ailleurs : « Ce que je veux dire [dans mon travail] est que tout est là. Toute chose nous entoure. Tout ce qui existe dans l’univers est là. Tout ce qui vous intéresse est là ». Pas de faux-semblants, pas de trompe-l’oeil, aucun mystère : l’art est une évidence, tout (du moins le tout de Jeff Koons, qui n’est pas forcément celui de tous), est (ce qui sous-entend qu’en dehors de rien n’existe).

Dans un retour de l’image (et du sens) sur elle-même, les sculptures et toiles de Koons sont des surfaces dans lesquelles rien ne pénètre. Le regard reste emprisonné dans ces kaléidoscopes délirants qui évoquent des vitrines de Noël (le temps de l’expo est bien trouvé) ou des murs de caméras de surveillance. Dans son miroir ivre, dans ses autoportraits pornographiques avec la Cicciolina, dans son Balloon Dog, Jeff Koons dit chercher une « surface pure sans altération ». Aspirateurs, jouets bombés et boules de verre symbolisent cette absence d’altérité qui ne fait que concentrer du vide, tels de déprimantes poupées gonflables.

Pschitt

À propos de l’exposition du Whitney Museum, le grand critique du New York Magazine Jerry Saltz affirme : « Son œuvre ne modifie ou ne déplace jamais la pensée. Ces objets sont des anomalies visuelles, qui exsudent la vacuité. Vous regardez dedans, et rien ne se passe. Là est l’effrayante grande beauté de Koons ». Plus loin, il décrit Jeff Koons comme un paria du milieu de l’art, où l’on exècre son cynisme, mais tient à le voir comme un « étrange et sincère croyant », convaincu de la générosité de son œuvre.

Pourtant Koons le dit lui-même (toujours à Bernard Blistène) : « Mon travail est contre la critique. Il combat la nécessité d’une fonction critique de l’art et cherche à abolir le jugement, afin que l’on puisse regarder le monde et l’accepter dans sa totalité. Il s’agit de l’accepter pour ce qu’il est. Si l’on fait cela, on efface toute forme de ségrégation et de création de hiérarchies ». Et toute nécessité de l’art, pourrait-on ajouter.

Sortant de l’exposition Koons, on tombe sur celle consacrée à Marcel Duchamp, qui il y a près d’un siècle emprisonnait l’Air de Paris dans une fiole de verre. Et l’on se demande : si on en est arrivé là, est-ce de sa faute ? Et l’art de Koons, pompier pompant, finira-t-il par se dégonfler dans un dernier pschitt ? Ou est-ce seulement l’air du temps.

 

JEFF KOONS

26/11/2014 > 27/04/2015

Centre Pompidou

PARIS

Le Centre Pompidou présente la première rétrospective majeure consacrée, en Europe, à l’oeuvre de Jeff Koons prenant pour la premièr...

Exposition terminée
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