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Niki de Saint Phalle, une vie d’artiste (épisode 2) : des Tirs aux Nanas

Magali Lesauvage 29 octobre 2014

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Cet automne le Grand Palais met à l’honneur l’une des grandes héroïnes de l’art du XXe siècle, Niki de Saint Phalle. Sa vie, dont Pierre Restany déclara qu’elle était « un roman du merveilleux moderne », en dit beaucoup sur son œuvre, de l’enfance dorée mais brutale, aux projets pharaoniques des dernières années. Ce que démontre brillamment l’historienne de l’art Catherine Francblin, spécialiste des Nouveau Réalistes, dans une biographie de l’artiste parue aux éditions Hazan. Nous vous en livrons les principales étapes tout au long de l’exposition. Second épisode, après un premier consacré à la jeunesse de l’artiste : des Tirs aux Nanas.

Niki de Saint Phalle lors d’un Tir © DR.

L’art à la carabine

Niki de Saint Phalle vit comme une mère de famille jusqu’à l’âge de trente ans. Totalement autodidacte, sans aucune formation académique,  elle se met à l’art sur le tard, ce qui explique la spontanéité de son œuvre. Si Tinguely n’est pas à proprement parler à l’origine de sa vocation artistique,  leur puissante passion amoureuse, leurs collaborations, mais aussi leurs antagonismes (il est l’artiste du noir et du mouvement, elle est la couleur et la figure humaine) alimentent le travail de l’un et de l’autre, dans un équilibre éminemment fécond. Niki et Jean deviennent dans les années 1960 un couple de légende à la Bonnie & Clyde. Il joue au prolo, elle à l’aristo ; il la défend face aux « hommes, sculpteurs couchés », elle se dérobe à toute tentative de domination.

Assoiffée d’art, Niki de Saint Phalle se nourrit d’influences diverses. Le parc Güell tout d’abord, qu’elle visite à Barcelone, où elle admire la technique catalane du « trencadis » (mosaïque d’éclats de céramique) mise en œuvre par Gaudí, qu’elle considère comme son « maître ». Ses autres coups de cœur, dans le désordre, sont : la peinture du Trecento, La Guerre du Douanier Rousseau, les statuettes de prêtresses aux serpents minoennes, Dubuffet et l’art brut, l’expressivité des vierges espagnoles, Jackson Pollock, les cibles de Jasper Johns, les Combine Paintings de Robert Rauschenberg… Du point de vue des idées, Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, ouvrage fondamental du féminisme, emporte son adhésion, tandis que la liberté de Joan Mitchell, qui la questionne insidieusement sur son statut de femme entretenue, lui donne de furieuses envies de liberté. Sans oublier le tarot, la divination, l’astrologie qui incitent Niki de Saint Phalle, superstitieuse, à créer dans ses œuvres un monde imaginaire unique.

Au début des années 1960 ont lieu les premiers Tirs : « En 1961, j’ai tiré sur : papa, tous les hommes (…), mon frère, la société, l’Eglise, l’école, ma famille, ma mère, tous les hommes, papa, moi-même. Je tirais parce que cela me procurait une sensation extraordinaire, parce que j’étais fascinée de voir le tableau saigner et mourir. Feu ! La peinture pleure, la peinture est morte. J’ai tué la peinture. Elle est ressuscitée. Guerre sans victime », écrit-elle plus tard. Pourquoi un fusil ? L’exorcisme, la catharsis, répondra-t-on rapidement. Evacuer la terreur subie en crevant littéralement l’abcès des souffrances, répondre à la violence faite aux femmes par une violence « ciblée », aux célèbres colères de Tinguely, mais aussi aux traumatismes de l’enfance. C’est aussi pour l’artiste, à chaque Tir, un rituel, une fête, un jeu, un happening qu’elle fait partager à ses amis Nouveaux Réalistes.

Les Tirs spectaculaires suscitent l’engouement du public et de la presse, qui aime la sophistication et l’enthousiasme de la jeune femme. Pourtant elle les abandonne rapidement, comme toute sa vie elle accomplira dans sa carrière des virages qui décontenancent ses admirateurs, pour réaliser des tableaux composés de divers objets collés, notamment de grands Autels blasphématoires où se marient baroque et pop. C’est aussi le moment où elle est approchée par le galeriste Alexandre Iolas de New York, qui aide à lancer sa carrière.

Femmes accouchant et Nanas

Niki de Saint Phalle, Hon, 1966, Stockholm, Moderna Museet.

« Pourquoi pas le Nana Power ? Le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale », affirme Niki de Saint Phalle. La transition des Autels aux Nanas se fait par le biais de grandes sculptures d’accouchements, images brutales et impudiques de la maternité évoquant des avortements crucifiés. « Aucune œuvre d’art ne peut approcher un accouchement », affirme l’artiste, qui au même moment débute la série des Mariées, grandes figures blanches couvertes de dentelle, sortes d’esprits du deuil.

Les choses vont très vite avec Niki de Saint Phalle. Dès 1964, elle débute ses premières Nanas, des « créatures joyeuses à la gloire de la femme », selon ses propres mots. Affranchies du mur auquel les Mariées étaient autrefois clouées, les Nanas sont à la fois légères et lourdes, rondes et dansantes, sans visage et délestées de ces centaines d’objets miniatures dont l’artiste affublait ses œuvres précédentes.

Parallèlement, l’artiste commence à collaborer avec des metteurs en scène de théâtre ou d’opéra, ce qui la conduit naturellement à envisager la réalisation d’œuvres de très grandes dimensions. La plus emblématique de cette période est Hon, conçue en 1966 pour le Moderna Museet de Stockholm, alors dirigé par Pontus Hulten (futur directeur du Centre Pompidou) : « femme-habitacle couchée sur le dos, cuisses ouvertes, à l’intérieur de laquelle s’engouffre la foule », elle inclut un cinéma, un milkbar, une galerie, un toboggan, une terrasse… Attraction à la fois d’avant-garde et populaire, rêve du musée d’art moderne, «  la plus belle et la plus grande femme du monde », selon l’artiste, c’est la première œuvre monumentale réalisée en collaboration avec Jean Tinguely. Dès lors, Niki de Saint Phalle s’oriente vers une conception environnementale de l’œuvre d’art, avec dès 1969 la première Nana-fontaine (avant celles de la place Stravinsky, à Paris).

Dès la fin des années 1960, les relations s’étiolent avec Jean, comme en témoignent les titres des superbes sérigraphies réalisées en 1968, telle Why Don’t You Love Me?… Ce qui ne les empêchera pas de poursuivre leurs fructueuses collaborations, de plus en plus monumentales, de plus en plus folles.

À suivre : Niki de Saint Phalle, l’art-monument.

À lire : Catherine Francblin, Niki de Saint Phalle – La révolte à l’œuvre, Paris, Hazan, 448 pages, 60 illustrations, 29 euros.

 

NIKI DE SAINT PHALLE

17/09/2014 > 02/02/2015

Galeries nationales du Grand Palais

PARIS

Niki de Saint Phalle (1930-2002) est l’une des artistes les plus populaires du milieu du XXe siècle, à la fois plasticienne, peintre, sc...

Exposition terminée
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