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Zagreb, mon amour : la scène artistique croate

Pascal Bernard 27 octobre 2014

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Le Carré d’Art – musée d’art contemporain de Nîmes met à l’honneur la scène artistique croate en consacrant une exposition à l’art à Zagreb de 1950 à nos jours, vingt-deux ans après l’indépendance du pays et un an après son entrée dans l’Union européenne. Visite.

Goran Trbuljak, Référendum (détail), 1972 © Goran Trbuljak.

Avec quinze artistes et un groupe, Personal Cuts est la plus importante présentation d’artistes croates en dehors des frontières du pays. Pas question pour autant de penser une exposition à caractère national − ce serait d’ailleurs ridicule, comme le chante l’artiste Sanja Iveković dans une vidéo expliquant les raisons pour lesquelles un artiste ne peut représenter un État-nation.

Malgré le régime politique sévère de Tito et en dépit de l’absence d’un marché de l’art, Zagreb fut dans les années 1960 et 1970 un centre culturel dynamique à même de faire éclore une nouvelle génération de créateurs. Un dynamisme permis entre autres par la création d’une biennale de musique et d’un festival de cinéma au rayonnement international, et l’ouverture de la Galerie d’art contemporain de Zagreb aux dernières tendances artistiques : expositions du groupe Zero, du Grav… De nombreux artistes croates furent en outre en contact régulier avec des artistes à l’Ouest, et certains exposèrent même en France ou en Italie.

Faire table rase du passé

À l’aube des années 1960, un groupe appelé Gorgona prône une rupture avec le modèle du réalisme socialiste comme avec celui du modernisme. En faisant table rase du passé, ces artistes aspirent à un art « libéré de signification symbolique et psychologique ». Julije Knifer considère alors qu’on peut arriver à une forme d’« antipeinture » par une réduction du visuel, en répétant à l’infini un même motif de méandre noir d’une toile à l’autre. Mangelos parvient à une remise en cause de la peinture, sous la forme notamment de reproductions d’œuvres de toutes époques barrées ou entièrement recouvertes d’encre. Et Marijan Jevsova recouvre sa toile de couches de peintures successives jusqu’à l’obtention d’un monochrome gris sale. Leurs réflexions sur l’art les amènent à se libérer progressivement de l’objet pour se tourner vers de nouvelles pratiques artistiques comme la photographie, la vidéo et la performance, ce dont témoigne particulièrement bien l’exposition. L’espace urbain devint leur nouveau terrain de jeu.

Après avoir remis en question la place de la peinture et de la sculpture, la réflexion s’ouvre vers le rôle de l’artiste. Ainsi Goran Trbuljak demande en 1972 aux passants d’une rue animée de Zagreb de décider s’il peut se considérer comme artiste, ce que la majorité des votes lui permit de le faire. De la même manière, l’artiste présenta à plusieurs galeristes un bulletin où il était écrit « Voulez-vous exposer ce [mon] travail dans votre galerie ? 1. oui 2. non 3. peut-être », participant de fait à la dématéralisation de l’art, réduite à sa seule documentation.

Igor Grubić, East Side Story (vidéo), 2008 © Igor Grubić.

De nombreuses œuvres réunies au Carré d’art témoignent du contexte politique, social ou culturel dans lequel elles ont été réalisées. L’histoire de la Yougoslavie est évoquée dans la vidéo Personal Cuts, qui donne son titre à l’exposition : Sanja Iveković, face caméra, un bas noir sur la tête, découpe avec une paire de ciseaux morceau après morceau son masque, au fur et à mesure que sont diffusées de courtes séquences télévisuelles sur la Yougoslavie. Boris Cvjetanović photographie les graffitis soumis à la censure : les inscriptions indésirables, systématiquement recouvertes avec de la peinture, les rendant encore plus visibles dans l’espace public.

Enfin dans la vidéo East Side Story, Igor Grubić se base sur des événement qui ont eu lieu dans les rues de Belgrade et Zagreb en 2001 et 2002, lorsque des participants de la Gay Pride ont été soumis aux lynchage verbal et physique. Sur deux écrans sont projetées des images de violence saisies par la télévision, sur l’autre des danseurs exécutent des chorégraphies de gestes, imitant les attitudes des agresseurs et des agressés.

Jamais autrement que par le prisme de l’Europe de l’Est ou de la Yougoslavie la scène croate n’avait été envisagée. Avec ces artistes (dont David Maljković qui bénéficie d’une exposition en ce moment au Palais de Tokyo) et un minimum de textes, le Carré d’art parvient à éviter l’écueil d’une représentation exhaustive ou trop historique.

À lire : Personal Cuts :  Art à Zagreb de 1950 à nos jours, Branka Stipančić, 248 pages, environ 140 documents, 32 euros.

PERSONAL CUTS

17/10/2014 > 11/01/2015

Carré d’art – Musée d’art contemporain de Nîmes

NÎMES

L’exposition Personal Cuts rassemble les œuvres de quinze artistes et d’un groupe pour tracer une brève histoire personnelle des tenda...

Exposition terminée
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