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 À la Monnaie, l’usine à cauchemars de Paul McCarthy

Magali Lesauvage 24 octobre 2014

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Bénéficiant, grâce à une poignée d’intégristes réactionnaires dénués de tout sens de l’humour, d’une publicité que son auteur n’avait pas (ou en tout cas pas à ce point-là) prévue, l’exposition Chocolate Factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris joue sur l’ambivalence du désormais fameux motif du Tree, tout en livrant sa réaction à chaud, bouleversante, face à la dégradation de son œuvre. Joyeux Noël.

Paul McCarthy, Santa with Tree, 2014. Courtesy de l’artiste et galerie Haus & Wirth.

Une forêt d’« arbres » gonflables du même type que celui de la place Vendôme accueille le visiteur dans l’escalier monumental de la Monnaie de Paris. Puis une forte odeur le saisit à l’entrée de cette superbe architecture classique, dessinée par Antoine au XVIIIe siècle. « Un parfum de scandale », « un buzz programmé », diront les mauvaises langues. À moins que ça ne soit seulement des effluves de chocolat, que l’on produit ici par hectolitres, comme dans une vraie chocolaterie. D’abord alléchante, l’odeur devient très vite écœurante, au fur et à mesure que l’on pénètre dans les salles meublées d’étagères remplies à ras bord de statuettes en chocolat : pères Noël et « arbres ».

Pour cette première exposition d’art contemporain à la Monnaie, tout juste (en partie) rouverte, Chiara Parisi, directrice des programmes culturels, souhaite placer le lieu au centre de l’échiquier parisien. Un projet fort, dans lequel elle nie toute volonté de faire scandale : « Paul McCarthy n’est pas dans la provocation, il ne veut pas choquer, confie-t-elle au magazine Connaissance des arts. C’est un homme délicat, au langage sophistiqué, qui aime bousculer, susciter des réactions ».

L’artiste californien (dont nous dressions ici le portrait) développe depuis sept ans son usine à chocolats dans son atelier de Los Angeles. Satire ironique de la société de consommation et du divertissement frénétiques, du gaspillage rituel et de la surproduction (avec le père Noël comme porte-étendard), la Factory est une usine in situ, usine dans l’usine (la Monnaie est la première manufacture française, créée au IXe siècle !), où sous les yeux des visiteurs sont déclinées toutes les étapes du processus de fabrication, jusqu’à la boutique où l’on peut acheter ces œuvres « en nombre illimité » au prix de 50 euros (pas donné, mais le chocolat a été choisi par Guy Savoy himself, qui ouvre un restaurant à la Monnaie).

Une affiche griffonnée dans l’exposition Chocolate Factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris, 2014.

Outre le fait que l’on puisse voir dans cette production insensée de pères Noël une forme d’autoportrait infini de l’artiste à la figure bonhomme, Chocolate Factory évoque également la scatologie du Cloaca de Wim Delvoye, gigantesque machine à fabriquer de la merde. Avec 250 statuettes produites par jour qui viendront bientôt envahir les salles de la Monnaie, on est là face à une métaphore du malaise d’un système qui se gave, excrée et finalement s’autodigère dans un mouvement perpétuel stérile. À moins que, cinq siècles après Léonard de Vinci, n’y soit mis en œuvre le mythe de l’artiste entrepreneur et ingénieur, s’appropriant les lieux de la plus ancienne entreprise du monde. Suivant les propos de l’artiste sur « une approche fétichisante de l’objet Disney », on peut par ailleurs souligner la réflexion de McCarthy sur la sculpture minimale et la forme parfaite imposée par l’esthétique de l’entertainment : « Je veux que l’œuvre soit presque ridicule, déclare-t-il, qu’elle ne corresponde à rien ».

Il était prévu que cela s’arrête là. Or, comme on le sait, Paul McCarthy a été physiquement agressé la semaine dernière, et son œuvre Tree vandalisée. Une violence qui a inspiré à l’artiste une réaction directe, qu’il a souhaité intégrer à l’exposition. Saisissant des grandes feuilles de papier Canson, McCarthy s’est mis à retranscrire nerveusement les insultes qui lui avaient été adressées : « Fuck you, you are American », avec cette question lancinante et fondamentale : « Are you the artist?». Affichées aux murs de la Monnaie comme une psychose violemment expectorée (on songe aux majuscules tremblées de Philippe Vandenberg vues récemment à la Maison rouge), ces inscriptions par dizaines sont également visibles dans des vidéos projetées du sol au plafond, où l’on voit Paul McCarthy gratter le papier en grognant ces mots. Le crissement du feutre et la voix parcourue de râles forment la terrifiante bande-son de ce conte de Noël ayant viré au cauchemar. L’intervention de l’artiste, conçue à chaud, anime ainsi l’exposition d’une violente, mais salutaire, décharge d’électrochocs.

 

PAUL MCCARTHY

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