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Qui est Paul McCarthy, l’auteur de la sculpture de la place Vendôme ?

Magali Lesauvage 20 octobre 2014

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Après l’agression physique qu’a subie Paul McCarthy et le vandalisme de son œuvre Tree, l’artiste américain a choisi de ne pas réinstaller sa sculpture en forme de plug anal, érigée place Vendôme à l’occasion de la FIAC. Une défaite pour la liberté d’expression qui révèle bien plus « la saleté profonde de ceux qui en sont choqués » que la malveillance de son créateur. Mais qui est cet artiste de 69 ans ? Portrait d’un artiste pas sage.

Portrait de Paul McCarthy par Gérard Rancinan, 2002.

Professeur pendant vingt ans à UCLA, Paul McCarthy a influencé des dizaines d’artistes. Né à Salt Lake City en 1945, il fait partie de cette génération « West Coast » (avec notamment son comparse Mike Kelley exposé récemment au Centre Pompidou), qui a ouvert à partir des années 1970 l’art à la contestation par l’humour, le grotesque, la farce cruelle. Basé sur le corps – comme signifiant politique, objet de coercition et exutoire exsudant –, l’œuvre de McCarthy consiste essentiellement en performances, souvent filmées, où il met en scène des individus confrontés à la nudité, à une sexualité agressive et à leur détermination matérielle : liquides symbolisant le sang, les excréments et autres fluides corporels amalgament les corps et les emprisonnent dans la pesanteur, version hard des « pinceaux vivants » d’Yves Klein.

Ainsi dans la vidéo Sauce (1974), l’artiste se montre dans un rapport très intime avec une bouteille de ketchup Heinz, symbole du consumérisme américain. Certaines performances voient le public quitter massivement les lieux, comme Class Fool en 1976 à l’université de San Diego, qui le voit ingérer des litres de ketchup et se précipiter sur les murs d’une salle de classe, avant de tomber dans son vomi et s’insérer une Barbie dans le rectum…

On frôle souvent le film d’horreur de série B dans ces vidéos trash à l’image low-fi, dénonçant la terreur d’une société américaine hypocrite annihilant les individus (McCarthy échappe de peu à l’enrôlement dans la guerre du Vietnam), trempant volontiers dans diverses « humeurs » des figurines de Walt Disney ou de comics aux sourires inquiétants. Ces caricatures terrifiantes se retrouvent dans Painter (1995), où l’artiste réitère avec un grand sens du tragique son attention à la peinture et à son impossibilité, répétant « I can’t, I can’t » tout en déversant des litres de couleur brune sur le mur, tel un enfant obsédé par ses excrétions.

Paul McCarthy, Complex Shit, 2008, Bern, Zentrum Paul Klee.

Ça n’est que relativement récemment, depuis les années 2000, que Paul McCarthy réalise ces monumentales sculptures gonflables, prolongement soft et dans l’espace public des performances des années 1970, avec toujours cette même obsession pour les substances excrémentielles, mêlée à un retour à l’enfance (stade anal) et à un jeu sur l’abstraction de la forme et de l’informe. Ainsi un tas d’étrons géants, Complex Shit, est installé sur la pelouse du Zentrum Paul Klee de Bern en 2008 (avant que la sculpture de 20 mètres de long ne se dégonfle et blesse un spectateur). En 2012, l’artiste crée un mini-scandale avec une sculpture en chocolat représentant George W. Bush à l’arrière d’un porc…

Un certain nombre d’œuvres ont pour thème l’iconographie de Noël, avec notamment des Santa Claus tenant en main un sapin à la forme ambigüe, ces Trees dans lesquels l’artiste reconnaît s’être inspiré de la forme du sex toy, « au départ à partir d’une blague ». À suivre, l’exposition Chocolate Factory qui ouvre le 25 octobre à la Monnaie de Paris, et qui s’annonce déjà comme un drôle de marché de Noël (lire notre visite de l’exposition à la Monnaie).

 

PAUL MCCARTHY

25/10/2014 > 04/01/2015

Monnaie de Paris

PARIS

La Monnaie de Paris, à l'occasion de sa réouverture, présente "Chocolate Factory" de Paul McCarthy, sous le commissariat de China Parisi,...

Exposition terminée
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