Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Histoires belges au Tripostal de Lille

Pascal Bernard 14 octobre 2014

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Après les invitations faites à François Pinault, Charles Saatchi, au CNAP et à Emmanuel Perrotin, le Tripostal à Lille convie dix-huit collectionneurs flamands à présenter une sélection de leurs œuvres. Où il est question, notamment, de femmes, d’Amérique et de miroirs.

Wim Delvoye, Trophy, 1999 © Photo : Maxime Dufour.

La maman et la putain

C’est l’histoire d’un belge ou plutôt de dix-huit belges, collectionneurs passionnés, réunis par Caroline David, commissaire de l’exposition, et les équipes de Lille3000 au Tripostal. Cent-quarante pièces (photographies, peintures, installations, sculptures, vidéos…) triées sur le volet. Deux grands parcours : l’un consacré à la figure féminine, l’autre à l’American way of life rêvée ou cauchemardée. On pourrait emprunter à Jean Eustache le titre de l’un de ses films, La Maman et la putain, pour éclairer la première partie de l’exposition. En effet on y croise la figure de la mère, transformée en araignée par Louise Bourgeois ou photographiée avec son nouveau-né par Rineke Dijkstra, mais aussi celle de la prostituée grâce à Anselm Kiefer et sa Phryné, célèbre hétaïre pétrifiée en statue-colonne par l’artiste allemand.

Quels meilleurs modèles que les icônes de la pop culture ? À voir, en vrac : le photographe Yasumasa Morimura grimé en Scarlett O’Hara, une image de Marilyn Monroe lacérée par Mimmo Rotella, Madonna photographiée par Bettina Rheims, ou encore un sosie d’Elizabeth Taylor chez le sulfureux Paul McCarthy (qui exposera bientôt à la Monnaie de Paris). La femme comme modèle, mais aussi comme artiste, avec un beau panorama de la scène artistique : Annette Messager, Francesca Woodman, Ann Veronica Janssens… La représentation du couple y fait aussi une apparition remarquée : couples d’adolescents s’embrassant chez Ed Templeton, acteurs porno au repos chez Larry Sultan, et même cerfs copulant de manière très « humaine » par Wim Delvoye. De manière plus sensible, Thomas Ruff et Jacques Verduyn ont choisi leurs compagnes comme modèles.

God Less America

Puis direction l’Amérique. Mark Flood se demande ce qu’il arriverait si on enlevait une lettre au slogan des Etats-Unis, « God bless America » : Dieu moins l’Amérique (God less America), l’Amérique sans Dieu (godless America) ? Un présage de mauvais augure, à l’image d’une partie des œuvres très politiques réunies au deuxième étage du Tripostal. Clou de la section, les photos et la vidéo de la fameuse performance I like America and America likes me de Joseph Beuys, lors de laquelle l’artiste s’était enfermé pendant trois jours avec un coyote dans une galerie new-yorkaise pour protester contre l’engagement militaire des États-Unis au Vietnam. Sam Durant s’élève quant à lui contre la torture pratiquée à Guantanamo en reproduisant les conditions de détention des prisonniers, aveuglés par la lumière et assourdis par une playlist pop à souhait diffusée à plein volume, tandis que Matthew Day Jackson présente la radiographie complète d’un corps troué par les balles, pas loin d’un modèle de siège de bombardier d’Hiroshima et Nagasaki.

Vue de l’expositions Passions secrètes au Tripostal de Lille, avec des œuvres de Mark Flood et Matthew Day Jackson © Photo : Maxime Dufour.

Au-delà des visions politiques de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui, l’exposition Passions secrètes offre un beau panorama de la scène américaine des années 1970 à nos jours grâce à la présence d’artistes reconnus, comme Carl Andre ou Mike Kelley, ou plus jeunes tels Brendan Lynch ou Jacob Kassay, âgés d’à peine trente ans. Les artistes belges sont eux aussi bien représentés, et occupent environ un tiers de l’exposition : Jan Fabre, Michaël Borremans (récemment exposé à Bozar face à Zurbarán), Michel François ou Berlinde de Bruyckere, ainsi que des talents émergents comme Ruben Bellinkx et Matthieu Rousse.

Miroir, mon beau miroir

À l’image des miroirs disséminés à tous les niveaux (par Robert Barry, Daniel Buren, Olafur Eliasson, Dan Graham, Ann Veronica Janssens ou Michelangelo Pistoletto), les œuvres réunies reflètent en creux le portrait des collectionneurs, restés anonymes. L’exposition révèle leur passion, loin d’une démarche spéculative ou des effets de mode, et offre de bonnes surprises, Caroline David ayant consacré plusieurs focus à des artistes collectionnés par plusieurs d’entre eux : Panamarenko, Thomas Schütte, Elmgreen & Dragset…

Il y a quelques mois, Antoine de Galbert, fondateur de la Maison Rouge, confiait à exponaute : « Une œuvre vous appelle car c’est une part de vous-même, une appropriation, une forme d’autoportrait. On aime une œuvre parce qu’on aurait aimé la faire ». À la demande du Tripostal, Gautier Deblonde a photographié les intérieurs de ces dix-huit collectionneurs, dévoilant plus explicitement leurs passions secrètes *.

* La série complète est exposée à la Caisse d’Épargne Nord France Europe à Lille jusqu’au 4 janvier.

 

PASSIONS SECRÈTES

11/10/2014 > 04/01/2015

Tripostal

LILLE

Nulle part on ne trouve autant de collectionneurs d’art contemporain qu’en Belgique. Dans un petit coin de Flandres autour de Courtrai (...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE