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Au Plateau, les rêves solides d’Aurélien Froment

Magali Lesauvage 13 octobre 2014

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Au Plateau/FRAC Ile-de-France, Aurélien Froment propose deux expositions en une seule, où le noir mystérieux de l’une fait contrepoint à la blanche netteté de l’autre. Visite contrastée et rencontre avec deux personnages qui obsèdent l’artiste : le facteur Cheval et Friedrich Fröbel.

 Aurélien Froment, Tombeau idéal de Ferdinand Cheval (détail), 2014. Courtoisie de l’artiste, Marcelle Alix, Paris et Motive Gallery, Bruxelles.

Seul face aux images

Aurélien Froment est un artiste de marottes. Depuis des années, il s’intéresse à deux personnages aux destins fort différents, qu’il a souhaité réunir dans son exposition au Plateau, la première dans une institution francilienne pour cet artiste de trente-huit ans. Son titre, Montage des attractions, résume bien ce goût ambivalent. L’espace tortueux du centre d’art est donc scindé en deux, avec deux entrées possibles, pour deux récits différents : on préfèrera, pour un effet plus spectaculaire, commencer par la plus sombre des deux, celle qui nous entraîne dans les noires entrailles du Tombeau idéal de Ferdinand Cheval.

« Se retrouver seul face à ces images », telle est l’intention déclarée par Aurélien Froment, qui a bâti dans ces salles généralement sans grand effet un labyrinthe d’apparitions blanches sur fond noir. Parti dans la Drôme photographier le fameux Palais du facteur Cheval bâti pierre à pierre pendant trente ans, de 1879 à 1912, Froment expose ici en pièces détachées un mausolée, « tombeau idéal » de ce monument à la nature, « Palais » qui en réalité échappe lui-même à l’appréhension du spectateur. L’architecture organique, totale et unifiée est saisie par ses détails, photographiés face à un grand drap noir, dans une esthétique amateure qui évoque celle des studios mobiles du XIXe siècle. « Ce relevé photographique est destiné à rester incomplet, nous explique l’artiste. C’est au spectateur de reconstituer mentalement les vides, comme dans un rêve ».

De la première pierre en forme de vague japonaise à une vue nocturne de l’ensemble de l’édifice, l’échelle disparaît : la sculpture devient architecture, et l’architecture objet idéal. « La seule dimension ici, c’est la nôtre », précise Aurélien Froment. Ces concrétions, totems et structures portantes qui semblaient se métamorphoser les unes dans les autres, deviennent, isolés par le photographe, des pièces de musée. Le rêve se solidifie sous nos yeux.

Beauté inconsciente

Aurélien Froment, Fröbel fröbelé (détail), 2013. Courtoisie de l’artiste, Marcelle Alix, Paris et Motive Gallery, Bruxelles.

Du solide, c’est ce qui nous attend dans la seconde exposition d’Aurélien Froment au Plateau. Après le délire créatif du facteur Cheval, c’est l’univers rigoureux d’un pédagogue allemand du XIXe siècle, Friedrich Fröbel, qui est déployé sur des tables à motif de grilles, tels des paillasses de laboratoire. Dans une clarté aveuglante, mais autour d’un propos assez obscur, Aurélien Froment expose les théories de ce chercheur : le jeu y est considéré comme l’outil d’apprentissage privilégié des perceptions et des sensations, avec comme forme motrice la sphère.

Fasciné par la beauté idéale de ces jeux éducatifs aux formes géométriques, à l’opposé des stalactites étranges du facteur Cheval, Aurélien Froment les a reproduits à l’identique. Familières, ces formes idéales ainsi exposées tels des spécimens deviennent obscures. Une opacité paradoxale que renforcent leurs intitulés : « Forme de beauté du cinquième don », « Forme matérielle du huitième don », « Forme de la nature du sixième don ». Ainsi, un peu à la manière des surréalistes qui trouvaient dans les graffitis ou les bernard-l’hermite une flagrante force visuelle, l’artiste rend aux objets, en les isolant, leur beauté inconsciente.

 

AURÉLIEN FROMENT

02/10/2014 > 07/12/2014

Frac Ile-de-France / Le plateau

PARIS

Le frac île-de-france présente au plateau : Fröbel fröbelé, 1836-1852 : Les jeux éducatifs du Kindergarten de Friedrich Fröbel. Tout...

Exposition terminée
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