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Latifa Echakhch, prix Marcel Duchamp 2013 : « Donner un peu plus de moi-même »

Magali Lesauvage 8 octobre 2014

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Célébrant le prix Marcel Duchamp reçu en 2013, Latifa Echakhch a conçu pour l’Espace 315 du Centre Pompidou une œuvre entre ténèbres et lumière, à la fois légère et pesante, comme ces souvenirs d’enfance qui font autant sourire qu’ils serrent le cœur. Heureuse dans cette étape importante de sa carrière et de sa vie, généreuse malgré la pudeur, l’artiste de quarante ans tout ronds nous guide dans son installation, L’Air du temps, qu’elle a voulue comme une manière de « rendre un peu de ce qui lui a été donné ».

Vue de l’exposition Latifa Echakhch, L’Air du temps – Prix Marcel Duchamp 2013, Centre Pompidou, Paris, 2014. Courtesy de l’artiste et des galeries Dvir, Tel Aviv, Kaufmann Repetto, Milan, kamel mennour, Paris, Eva Presenhuber, Zurich

[exponaute] Comment avez-vous conçu cette installation pour l’Espace 315 du Centre Pompidou ?

[Latifa Echakhch] L’œuvre a vraiment été conçue pour et à partir de cet espace, mais aussi à partir d’une histoire particulière. Cette salle en longueur, avec ses lignes de fuite, est parfaite pour réaliser quelque chose qui soit de l’ordre du paysage, de la déambulation. Je ne voulais pas mettre des cloisons, accrocher des objets aux murs. J’ai beaucoup travaillé ces derniers temps sur les notions de scène, de décor, d’après spectacle, de lieu désœuvré, d’abandon. Ici c’est un peu la même chose : on ne sait pas si l’événement n’a pas encore eu lieu, ou doit avoir lieu.

Vous parlez d’un espace « désœuvré », au sens de « sans œuvre » ?

Le vide total n’existe pas. L’idée de désœuvrement est plutôt existentielle, politique, comme celle que Jean-Luc Nancy évoque dans La Communauté désœuvrée. C’est aussi elle que l’on voit dans la Melencolia de Dürer : le personnage a à ses pieds des outils, une pierre bizarre, tout ce qu’il faut pour créer, et pourtant il reste là, sans rien faire. Le désœuvrement, ça n’est pas forcément qu’on ne peut pas faire œuvre, mais que le sens, l’énergie, l’impulsion ne sont pas là à ce moment-là.

Le « paysage » que l’on a sous les yeux en entrant dans l’exposition se compose de nuages noirs et plats, suspendus au ras du sol, comme porteurs de menace. Il y a une vraie temporalité dans l’œuvre : au fur et à mesure de la déambulation, on se rend compte que leur verso est lumineux, « couleur de nuage », et une fois arrivés au bout de la salle, on se retourne pour découvrir une lumière éclatante, une grande éclaircie, comme une apothéose. Que représentent ces nuages ?

Pour mon exposition à la galerie Kamel Mennour cette année, j’ai travaillé avec des décorateurs de théâtre qui ont réalisé un rideau peint d’un ciel de nuages. C’est une image très cliché, basique. Pour l’Espace 315, je leur ai demandé encore des nuages, mais cette fois-ci identiques à ceux que l’on voit suspendus dans les mises en scène à l’ancienne : des formes découpées dans le bois, consolidées par un châssis à l’arrière, peintes d’un noir particulier, profond et très mat. Sauf qu’au lieu de les placer en hauteur, je les ai fait descendre au ras du sol, toujours dans cette idée de créer un paysage.

On arrive sur cette « scène » par l’envers du décor. Au pied de ces nuages, des objets sont posés, en partie recouverts d’encre, comme des offrandes. Quels sont-ils ?

Ce que l’on voit d’abord est très matériel, âpre : les châssis, les câbles sont visibles. Et devant eux, des objets sont déposés, partiellement peints. J’ai voulu revenir à la source de mon intérêt pour l’art, par des objets d’enfance que j’ai essayé de retrouver plus ou moins à l’identique, un peu comme des souvenirs. Je n’ai rien gardé de cette période. Ça a donc été un véritable jeu de piste, souvent très émouvant : je suis la seule à savoir ce que représentent ces objets pour moi. Et en même temps quand je les regarde, je me dis : « C’est seulement ça… ». C’est ce sentiment du « c’est juste ça » que je voulais montrer : même si ce ne sont pas les originaux, ils ont une certaine aura, comme des objets-images, mais sont finalement peu de choses. Je ne suis pas fétichiste, pourtant j’ai la même sensation d’évasion, quand je regarde ce petit paysage chinois ciselé en bois, que celle que j’avais quand j’étais petite.

Latifa Echakhch, Encrage (L’air du temps), 2014 © photo : Fabrice Seixas.

Ce sont ces objets qui vous ont éveillée à l’art ?

Disons plutôt qu’ils m’ont marquée : le puzzle qui est comme un paysage en mille morceaux, les cristaux de lustre que je prenais pour des diamants, les serpentins de fête, les roses des sables aux formes incroyables et au nom mystérieux, ces fleurs en plastique qui ornaient le studio du photographe local et que l’on retrouve dans toutes les photos de famille ! Il y a aussi les disques de Bach qui appartenaient à mon père, qui est décédé quand j’avais une vingtaine d’années, et dont nous n’avons malheureusement rien gardé. Ou cette « lampe Vallauris » très kitsch, une grande moule en céramique avec des poissons dedans, que je ne pensais jamais retrouver : je l’ai retrouvée ! C’est un retour vers une zone plus intime, alors que je n’ai pas l’habitude de me dévoiler ! Mais en réalité je me rends compte que c’est le cas dans toutes mes œuvres…

On retrouve dans ces objets à moitié plongés dans le noir, comme surgissant du néant, la sensation que provoquent vos Fantômes, ces objets qui appellent le souvenir d’une personne.

Il y a un rapport à ça, même si ici on est plutôt en train de tirer le rideau sur ces objets, que de les découvrir. Ça évoque aussi le talon d’Achille, dont l’histoire m’a perturbée quand j’étais enfant : comment est-on arrivé à le tenir par le talon, pourquoi pas par la main ? Pourquoi ne l’a-t-on pas plongé en entier ? Tous ces éléments font que ces gestes deviennent logiques. Il y a là beaucoup d’intuition, et même si je suis plutôt cérébrale, je n’ai pas trop envie de théoriser là-dessus.

L’exposition a pour titre L’Air du temps : évoque-t-il le temps qui passe, le temps qu’il fait, les modes ?

J’aime beaucoup cette expression, et surtout ce parfum, L’Air du temps. J’avais l’échantillon quand j’étais gamine, et je me disais « Quand je serai une femme, je porterai ce parfum » – or je suis devenue femme et je ne le porte pas, car il est trop fort ! Mais cette odeur c’était pour moi la projection de l’être femme adulte. « L’air du temps », c’est aussi l’air qu’on respire, les ambiances, notamment politiques. Ce parfum a été créé après-guerre, dans un mouvement de renouveau après la torpeur, son odeur très forte et fleurie représente le dynamisme de cette période. En même temps, parfumer des ruines ne permet pas de les masquer totalement… La célèbre bouteille du parfum de Nina Ricci, remplie d’encre noire, clôt le parcours.

Qu’a signifié pour vous l’obtention du prix Marcel Duchamp ?

J’ai été assez surprise, car je n’étais pas nécessairement favorite. Je ne souffre pas d’un manque de reconnaissance, mais cela a été très touchant de recevoir le prix de la part de la France. Je suis née au Maroc, je vis en Suisse depuis quelques années, mais j’ai passé une grande partie de ma vie ici. Par ailleurs, je viens juste d’avoir quarante ans (c’est un âge important !), et le Centre Pompidou, qui a été pensé dans un rapport au populaire, est assez emblématique, tout comme ce prix… Et puis la première chose à laquelle j’ai pensé ensuite, fut : que faire pour cet Espace 315 ? Les collectionneurs [le prix Marcel Duchamp est décerné par l’Adiaf, association de collectionneurs, ndlr] m’ont donné une distinction et un lieu, et j’ai eu le sentiment qu’il fallait que je leur rende quelque chose, à travers ces objets. Ça doit être mon côté marocain : on me donne quelque chose, je pense tout de suite au retour que je dois faire ! Je voulais donc faire une œuvre environnementale, qui donne des choses à voir, et donner un peu plus de moi-même.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

LATIFA ECHAKHCH

08/10/2014 > 26/01/2015

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Depuis plus de dix ans, le Centre Pompidou accueille chaque année les lauréats des Prix Marcel Duchamp pour une exposition personnelle et ...

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