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Les Borgia, une famille formidable

Pascal Bernard 24 septembre 2014

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Le musée Maillol consacre une exposition au temps des Borgia et entend montrer, sans y parvenir vraiment, le « véritable visage » de la famille, loin de la réputation sulfureuse entretenue depuis plusieurs siècles par la littérature, le cinéma et aujourd’hui la télévision.

Altobello Melone, Portrait de gentilhomme (César Borgia ?), 1513, Bergame, Accademia Carrara di Bergamo © Archivio fotografi co Accademia Carrara.

Le parcours se construit autour de trois figures : Rodrigo Borgia, élu pape en 1492 sous le nom d’Alexandre VI, et deux de ses enfants, César et Lucrèce. L’exposition s’arrête longuement sur le riche contexte politique, religieux, scientifique et artistique, par une succession de notices et une galerie de portraits présentant les personnages majeurs du temps des Borgia : le roi de France Charles VIII, Laurent de Médicis dit « le Magnifique », Martin Luther… Les années 1490, qui voient l’accession au pouvoir de Rodrigo Borgia, sont marquées par des bouleversements sociaux et politiques profonds : Christophe Colomb découvre le Nouveau monde, la péninsule italienne est menacée d’un côté par la France et de l’autre par les musulmans turcs, et l’Église catholique est vivement critiquée. À la manière d’un livre d’histoire, les œuvres exposées dans la première moitié de l’exposition ne servent qu’à illustrer ce propos.

Le musée Maillol ambitionne de montrer aux visiteurs « le véritable visage » des Borgia grâce aux portraits des différents protagonistes, mais se confronte à la rareté, pour ne pas dire l’absence de représentations authentifiées. Ainsi, à l’exception de ceux de Calixte III et Alexandre VI, tous les portraits de la famille Borgia sont présumés avec plus ou moins de certitude, et les points d’interrogation se multiplient : Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) par Altobello Melone, Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) par Luca Longhi…

Rodrigo, le mécène

Mettant de côté la réputation sulfureuse des Borgia, sans l’infirmer ni la confirmer, l’exposition révèle une part moins connue de leur histoire : le mécénat. Plus précisément celui de Rodrigo Borgia, comme le rappelle le beau catalogue publié chez Gallimard : l’historienne d’art Barbara Briganti y affirme qu’« il ne reste pas de traces, dans les arts visuels, du mécénat de Lucrèce », quant à César « il ne nous a laissé aucune marque visible d’un quelconque intérêt pour les arts ».

Bernardino di Betto, dit Pinturicchio, L’enfant Jésus « aux mains», 1492-1493, Pérouse, Fondazione Gugliemo Giordano © Fondazione Guglielmo Giordano.

Rodrigo/Alexandre VI confie la réalisation du décor de ses appartements au Vatican à Bernardino di Betto, dit Pinturicchio. L’élève du Pérugin (peintre auquel le musée Jacquemart-André consacre une exposition) conçoit entre 1492 et 1494 un vaste programme iconographique, racontant l’histoire civile, religieuse et profane de son temps. L’artiste peint sous les traits de certains de ses personnages l’entourage des Borgia, révélant les seuls portraits connus de Lucrèce notamment, représentée en sainte Catherine. Les fresques sont évoquées dans l’exposition par un superbe fragment d’une Vierge à l’enfant (figurée, selon la légende, sous les traits de Giulia Farnèse), détachée au milieu du XVIIe siècle. Le règne de Rodrigo Borgia marque également d’autres grandes réalisations : plafond de la nef de l’église Santa Maria Maggiore doré avec de l’or provenant du Nouveau Monde, autel de l’église Santa Maria del Popolo par Andrea Bregno, décors par Filippino Lippi de la chapelle Carafa dans l’église Santa Maria Sopra Minerva, ainsi que de grands travaux d’urbanisme et d’aménagement de Rome.

Cette période coïncide avec l’émergence ou le développement d’écoles de peinture dans les principaux états pontificaux : Venise, Ferrare, Mantoue, Florence… Pour les évoquer, l’exposition réunit quelques chefs-d’œuvre des plus grands peintres du tournant du XVIe siècle : Andrea Mantegna avec Saint Georges, Giovanni Bellini, Andrea del Verrochio, Luca Signorelli… Véritable clou de l’expo : une présumée étude préparatoire de Michel-Ange pour la Piéta du Vatican !

Incarner les vices

Bien qu’important, le mécénat artistique du pape Alexandre VI paraît dérisoire à côté de l’action menée par son successeur Jules II, qui lui succède au pouvoir de 1503 à 1513, et qui s’entoura de Michel-Ange, Bramante ou Raphaël. De fait, les Borgia se sont mieux illustrés dans l’art de la guerre que dans celui de la commande artistique. Preuve en est, s’il en faut : la relation de César avec Léonard de Vinci, qui fut engagé comme « conseiller pour les armes et les fortifications dans les états pontificaux », et dont seul le génie militaire fut exploité…

Si l’exposition du musée Maillol parvient difficilement à montrer le véritable visage des Borgia, en raison notamment de la quasi absence de portraits authentiques, elle propose une belle évocation de l’art et de la société italienne de la fin du XVe siècle — en deçà pourtant de la puissance visuelle des images de la série de Canal+, évoquée en fin de parcours. L’intention de dédiaboliser Rodrigo, César ou Lucrèce, incarnations de tous les vices dans l’imaginaire collectif, est louable, mais on retiendra surtout la qualité des œuvres et objets réunis.

À lire : Ouvrage collectif, Les Borgia et leur temps, Paris, coédition Musée Maillol/Gallimard, 2014. 192 pages, 120 illustrations, 35 euros.

LES BORGIA ET LEUR TEMPS

17/09/2014 > 15/02/2015

Musée Maillol – Fondation Dina Vierny

PARIS

La famille Borgia doit sa célébrité à ses hommes d’État, à ses papes et à ses personnalités hors du commun.

Leur sulf...

Exposition terminée
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