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Jean Fautrier, artiste de l’insaisissable

Pascal Bernard 17 septembre 2014

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À l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Jean Fautrier, le musée du Domaine départemental de Sceaux met en lumière la diversité des techniques graphiques employées par l’artiste à partir d’un ensemble unique d’œuvres offertes au musée en 1964. Visite.

Jean Fautrier, eau-forte pour L’Alleluiah, catéchisme de Dianus de Georges Bataille, 1941 © DR.

Au cours de sa carrière, Jean Fautrier illustra plusieurs œuvres littéraires, de Paul Eluard, Robert Ganzo ou Jean Paulhan, pour ne citer qu’eux. Le château de Sceaux accueille jusqu’en décembre dessins originaux, eaux-fortes et lithographies réalisés par l’artiste pour illustrer deux ouvrages de Georges Bataille publiés dans les années 1940 : Madame Edwarda et L’Alleluiah, catéchisme de Dianus. L’artiste conçut dans ce cadre des dessins aux allures de miniatures et à la ligne claire, évoquant la calligraphie ancienne en pleins et déliés. Se déploient sur le papier des scènes sulfureuses, explicitement érotiques, mettant en scène dans des positions audacieuses hommes ithyphalliques et femmes aux poitrines généreuses, qui témoignent de la fascination de Jean Fautrier pour le corps humain et pour l’art de la préhistoire.

Le petit château offre une vision d’ensemble de l’œuvre de Jean Fautrier, depuis sa formation académique à Londres jusqu’à son expérience des « originaux multiples » dans les années 1950. Né en 1898, mort en 1964, Jean Fautrier est rattaché au courant de l’« art informel », bien qu’il se soit toujours tenu en retrait de la scène artistique. Sa carrière se divise en deux périodes : l’une explicitement figurative, l’autre tendant vers une abstraction qui recèle encore des traces peu discernables du réel. L’exposition met en lumière la diversité des techniques employées par l’artiste : dessins à la sanguine, à l’encre, au crayon, à la gouache ou au pastel, lithographies rehaussées de fusain, eaux-fortes, lithographies, peintures. Elle témoigne de l’extrême liberté qui sous-tend son art, à travers un ensemble d’œuvres clés : nus féminins, paysages de montagnes, compositions et Otages.

Peindre en temps de guerre

Entamée en 1943, la série des Otages, emprunte de violence, entend dénoncer la barbarie humaine. Elle est inspirée à Fautrier par l’exécution régulière de résistants par les Allemands, à proximité du domaine de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry où il s’est réfugié pour échapper à la Gestapo. « Comment se comporter face à l’idée des otages ? », demandait Francis Ponge. Comment peindre en temps de guerre ? Jean Fautrier renonce à une approche uniquement figurative et se concentre sur la figure humaine, affirmant  que « ce n’est pas au moment où les têtes tombent qu’il faut peindre des pommes ». Jean Fautrier déforme les corps, les visages sont réduits à l’essentiel : un contour pour le crâne, une ligne pour le nez, trois ronds pour la bouche et les yeux. Il s’octroie une liberté de plus en plus grande, faisant progressivement disparaître tout élément discernable.

Jean Fautrier agit de même pour le nu féminin, qui traverse son art. L’exposition montre les évolutions dans la représentation du corps : des nus dessinés à partir de modèles vivants dont le modelé est traité en clair-obscur au début des années 1920, des nus simplifiées sous l’influence de sa découverte des arts premiers et de la préhistoire (la Vénus de Lespugue est mise au jour en 1922), des nus réduits à quelques lignes pour l’illustration des ouvrages de Georges Bataille vingt ans plus tard.

Le processus de simplification est plus clair encore dans sa peinture, qu’il pratique en parallèle, comme en atteste le tableau La Jeune Fille réalisé en 1942. Jean Fautrier adopte une nouvelle technique, privilégiant la matérialité de la peinture, appliquée sur une épaisseur de colle et de papiers. Ainsi l’exposition témoigne-t-elle de l’extrême richesse d’une œuvre qui ne saurait être réduite à un art informel, en mettant en lumière sans prétention les différentes techniques graphiques employées.

Article sponsorisé. 

JEAN FAUTRIER

12/09/2014 > 14/12/2014

Musée du Domaine départemental de Sceaux

SCEAUX

A l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Jean Fautrier (1898-1964), le musée du Domaine départemental de Sceaux présente une cent...

Exposition terminée
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