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Niki de Saint Phalle, une vie d’artiste (épisode 1) : la jeunesse avant l’art

Magali Lesauvage 15 septembre 2014

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Cet automne le Grand Palais met à l’honneur l’une des grandes héroïnes de l’art du XXe siècle, Niki de Saint Phalle. Sa vie, dont Pierre Restany déclara qu’elle était « un roman du merveilleux moderne », en dit beaucoup sur son œuvre, de l’enfance dorée mais brutale, aux projets pharaoniques des dernières années. Ce que démontre brillamment l’historienne de l’art Catherine Francblin, spécialiste des Nouveau Réalistes, dans une biographie de l’artiste parue aux éditions Hazan. Nous vous en livrons les principales étapes tout au long de l’exposition. Premier épisode : Niki avant Niki, la jeunesse avant l’art.

Niki de Saint Phalle © DR.

Une enfance chic et choc

« J’ai décidé très tôt d’être une héroïne » : la jeune Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle (sa mère fera changer son prénom en Niki quelques années plus tard) naît à Neuilly-sur-Seine en 1930 dans une famille très privilégiée. Du côté du père, les Saint Phalle sont l’une des plus anciennes familles de la noblesse française, très fortunée. Une lignée de chevaliers précède Niki, qui elle-même se considérera comme une vraie guerrière à l’armure bien épaisse. Elle affichera cependant une certain mépris pour cet héritage prestigieux (et le nom Phalle évoquant immanquablement le phallus et la domination masculine), et passera sa vie à combattre une éducation ultra-rigide : « Dans ma famille, ils sont si fiers de descendre des croisés !, déclare la rebelle. Il n’y a pourtant pas de quoi en faire un foin ».

À la fois française et américaine (son grand-père maternel se nomme Harper), elle part rejoindre ses parents à New York à l’âge de trois ans, alors que la famille subit de plein fouet la crise de 1929. La petite Niki grandit dans les quartiers huppés de l’Upper East Side (pour l’anecdote, sa gouvernante française s’appelle Nana). Toujours elle aura la sensation de ne pas avoir été la bienvenue : son père est peu présent, sa mère est très dure. Un climat d’extrême violence règne : madame de Saint Phalle frappe ses enfants au visage avec une brosse à cheveux, et exerce sur eux un contrôle absolu. Une enfance d’autant plus difficile que les parents prêchent une morale qu’ils transgressent (le père André est un mari infidèle, la mère une véritable tortionnaire), et qui laissera de sérieuses marques sur leur vie d’adulte : deux des frères et sœurs de Niki se suicideront, elle, l’aînée, connaîtra de sérieux problèmes psychiatriques.

Point d’orgue de ce passé traumatique, l’épisode, sur lequel Niki reviendra à plusieurs reprises, lors duquel son père abuse d’elle, à l’âge de onze ans. Un viol qu’elle refoule immédiatement dans sa conscience, jusqu’à une violente crise de folie à l’âge de vingt-trois ans, alors que mariée et déjà mère, elle doit être internée. Réussissant miraculeusement à s’en sortir, elle décide de faire de sa vie une épopée, détruisant cet héritage de pseudo-chevaliers pour bâtir une histoire de femmes : « Je voulais le monde, écrira-t-elle, et à cette époque, il appartenait aux hommes ».

Très jolie, avec son front haut et son regard lunaire de princesse symboliste, Niki de Saint Phalle débute une courte carrière de mannequin à la fin des années 1940, et fait la couverture de Vogue ou Harper’s Bazaar. Elle se révoltera plus tard contre ce statut de femme-objet, tout en gardant un certain goût pour la mode et en appréciant les tenues extravagantes.

Épouse avant d’être artiste

Début 1950, âgée de tout juste dix-neuf ans, Niki de Saint Phalle épouse un jeune Américain, Harry Mathews, aspirant compositeur et écrivain. Fuyant l’atmosphère raciste et anti-communiste des États-Unis, et grâce à l’argent de leurs parents, ils s’installent à Paris, alors encore capitale des arts, en 1952. Ensemble, ils vivent la bohème confortable : elle veut devenir comédienne, ils fréquentent le Saint-Germain-des-Prés littéraire, ils vivent chacun des aventures extra-conjugales, varient les résidences, de Majorque aux Alpes en passant par le Sud de la France. Deux enfants naissent, en 1953 et 1955, dont Niki ne s’occupe pas beaucoup. Lorsqu’elle se sépare de Harry en 1956, elle les laisse à leur père, affirmant a posteriori avoir préféré laisser sa famille que la « dévorer » de frustration comme l’a fait sa mère.

C’est en 1956, en effet, que la jeune femme fait la rencontre la plus décisive de sa vie, celle de Jean Tinguely, alors âgé de trente-et-un ans. Elle fait sa connaissance impasse Ronsin, passage vétuste du quartier Montparnasse où vivent de nombreux artistes, alors que le sculpteur suisse bénéficie déjà d’une renommée internationale. Entre temps, Niki connaît de graves souffrances psychiques et physiques. Elle accumule des objets tranchants et connaît de graves crises d’angoisses, avant de devoir être internée en 1953 pendant six semaines à Nice, où elle subit des électrochocs. C’est à la clinique que la jeune patiente réalise ses premiers collages. Niki peint frénétiquement : sa pratique artistique est une véritable thérapie. C’est là, puis avec l’aide de Jean, que la jeune femme prend la résolution de devenir artiste, indépendante et libre.

À suivre : Niki de Saint Phalle, des Tirs aux Nanas.

À lire : Catherine Francblin, Niki de Saint Phalle – La révolte à l’œuvre, Paris, Hazan, 448 pages, 60 illustrations, 29 euros.

NIKI DE SAINT PHALLE

17/09/2014 > 02/02/2015

Galeries nationales du Grand Palais

PARIS

Niki de Saint Phalle (1930-2002) est l’une des artistes les plus populaires du milieu du XXe siècle, à la fois plasticienne, peintre, sc...

Exposition terminée
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