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Le Pérugin en un chef-d’œuvre

Magali Lesauvage 12 septembre 2014

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Expo-phare de la rentrée, Le Pérugin, maître de Raphaël au musée Jacquemart-André plonge le spectateur dans les subtilités de la peinture, et invite à se pencher sur la complexe transition entre première Renaissance et Renaissance tardive. Explications à travers l’analyse d’un chef-d’œuvre exposé là, la Vierge à l’Enfant du Pérugin, provenant de la National Gallery de Washington.

Le Pérugin, Vierge à l’Enfant, vers 1500, Washington, National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection.

L’histoire de l’œuvre

Le panneau sur bois est passé par des collections italienne et madrilène avant d’arriver aux Etats-Unis en 1926, acheté par Clarence Mackay, millionnaire fils d’un magnat du télégraphe. Douze ans plus tard, l’œuvre est revendue à Samuel H. Kress, philanthrope et fondateur des magasins bon marché Kress & Co. Grand collectionneur d’art de la Renaissance, Kress crée une fondation qui fera don de près de 800 œuvres à dix-huit musées américains. La Vierge à l’Enfant du Pérugin est donnée à la National Gallery de Washington en 1939.

L’artiste

En 1500, Le Pérugin (de son vrai nom Pietro Vannucci) a cinquante ans. Né en Ombrie, dans le centre de l’Italie, issu d’une riche famille, il débute sa carrière à Pérouse (d’où son surnom), et part tôt, encore adolescent, pour Florence, alors capitale de l’art européen. Là il est élève dans l’atelier de Verrochio, où il croise ses contemporains, les jeunes Léonard de Vinci et Botticelli. Rapidement célèbre, l’artiste est appelé à Rome au début des années 1480 pour coordonner les travaux de décoration de la prestigieuse chapelle Sixtine, qui réunit notamment Botticelli, Ghirlandaio et Rosselli (la célèbre voûte peinte par Michel-Ange ne sera réalisée que trente ans plus tard, tandis que son Jugement dernier est achevé en 1541).

Quelques années avant de peindre cette Vierge à l’Enfant, il séjourne à Venise, où il subit l’influence décisive de Carpaccio et Bellini, en particulier dans le travail de la lumière, diffuse et légèrement dorée. Autour de 1500, Le Pérugin travaille pour les plus grands commanditaires d’Italie, comme Isabelle d’Este, marquise de Mantoue, ou Laurent de Médicis. C’est aussi à cette période que le jeune Raphaël, âgé de dix-sept ans, le rejoint afin de perfectionner son art — le tableau fait d’ailleurs songer à La Belle Jardinière du Louvre, peinte en 1505-1508 par le jeune artiste.

Détail.

Le motif

Thème de prédilection des artistes de la Renaissance, en particulier du Pérugin, la Vierge à l’Enfant laisse peu de place à l’improvisation. C’est donc dans les détails qu’il faut chercher l’originalité de l’artiste : quittant les archaïsmes de la première Renaissance, il laisse les fonds d’or trop « XVe siècle » pour préférer les arrière-plans paysagers et le sfumato bleuté mis au point par son collègue Léonard.

La composition est ici largement dépouillée de tout élément décoratif et de tout attribut. Le Pérugin va à l’essentiel, montrant l’enfant nu sur les genoux de sa mère, le regard porté vers l’extérieur du tableau, tandis qu’elle, le visage grave, l’entoure sans pour autant le serrer de ses mains délicates. Il regarde déjà vers son destin hors normes, elle pressent la tragédie à venir. On pense aux œuvres contemporaines du Vénitien Giovanni Bellini, dans la douce mélancolie et l’intimité qui se dégagent de ce duo, et l’élégance languide de la figure maternelle, vêtue du manteau bleu caractéristique, les cheveux lâchement retenus par un ruban de même couleur, formant un entrelacs de courbes flottantes.

Le style

Vers 1500, Le Pérugin est en pleine maîtrise de son style : composition bien calée, couleurs vives, douceur du modelé des chairs, fluidité des drapés, douceur de la perspective, expression de douceur des personnages. Grand portraitiste, il décrit une Vierge aux traits souples, large front, nez pointu et petite bouche pincée, typiques de ses figures. Le teint se décline en plages de lumière plus ou moins brune ou rosée, les cheveux se déploient en fils dorés, tandis que les tissus rouge carmin et bleu dur sont brossés avec peu de détails. Le manteau est bordé d’un revers aux reflets verts et roses, et laisse apparaître sur le bras gauche une manche dorée décorée de motifs floraux. Les chairs du bébé, comme celles de sa mère, rayonnent d’une douce chaleur.

Au loin, la perspective atmosphérique situe la scène dans un paysage imaginaire, légèrement vallonné comme l’est l’Ombrie natale du peintre. De l’ensemble se dégage une douceur, cette dolce qui valut au peintre sa renommée, et fait de l’œuvre un somptueux classique de la Renaissance italienne.

 

LE PÉRUGIN, MAÎTRE DE RAPHAËL

12/09/2014 > 19/01/2015

Musée Jacquemart-André

PARIS

Considéré par ses contemporains comme l’un des plus grands peintres d’Italie, Le Pérugin (1450-1523) initia pendant les dernières d...

Exposition terminée
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