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Pippo Delbono met en scène sa mère (et Bobò) à la Maison rouge

Magali Lesauvage 5 septembre 2014

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Du 5 au 21 septembre, Pippo Delbono met en scène Ma mère et les autres à la Maison rouge, dans les salles d’expo du lieu. Visite en avant-première d’une « exposition-performance » éprouvante. 

Vladimir Vatsev, La Chambre noire, courtesy of the artist et La Maison rouge, Paris.

À Paris, Pippo Delbono est un habitué du Théâtre du Rond-Point, qui accueille ses pièces depuis une dizaine d’années, de La Rabbia à Orchidées l’hiver dernier. Pourtant, cette fois-ci c’est non pas dans un théâtre mais dans un centre d’art privé qu’on peut le retrouver : à la Maison rouge (qui accueille jusqu’au 21 septembre l’exposition Le Mur réalisée à partir de la collection de son fondateur Antoine de Galbert).

Homme de théâtre et de cinéma, acteur, chanteur, Pippo Delbono investit pour une quinzaine de jours le sous-sol du bâtiment avec une exposition-performance d’où le corps réel est paradoxalement absent. Cela explique peut-être pourquoi Ma mère et les autres est présentée dans un lieu d’art et non un théâtre. À première vue, on peine à saisir ce que cela apporte – hormis le fait de mêler les arts dans une même institution. Sans compter le fait que les salles que Pippo Delbono occupe sont dénuées de toute œuvre : la pièce aurait aussi bien pu être présentée dans un appartement. Le metteur en scène fait du théâtre dans un « musée », mais celui-ici est vide, c’est une simple coquille : le dialogue avec l’art (plastique) n’a donc pas (de) lieu.

« Ceci n’est pas une exposition »

Si le spectateur est invité à déambuler dans trois espaces différents, cet itinéraire lui est discrètement mais fermement imposé par une opératrice : les quarante minutes que dure la performance sont présentées comme une véritable dramaturgie avec un début, un milieu et une fin – contredisant l’idée même d’exposition qui laisse généralement au visiteur une certaine liberté de déambulation, ou du moins celle de rester le temps qu’il souhaite, de revenir, s’attarder sur une œuvre, etc. Ici, au contraire, le spectateur est captif, comme au théâtre.

Une « captivité » d’autant plus asphyxiante que le contenu même de Ma mère et les autres est pour le moins riche en émotions. Premier acte : les spectateurs sont réunis par petits groupes (se renseigner pour les horaires) dans une salle obscure, éclairée uniquement de faibles néons suspendus au-dessus d’une longe table dressée, évoquant la Cène de l’iconographie chrétienne, autour de laquelle nous sommes invités à nous asseoir. La voix de Pippo Delbono, chuchotement rocailleux à l’accent italien caractéristique, s’échappe doucement de hauts-parleurs. « Je n’ai jamais aimé les expositions, ceci n’est pas une exposition », fait-il entendre. Il évoque ensuite la psychiatrie, son séjour en hôpital… et sa rencontre avec Bobò, patient sourd-muet et microcéphale, avec lequel il travaille depuis près de vingt ans. Bobò est une figure fellinienne de l’anormalité, travesti par le metteur en scène en Mr Loyal ou en diva, dont la présence contribue à créer avec le spectateur une immédiate empathie.

Puis Pippo Delbono, prompt à l’autobiographie dans son théâtre comme ici, évoque sa mère, image centrale de cette performance. Le second acte nous amène dans une autre pièce, où est projetée un film éminemment émouvant. La mère de l’artiste y est filmée en plan resserré, le corps recroquevillé en position fœtale, discutant d’une voix épuisée, à peine perceptible, avec son fils placé à son chevet – on se souvient qu’en 2006 Sophie Calle filmait elle aussi sa mère sur son lit de mort, disparaissant dans le blanc. Avec une tendresse infinie, ils parlent de l’amour spirituel, elle lui demande qu’il lui lise les Évangiles, puis récite d’une traite des passages de Saint Augustin : « Je ne t’ai pas abandonné, je t’ai seulement précédé ». Le corps adoré de la mère est en voie d’effacement, il semble prêt à se briser au moindre effort. Le fils caresse les doigts recourbés en une serre aiguë, passe sa main sur les maigres jambes, parle sans cesse, enveloppant l’être chéri de sa voix chaude. Il nomme sa caméra l’« œil-luciole », faible lumière éclairant le néant.

Acte III : on reprend quelque peu vie, après ce passage éprouvant, avec des extraits vidéos des spectacles de l’auteur mettant en scène Bobò dans ses rôles tragi-comiques, avant de retrouver l’air qui nous manque. Il n’y a pas de réelle fin au spectacle, juste un inespéré retour à la lumière.

 

PIPPO DELBONO

05/09/2014 > 21/09/2014

La maison rouge

PARIS

Pippo Delbono , homme de théâtre et de cinéma, investit pour la première fois un lieu d’art contemporain et propose une nouvelle forme...

Exposition terminée
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