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Versailles : les « Bains d’Apollon » menacés

Pascal Bernard 4 septembre 2014

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À partir du 27 septembre, le musée des beaux-arts d’Arras accueillera pour dix-huit mois des chefs-d’œuvre du château de Versailles : peintures, sculptures, mobilier, objets d’art. Avant même son ouverture, l’un des prêts crée la polémique. 

Apollon servi par les nymphes, original en marbre après restauration, dans les réserves du château © Wikimédia Commons/Trizek.

Dans le cadre du partenariat qui unit le château de Versailles avec Arras, le musée des beaux-arts présentera, après l’exposition Roulez carrosses, une centaine de pièces prêtées par le château. On y retrouvera quelques-unes de ses œuvres les plus prestigieuses comme le portrait de Marie-Antoinette par Elisabeth Vigée-Lebrun, des tapisseries monumentales des Gobelins, la statue du bassin de Latone tout juste restauré ainsi que le groupe sculpté des Bains d’Apollon, sculpté par François Girardon, Thomas Regnaudin, Gilles Guérin et Gaspard Mersy.

Conçu sous le règne de Louis XIV, entre 1666 et 1675, pour décorer une grotte artificielle située au pied du château de Versailles, le groupe se compose de deux ensembles : Apollon servi par les nymphes au centre, entouré de chaque côté des Chevaux du soleil pansés par les tritons, illustrant le repos du dieu-soleil après sa course dans la grotte marine de la déesse Thétys. Le groupe est considéré comme l’un des grands chefs-d’œuvre de la statuaire.

La grotte de Thétys fut détruite en 1684 pour permettre l’agrandissement du château, et le groupe sculpté changea plusieurs fois de destination avant d’être installé à la fin du XVIIIe siècle à l’emplacement actuel, dans un bosquet aménagé par Hubert Robert. Mises à l’abri en juillet 2008, après trois siècles d’exposition aux intempéries (et au vandalisme), les sculptures ont été longuement nettoyées et restaurées, et un moulage en résine remplace aujourd’hui l’ensemble in situ.

Paradoxalement, c’est l’original des Bains d’Apollon que le château de Versailles a décidé d’envoyer à Arras, prenant le risque de le fragiliser. Ses dimensions, son exposition en plein-air pendant trois siècles, et le complexe assemblage de plusieurs pièces en marbre emboîtées, rendent la sculpture fragile et difficilement transportable. La Tribune de l’art révélait début août que la sculpture devrait être envoyée à Abu Dhabi fin 2015, à l’occasion de l’inauguration du Louvre bis, pour une durée d’au moins un an, mettant encore en peu plus en danger la sculpture.

Le site a recueilli la parole de cinq spécialistes reconnus de la sculpture qui ont confirmé leurs inquiétudes quand au prêt de l’œuvre et la menace qui pèse sur elle. Quatre d’entre eux ont tenus à clamer :  « Nous condamnons fermement ces déplacements des Bains d’Apollon qui constituent une grave menace pour leur conservation. L’objectif premier des musées est de protéger leurs œuvres. Il est donc indigne de la part des musées français de mettre ainsi en danger, pour des objectifs sans rapport avec l’histoire de l’art, l’un des groupes les plus importants de la statuaire mondiale ». De son côté, le château de Versailles ne semble pas prêt à faire marche arrière et se défend de mettre en péril le chef-d’œuvre.

 

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