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L’homme de Néandertal était-il artiste ?

Magali Lesauvage 3 septembre 2014

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À Gibraltar, une récente découverte — un simple motif abstrait de grille — amène les chercheurs à s’interroger sur un éventuel « art » de Néandertal, bouleversant les théories, et amenant à s’interroger sur la notion même d’art. 

© Stewart Finlayson, Gibraltar Museum.

On fait généralement débuter l’art à la fin du Paléolithique moyen, soit autour de 50 000 avant Jésus-Christ, à une période où cohabitent encore pour une poignée de milliers d’années l’homme de Néandertal et l’homo sapiens. Considéré comme moins évolué, neanderthalensis a disparu aux alentours de -25 000, laissant derrière lui une riche « culture matérielle » (usage de pigments, sépultures, parures en os, silex sculptés…), selon la terminologie utilisée par les spécialistes de la période.

On ne parle donc pas encore d’art. Jusqu’à aujourd’hui. De récentes découvertes viennent en effet bouleverser la science préhistorique, déjà habituée à la perpétuelle remise en question de ses théories. À Gibraltar, à l’extrême sud de l’Espagne (et de l’Europe), des motifs géométriques abstraits, datés grâce aux sédiments qui les recouvraient, ont été découverts dans la grotte de Gorham, sur le flanc du rivage méditerranéen (autrefois bien à sec, quand le niveau de la mer était nettement plus bas), révèle la revue spécialisée PNAS. Ceux-ci seraient le fait d’hommes de Néandertal, vivant là entre 67 000 et 24 000 av. J.-C. en cohabitation avec l’homo sapiens, dont on pense maintenant qu’il a pu fortement influencer son rival. On ne voit à première vue là rien de plus que de simples grilles, évoquant vaguement un antédiluvien jeu de morpion.

Rien d’extraordinaire à première vue. De simples incisions entrelacés à angle (quasi) droit, que l’on pourrait croire réalisés de manière machinale — on dirait presque, animale. Et pourtant, les récentes recherches sur Néandertal ont permis notamment de découvrir que ce lointain cousin se parait de plumes, enterrait ses morts, et se peignait le corps de pigments rouges et noirs. « Il se rapproche de nous », confie à la BBC le professeur Clive Finlayson, directeur du Gibraltar Museum.

Récemment, d’autres motifs gravés, datés de l’homme de Néandertal, ont été retrouvés en Espagne, tandis que des parures ont été retrouvées en France, à la grotte du Renne d’Arcy-sur-Cure (Bourgogne), ou encore une flûte en os, en Slovénie.

Pour autant, s’agit-il là d’art ? On touche là à la définition même de la notion, qui se réduit pour les chercheurs à une controverse : ces marques sont-elles intentionnelles ? Oui, selon certains qui ont entrepris de réaliser le même type de gravures sur des parois rocheuses similaires au moyen d’objets pointus patiemment enfoncés dans un sillon, expérience que corrobore une analyse du motif abstrait par ordinateur. Il n’y a rien d’accidentel ici, soutiennent les partisans de la théorie « intentionnaliste ». La dolomite, souligne Francesco d’Errico, directeur de recherches au CNRS, est une pierre particulièrement dure : « Il faut fournir un grand effort pour tracer ces lignes », admet-il, estimant à 200 à 300 le nombre de mouvements nécessaires à marquer ainsi la roche, soit une heure de travail. Si, selon l’archéologue, il ne faut pas voir là un quelconque symbole, cette « grille » a de toute évidence été gravée de manière délibérée : peut-être est-ce une forme de carte montant une intersection, ou un signe permettant d’attribuer le lieu à un groupe.

Pour d’autres chercheurs, des signes de ce type ont été retrouvés dans des lieux a priori non habités par Néandertal, notamment en Afrique du nord, dont la côte se situe à moins de trente kilomètres de Gibraltar. Il pourrait donc bien s’agir d’artefacts signés par des homo sapiens. Ou encore, soutient Francesco d’Errico, par des hommes de Néandertal imitant les homo sapiens. Quoi qu’il en soit, la découverte de Gibraltar permettra sans doute de comprendre un peu mieux cette fascinante période de transition de la préhistoire − et de la préhistoire de l’art.

 

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