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L’art de jouer avec la nourriture

Pascal Bernard 14 août 2014

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L’Adresse Musée de la Poste, locataire du musée du Montparnasse depuis sa fermeture l’automne dernier, présente jusqu’au 20 septembre une exposition sur le rapport entre art et nourriture. Focus sur trois œuvres.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’artiste russe Marie Vassilieff tenait dans l’impasse du Maine une cantine à bas prix : Picasso, Braque, Modigliani ou Matisse y avaient leurs habitudes. C’est donc tout naturellement qu’aujourd’hui, le musée de la Poste présente là une exposition explorant les rapports entretenus par les artistes avec la cuisine dans son sens le plus large. Un sujet dans l’air du temps envisagé avec plus de moyens dans l’exposition Le festin de l’art à Dinard, qui réunit entre autres Jeff Koons et Andy Warhol.

Depuis l’Antiquité, le repas a trouvé une place de choix dans les représentations artistiques : scènes de banquet pour les égyptiens ou les étrusques, figurations de la Cène… Un intérêt entretenu jusqu’aujourd’hui par les artistes contemporains : chez Daniel Spoerri, Claes Oldenburg ou Rikrit Tiravanija notamment. Une relation riche et passionnante qui aurait mérité mieux que cette exposition, qui sans mauvais jeu de mots nous a laissé sur notre faim. Trois œuvres ont cependant retenu notre attention.

Winshluss, L’enfant à la saucisse © Stéphane Soulié/Ferraille Productions.

En 2013, les Arts Décoratifs ont mis à l’honneur le monde merveilleux de Winshluss alias Vincent Parronaud. Dessinateur de bandes dessinées, musicien, plasticien, réalisateur, Winshluss présente dans l’art fait ventre une sélection de pièces. L’enfant à la saucisse évoque la Supermaket Lady de Duane Hanson, symbole de la société consumériste, rajeunie et actualisée. Le garçon obèse semble avoir ingéré les « raviolis au cyanure » ou les « sex spaghettis à la tomate et au poppers » et autre conserves détournées par Winshluss. Ces packagings qui n’ont rien à envier aux soupes Campbell de Warhol sortent tout droit du supermarché Ferraille créé par l’artiste.

Winshluss mixe avec talent les personnages de contes, d’Andersen et des Frères Grimm notamment, avec des ingrédients de la culture populaire. Aux Arts Décoratifs, il proposait sa vision des histoires pour enfants, on y découvrait la petite sirène transformée en couch potato ou la maison de la sorcière d’Hansel et Gretel métamorphosée en hamburger.

Vincent Paronnaud manie l’humoir noir, grinçant, comme dans le bidonnant court d’animation Il était une fois l’huile présenté tout près. Il raconte l’histoire « mervuilheuse » des huiles pour friture et moteur Méroll, n’épargnant rien des problèmes de gaspillage alimentaire, de pollution, de corruption… « J’ai besoin de m’amuser même si mon propos est assez noir. Cet aspect ludique est très important » dit l’artiste.

Pilar Albarracín, She Wolf, 2006. Courtesy de l’artiste.

Pilar Albarracín qui joue tour à tour le rôle de danseuse de flamenco, de paysanne ou de torera dans ses œuvres, interprète dans la vidéo-performance She Wolf un personnage mi-chaperon rouge, mi-Joseph Beuys. Avec ses escarpins rouges, sa robe vermillon et ses lèvres carmins, elle semble tout droit sortie d’un film de Pedro Almodovar.

L’artiste réinterprète la performance I Like America and America Likes Me : en mai 1974, Joseph Beuys s’était enfermé dans une galerie avec un coyote trois jours durant. Pendant deux minutes et demie, l’artiste improvise, dans une salle d’un bâtiment désaffecté, un pique-nique avec une louve affamée. La femme laisse sa part animale s’exprimer, saisit à la main et déchiquette à pleines dents un morceau de viande crue, qu’elle partage avec l’animal sauvage. L’artiste abolit ainsi la frontière entre le prédateur et la proie, non sans affoler le regardeur qui s’attend au pire scénario.

Dans une autre vidéo, Pilar Albarracín nous livre sa recette des Tortilla à la española : dans un saladier l’artiste casse six œufs, puis incorpore à la mixture des morceaux de sa robe violemment découpée aux ciseaux (rejouant au passage la performance Cut Piece de Yoko Ono), qu’elle verse ensuite dans une poêle arrosée d’huile qu’elle laisse cuire à feu doux. En arrêtant sur les contes et la gastronomie, l’artiste livre deux performances saisissantes qui poussent à s’interroger sur notre perception des folklores et des traditions mis en scène.

Gilles Barbier, Habiter la viande crue, 2013. Courtesy de la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois.

À l’étage du musée du Montparnasse, une salle est consacrée aux natures mortes, on y retrouve celles d’Olga Kisseleva, Stéphane Soulié et de Gilles Barbier, lui aussi représenté par la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. La viande occupe une place de choix dans l’art, qu’on repense aux boeufs écorchés de Rembrandt, Soutine ou Bacon, aux carcasses de Philippe Cognée ou à la robe de Jana Sterbak. Gilles Barbier propose un festin de viandes plus vraies que nature : poulets et lapins entiers, paupiettes, jambons, saucisses, côtes, entassés sur une table…

L’orgie n’est pas loin, on pense à Gargantua et Pantagruel de Rabelais et aux personnages de La Grande Bouffe de Marco Ferreri, les seuls capables d’ingérer autant de mets d’un coup. Rien ne pourrait les forcer à renoncer à leur festin, sauf peut-être la réminiscence de la Messe pour un corps de Michel Journiac, durant laquelle l’artiste partagea son sang transformé en boudin ou le détail de ces compositions exposé par l’artiste : résine coulée, bitûme, billes de caoutchouc… Plutôt que de nous ouvrir l’appétit, l’exposition nous coupe la faim.

 

L'ART FAIT VENTRE

02/06/2014 > 20/09/2014

Musée du Montparnasse

PARIS

Dans le cadre de sa programmation hors les murs, l’Adresse Musée de La Poste présente l’exposition L’Art fait ventre en résidence ...

Exposition terminée
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