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À l’IAC, les paysages hantés de Guillaume Leblon

Magali Lesauvage 5 août 2014

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Jusqu’au 24 août, l’artiste français Guillaume Leblon révèle à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne un paysage mental à la fois étrange et familier, peuplé de sculptures et de fantômes. Saisissant. 

Guillaume Leblon, Sea Brass (Fish), 2012 (détail).

Détrompez-vous, malgré le titre de son exposition, À dos de cheval avec le peintre, Guillaume Leblon, 43 ans, est bien sculpteur. Ce qui, en ce début de XXIe siècle, quand la figuration a éclaté, que toutes les matières ont été expérimentées et les formes épuisées, représente un sacré défi.

Dans cette exposition déployée tel un paysage habité dans le labyrinthe de l’Institut d’art contemporain, Leblon revisite de diverses manières l’histoire de son médium, tout en s’éloignant d’une approche trop formaliste pour s’attacher à raconter des histoires. Il était une fois… L’histoire commence avec une œuvre monumentale, qui contredit la verticalité propre à la sculpture pour s’étendre à l’horizontale : Faces contre terre a été réalisé en 2010 à Saint-Nazaire à partir de meubles glanés dans les rebuts de la ville. Les planches de diverses tailles et couleurs forment un paysage aplati, une topographie orthogonale qui raconte en perspective la vie de la cité.

Entrant dans ce paysage, on est accueilli par une immense masse cubique, sorte de mastaba plongé dans l’obscurité. National Monument est un bloc d’argile recouvert d’un drap fin et humide, où l’on est tenté d’apposer la main pour sentir la fraîcheur moite de la terre. L’artiste montre là le matériau premier du sculpteur dans sa présence brute, comme un « anti-monument » ouvert à tous les scénarios. Autres monuments que l’on croirait tout droit sortis de l’atelier d’un sculpteur de la Renaissance ou de l’imagination d’un auteur de littérature médiévale fantastique, les deux œuvres de la série Lost Friend, un cheval et un chien recouverts d’un « carapaçon » de plâtre imposent leur présence fantomatique. Ces « amis perdus » accompagnent un autre spectre, figure absurde à la Magritte, entre peinture et sculpture, matérialisée par une veste à moitié figée dans le plâtre (Jacket of a politician).

Guillaume Leblon, Four Ladders, 2008, vue de l’exposition à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, 2014.

On quitte cet espace hanté pour la salle centrale du bâtiment de l’IAC, où sous l’action d’une soufflerie glissent du papier journal, comme ces tumbleweeds des scènes de westerns roulant leur ombre rapide avec une fausse décontraction. À proximité flotte une aile de moulin, suspendue dans l’air comme par magie : Four Ladders (Quatre échelles) crève littéralement les murs du centre d’art pour défier la gravité, et faire pénétrer dans une autre dimension fictionnelle – cette fois-ci celle de la science-fiction.

Puis le paysage continue à se dérouler, apportant son lot de découvertes archéologiques : désert de plâtre où sont échoués des formes fossiles et des sédiments de pigments (Giving substance to shadow), cocons tissés de trois métaux dorés (étain, cuivre et zinc) au nom énigmatique de Chrysocales, évoquant des sarcophages mystérieux, serviettes de plages aux motifs tropicaux (les Sea Brass) pétrifiées dans une coulée de métal en fusion due à on ne sait quelle catastrophe écologique, empreinte d’homme creusée dans le plâtre rappelant en creux la présence de l’artiste (Nouvel Ange). Quelque chose s’est passé là, dont on ne nous dira rien.

L’exposition se termine sur une étrange scène : décrivant un arc de cercle, un meuble soutenu par une roue de pierre et surmonté d’une jambe sculptée tourne au bout d’une tige actionnée par un engrenage. Sculpture mouvante, ce Still subject on passing movement semble être le résultat d’un assemblage hétéroclite d’objets trouvés, où le temps et l’histoire sont mis en mouvement. Ainsi de l’objet à la sculpture, la révolution est complète.

 

GUILLAUME LEBLON

05/06/2014 > 24/08/2014

Institut d’art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes

VILLEURBANNE

La sculpture de Guillaume Leblon intègre des matériaux existants et s’articule étroitement avec l’espace du lieu d’exposition. Dans...

Exposition terminée
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