Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_une_favori
expo_cercle_1 CY TWOMBLY

30/11/2016 > 24/04/2017

Centre Pompidou

- PARIS

expo_cercle_3 SOULÈVEMENTS

18/10/2016 > 15/01/2017

Jeu de Paume - PARIS
expo_cercle_5 BRASSAÏ

09/11/2016 > 30/01/2017

Centre Pompidou - PARIS

LA NEWSLETTER

Israël et Palestine : points de vue d’artistes

Pascal Bernard 31 juillet 2014

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Depuis plusieurs semaines, la tension entre Israël et la Palestine connaît une rare intensité, avec des combats fournis entre l’Etat hébreu et la bande de Gaza. Alors que des centaines de morts sont à déplorer, les populations vivent dans la menace permanente. Dans ce conflit, quelle place occupent les artistes israéliens et palestiniens ? Focus sur six œuvres contemporaines, qui offrent autant de points de vues sur la situation politique de la région. 

Sigalit Landau, Shelter, 2012 (vue de l’exposition Ici, ailleurs à la Friche la Belle de mai, Marseille, 2013).

Sigalit Landau, née en 1969, s’est d’abord fait connaître par des vidéos : Barbed Hula, Arab Snow… En 2011 l’artiste représentait, à travers un projet ambitieux, Israël à la Biennale de Venise. Shelter (2012) consiste en une empreinte en creux, coulée dans le bronze, d’une bouche d’accès et d’un escalier conduisant à un vieil abri antiaérien voué à la destruction, situé au sud de Tel Aviv, ville dans laquelle vit et travaille l’artiste.

Dans cette œuvre, Sigalit Landau bouscule et inverse les rapports entre intérieur et extérieur, souterrain et aérien, descente et montée. Ainsi posées, les marches semblent ouvrir un chemin vers le ciel, convoquant des références comme celle, biblique, de l’échelle de Jacob. L’artiste offre à la vue de tous un fragment d’architecture. Par l’empreinte elle révèle la présence d’un lieu confidentiel, et isole un espace de passage. Shelter a été présentée l’an passé sur la terrasse de la Friche la Belle de Mai dans le cadre de Marseille-Provence 2013.

Taysir Batniji, Watchtowers, 2008. Courtesy galerie Eric Dupont, Paris.

L’œuvre de Taysir Batniji offre un portrait sensible de Gaza, ville où il est né : vidéos montrant la vie quotidienne de ses milliers d’habitants, portraits photographiques élaborés dans des boutiques, cafés, usines et autres espaces de travail (mis à l’honneur notamment dans le nouvel accrochage du Centre Pompidou)…

Dans la série Watchtowers, l’artiste tente de répertorier et d’établir une typologie des miradors israéliens essaimés sur le territoire palestinien. L’artiste s’inspire du travail documentaire de Bernd et Hilla Becher sur le patrimoine industriel et propose un répertoire d’architectures de guerre. De près, les photos sont floues, mal cadrées, mal éclairées : « Pas moyen, sur ce terrain, d’installer le lourd matériel des Becher, de patienter plusieurs jours avant de trouver la lumière idéale, de prendre le temps de la pose, explique l’artiste. Pas d’esthétisation possible. Pas moyen d’envisager ces constructions comme des sculptures ou encore comme un patrimoine ».

Shirley Wegner, Night Explosion, 2013. Courtesy de l’artiste.

Shirley Wegner, née à Tel Aviv en 1969 et installée à New York, brouille les pistes. Ses Explosions (nocturne, dans le désert, ou sur une route) réalisées entre 2010 et 2013 (exposées dernièrement à la galerie Farideh Cadot) semblent documenter le conflit opposant son pays et la Palestine, par leur proximité avec les images qui passent en boucle à la télé.

Or, à y regarder de près, ces photos n’en sont pas vraiment : il s’agit de collages hybrides de matériaux récupérés (coton, papier, carton) et de photographies retouchées. L’illusion est quasi parfaite. Il s’agit pour Shirley Wegner, interrogée par Libération, « de reconstituer dans (s)on atelier des paysages de (s)on pays natal. C’est comme si l’éloignement physique et géographique avec Israël leur permettait d’apparaître psychologiquement, les souvenirs des paysages commençant à refaire surface ».

Larissa Sansour, Nation Estate, 2012. Courtesy de l’artiste.

Comment résoudre tous les problèmes auxquels sont confrontés les Palestiniens ? Larissa Sansour, née à Jérusalem, répond à la question avec de l’humour et sans doute beaucoup d’amertume. Elle imagine un immense gratte-ciel sur le modèle des buildings américains, qui accueillerait l’ensemble du peuple palestinien. Chaque étage correspondrait à une ville ou un lieu : la Mer morte serait au sous-sol, Gaza au 16e  étage, Jérusalem avec le Dôme du Rocher au 4e.

L’artiste se met elle-même en scène dans son projet, parodiant les projets immobiliers des grands promoteurs. Le projet Nation Estatecomposé d’un court-métrage et d’une série de sept photomontages, a été présenté à la galerie Anne de Villepoix en 2012, quelques mois après avoir été injustement censuré par le Prix Lacoste Elizée Prize, qui le jugeait « trop pro-palestinien ».

Khaled Jarrar, State of Palestine #3, 2012. Courtesy galerie Polaris, Paris.

Sa dernière exposition, Gently I Press the Trigger à la galerie Polaris, avait été un gros coup de cœur/poing (relire notre sélection d’expositions en galeries). Avant ça, Khaled Jarrar, à la fois militaire (ancien garde du corps de Yasser Arafat et actuel capitaine de la garde présidentielle palestinienne) et artiste, a créé une série de timbres personnalisés, édités dans plusieurs pays, sur lesquels figurent la mention « State of Palestine » et la représentation d’un oiseau du soleil, symbole de liberté. Dans le cadre de la Biennale de Berlin 2012, plus de 20 000 timbres ont été vendus.

De la même manière, l’artiste a créé un tampon avec ce nouvel emblème destiné à être apposé sur les passeports des touristes. Ironie du sort, Khaled Jarrar est retenu depuis mi-juillet en Cisjordanie, alors qu’il devait participer au vernissage d’une exposition collective sur l’art contemporain dans le monde arabe au New Museum à New York.

Installation de Michal Rovner dans la cour Napoléon du musée du Louvre, Paris, 2011. Courtesy Pace Gallery, New York © Baruch Rafic.

Comme Sigalit Landau, Michal Rovner a représenté Israël à la Biennale de Venise (2003). Née en 1957, elle a bénéficié d’une rétrospective au Jeu de Paume en 2005 et d’une importante exposition au musée du Louvre en 2011, où elle investissait à la fois les salles d’Antiquités orientales, les fossés médiévaux et la cour extérieure. Répondant à la pyramide de Pei, l’artiste y a édifié deux temples ou maisons primitives cubiques, l’un en ruines, l’autre bâti, tous deux élevés par des maçons palestiniens et israéliens à partir de pierres collectées dans les décombres de maisons détruites à Gaza, Jaffa, Jérusalem…

« Mon travail n’est pas directement lié à la question israélo-palestinienne, affirme Michal Rovner. Je montre des situations de conflit, de tensions, de fractures, de vulnérabilité. (…) Je pars toujours de la réalité. Je l’enregistre, et ensuite, petit à petit, je soutire l’image à la réalité. L’image devient plus floue, elle perd de sa définition, elle se rapporte dès lors à autre chose ».

 

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE