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Oscar Muñoz, portrait de l’artiste en Narcisse

Pascal Bernard 24 juillet 2014

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Le Jeu de Paume met à l’honneur l’œuvre protéiforme de l’artiste colombien Oscar Muñoz, 63 ans, qui évolue librement depuis quarante ans entre dessin, photographie, gravure, installation et vidéo, dans une relecture sensible de l’art photographique.

Oscar Muñoz, Cortinas de baño (Rideaux de douche), 1985-1986, collection Banco de la República, Bogotá.

Le support reconsidéré

On a découvert Oscar Muñoz l’an dernier au musée du quai Branly. Considéré aujourd’hui comme l’un des artistes contemporains les plus importants de Colombie, il débute sa carrière dans les années 1970 avec des fusains figuratifs hyperréalistes de grand format. Au cours de la décennie suivante, Muñoz délaisse peu à peu le papier pour explorer de nouvelles techniques, supports et matériaux non conventionnels : peinture acrylique sur plastique humide, poussière de charbon sur eau, morceaux de sucre imbibés de café…

Cortinas de baño constitue la première de ses expérimentations sensibles : la photographie y est traitée selon le procédé de la sérigraphie, et imprimée au travers d’un pochoir sur des rideaux de douche aspergés d’eau. La présence fantomatique des corps féminins nus autour desquels on peut tourner évoque à la fois Psychose de Hitchcock, les suaires ou les ombres d’Hiroshima. Oscar Muñoz recourt aux éléments fondamentaux, l’eau et l’air, qu’il emploie de manière inédite, comme lorsqu’il dessine à la poussière de charbon son visage à la surface d’un évier rempli d’eau. Par écoulement ou évaporation, l’image de son corps, visage, mains ou pieds, se voit déformée, grimaçante ou tuméfiée.

Ses interventions sur différents médiums et l’utilisation de procédés inédits tendent à effacer les frontières entre chaque discipline, et empêchent toute catégorisation. Oscar Muñoz remet en question de manière radicale l’exercice du dessin, de la photographie et de la sculpture et engage par ce biais une réflexion sur la relation de l’œuvre avec espace. Le spectateur est invité à ne plus regarder uniquement de manière frontale : parfois il observe de haut certaines installations au sol, se meut autour des rideaux de douche ou s’approche de miroirs (Aliento) de manière à ce que son souffle fasse apparaître un portrait à sa surface.

Oscar Muñoz, Línea del destino (Ligne du destin), 2006, courtesy de l’artiste.

Exercice de mémoire

Oscar Muñoz offre également une relecture de l’histoire de la photographie : de la fixation de l’image par Nicéphore Niépce aux progrès de l’image numérique pixelisée, matérialisée par des carrés de sucre imbibés de café, en passant par le premier autoportrait de l’histoire (par Robert Cornelius, en 1839), reproduit sur une série de miroirs (Ante la imagen).

L’eau, indispensable à la révélation des images dans le processus de photographie traditionnelle, devient chez Muñoz, par l’écoulement ou l’évaporation, le médium d’altération et de disparition de l’image. Dissolution en jeu dans la courte vidéo Línea del destino (et la série Narcisse, en référence au jeune homme qui meurt de ne pouvoir saisir sa propre image), où le reflet de Munoz disparaît à mesure de l’écoulement de l’eau entre ses doigts.

Rapporté à son vécu personnel par le biais de l’autoportrait, le travail de Muñoz fait également écho au vécu collectif. Si son intention n’est pas d’illustrer l’histoire colombienne, il en retrace pour autant des fragments grâce à l’utilisation de photographies de presse (avis de décès, guérilleros rendant les armes, assassinat du leader Gaitán entouré d’une foule anonyme), dont Muñoz modifie la netteté ou l’intensité. Elle font écho à la violence dans laquelle la Colombie est plongée depuis le milieu des années 1940. « Avant même que je sois né, la guerre existait déjà, explique-t-il. C’est comme si nous vivions dans un éternel présent, ou un passé présent ». Ainsi Oscar Muñoz utilise-t-il la photo comme un outil de mémoire, qui devient la métaphore de la précarité de la vie.

 

ÓSCAR MUÑOZ

03/06/2014 > 21/09/2014

Jeu de Paume

PARIS

Óscar Muñoz, né en 1951 à Popayán (Colombie), est considéré comme l’un des artistes contemporains les plus importants de son pays n...

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